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Mladenovic, une guerrière en mission top 10

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Battue en finale du tournoi de Madrid par Simona Halep samedi (7-5, 6-7, 6-2), Kristina Mladenovic grimpe à la 14e place mondiale ce lundi, son meilleur classement en carrière. La Française de 24 ans a passé un cap en ce début de saison. Après Rome, elle sera très attendue à Roland-Garros. Un succès tennistique qui fait du bien à un circuit en manque de saveur. Et un signal envoyé. 

A deux semaines du début du tableau principal, Roland-Garros se prépare. Il s’agit de refaire la décoration pour accueillir les premiers visiteurs, qui fouleront les allées pour assister aux qualifications dès le 22 mai prochain. Sur le compte Twitter de la Fédération française de tennis ce dimanche, le président Bernard Giudicelli prend la pose aux côtés d’une affiche. Une affiche pour une star tricolore. Ni Jo-Wilfried Tsonga, ni Gaël Monfils, Richard Gasquet ou tout autre mousquetaire… mais Kristina Mladenovic. 

Car oui, tableau féminin et masculin confondus, c’est bien elle la star française à l’amorce du Grand Chelem sur terre battue. Malgré sa défaite en finale du tournoi de Madrid contre Simona Halep samedi (7-5, 6-7, 6-2), « Kiki » grimpe à la 14e place mondiale ce lundi, pour signer le meilleur classement de sa carrière. C'est seulement la 12e Française de l'histoire à intégrer le top 15. La joueuse de 24 ans, qui pouvait pointer à la première place à la Race en cas de victoire, est sur une première partie de saison remarquable. 

Le modèle Mauresmo

« J'ai rêvé d'arriver là, comme Amélie Mauresmo », confiait dans l’Express Kristina Mladenovic l’an dernier avant les Jeux Olympiques,à propos de cette finale de Fed Cup à laquelle elle avait assisté en 2005 (défaite de l’équipe de France 3-2 contre la Russie). La native de Saint-Pol-sur-Mer a joué sous les ordres de l’ancienne numéro 1 mondiale, entre 2012 et 2016. L’une des étapes primordiales de son éclosion. Elle travaille depuis avec Xavier Moreau, ancien préparateur physique des Bleues… et d’une Amélie Mauresmo alors au firmament (2001-2009). 

Son genou la laisse (enfin) en paix

Le physique. Elle-même insiste beaucoup sur cet aspect pour expliquer son éclosion au haut niveau, sa première incursion dans le top 15, ses finales à Acapulco, Stuttgart et Madrid (perdues), sa demi-finale à Indian Wells, son titre à Saint-Pétersbourg… tout cela cette année. 

« J’ai été opéré du genou à 12 ans, expliquait-elle samedi dans le Magazine l’Equipe. De 13 à 20 ans, j’ai toujours joué sur une jambe, avec une douleur constante aux cartilages. Ce qui ne m’a pas empêché d’être numéro 1 mondiale ni de gagner Roland-Garros juniors. J’avais un tennis de haut niveau mais pas le physique qui allait avec. Cela fait maintenant quatre ans que je travaille avec Xavier Moreau et je n’ai plus de pépins. La rencontre avec Xavier a tout changé et commence à porter ses fruits. »

Une championne précoce

Cela s’est vu samedi, lors de cette finale de très haut niveau disputée contre Simona Halep : 2h44 de combat âpre et spectaculaire, à en étonner les sceptiques du tennis féminin. La bête physique la plus affûtée a gagné mais il n’a pas manqué grand-chose à la Française, sans coach depuis décembre et sa séparation d’avec Georges Goven. La technique, elle l’a. La précoce Kristina Mladenovic, fille d’une volleyeuse et d’un handballeur, était déjà championne d’Europe de sa catégorie à 14 ans, numéro 1 mondiale chez les juniors en 2009, année de son sacre dans sa catégorie à Roland-Garros (la terre battue, déjà). Mais son genou l’empêche de poursuivre son ascension fulgurante de manière linéaire… en renforçant son mental de guerrière.

La guerrière au service qui frôle les 200km/h est une bourreau de travail. Battue d’entrée à l’Open d’Australie par Ana Konjuh en janvier, elle se rue… dans la salle de gym. « Travailler aussi bien, avec autant de précision et d’investissement, ça paie à un moment donné », estime Pierre Cherret, entraîneur de l’équipe de France, dans l’Equipe dimanche. Elle a appris à dompter son corps, qu’elle soumet à rude épreuve en cumulant souvent simple, double voire double mixte. 

Garcia-Mladenovic, trajectoires opposées

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Puisqu’on parle du double… L’an dernier, elle formait un duo formidable avec Caroline Garcia, aussi bien en tournois (elles ont gagné quatre tournois ensemble, dont Roland-Garros l’année passée) qu’en Fed Cup. Avant la cassure. Caroline Garcia renonce, à la Fed Cup puis au double, préférant se concentrer sur sa carrière en simple. Sans vraiment prendre le temps de s’expliquer, même avec son amie et partenaire. Elle ne s’en est pas relevée et réalise une première partie de saison abyssale. Kristina Mladenovic, elle, en a fait un moteur de plus. 

La finaliste de Madrid lui reproche de l’avoir informée par un simple SMS, reconnaît qu’elles deux sont « à l’opposé » l’une de l’autre. Mais hausse le ton pour en appeler à la morale, sans pour autant donner de leçon. Comme un message politique. « Caroline a été autant aidée que moi par la Fédération, explique Mladenovic dans le Magazine l’Equipe de samedi. Voire plus car elle n’a pas obtenu les résultats que j’ai eus. Cela représente des centaines de milliers d’euros, des invitations en Grand Chelem… Les autres fédérations ne proposent pas ça à leurs championnes ! »

Une voix qui porte, une "mission" à mener

Du caractère et le sens des responsabilités. La Fed Cup l’a faite grandir, mûrir. Les pépins aussi. Elle assume tout. Ses propos sur la « tricheuse » Maria Sharapova, invitée des tournois après son retour de suspension pour usage de produit interdit ? « Sharapova ne m’a personnellement jamais rien fait, poursuit ‘Kiki’. En revanche, j’ai reçu énormément de messages, avant et après le match (victoire de la Française en demie à Stuttgart ndlr), et je me suis sentie, inconsciemment peut-être, investie d’une mission. » 

Politique encore quand elle défend « le joueur de tennis [qui] fait tout, tout seul » et affirme : « tout dépend de moi et de personne d’autre ». L’absence de Serena Williams (enceinte) a privé la WTA de sa reine. Kristina Mladenovic n’est pas encore prête à lui succéder. Mais avec de tels résultats, un gros mental et les pieds sur terre, et même s’il faut toujours rester prudent avec le tennis tricolore, on peut gager qu’elle prend le chemin du top 5. Et d’un Roland-Garros qui l’attend de pied ferme. « Je sais que je serai énormément attendue, confiait-elle sur RMC dimanche. Ce sera un nouvel exercice pour moi, si jusqu’à présent j’ai toujours réussi à produire mon bon jeu tennistique. J’espère honnêtement bien gérer tout ça et continuer sur cette lancée. J’ai hâte de retrouver mes supporters à la maison. Je suis sûre que ça va me faire du bien. » Au tennis français aussi.