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Garcia dans les pas de Mauresmo vers le sommet ?

AFP

Demi-finaliste de WTA Finals où elle était l'invitée surprise, Caroline Garcia achève la saison de la maturité. Ultra talentueuse, annoncée par certains comme une numéro 1 mondiale en puissance, la Lyonnaise est passée par tous les états cette saison. Si elle confirme, elle marche, à 24 ans, dans les pas d'Amélie Mauresmo, dernière géante en date du tennis tricolore.

Les médias français aiment, parait-il, les comparaisons. Assumons et posons-la d'emblée : Caroline Garcia a quelque chose d'Amélie Mauresmo. Il y a, dans cette phrase, l'envie certaine de retrouver la flamme, de voir le tennis tricolore truster le très haut du panier, flirter avec le trône mondial, remporter des Grands Chelems. Hommes et femmes nous ont, ces dernières années, trop déçu dans ce domaine. 

Le potentiel n'a jamais été le problème. Ou du moins pas dans le sens le plus prosaïque. Du potentiel, beaucoup de joueurs et joueuses français en ont. Et se reposent parfois trop dessus. Roger Federer n'est pas né avec 19 Majeurs dans le berceau. Et sans travail, le gamin nerveux qui cassait des raquettes ne serait jamais devenu la légende du tennis du début du 21e siècle... 

Le potentiel de Caroline Garcia est connu depuis bien longtemps : puissante sans un physique hors normes, mobile, intelligente... Sa palette est large. Mais, comme souvent dans cette génération tricolore, il faut que la tête suive. Alors, sans jamais l'enterrer, on avait relégué la Lyonnaise au second plan, en lisant plutôt sur le caractère bien trempé de Kristina Mladenovic, son amie affichée devenue rivale... presque ennemie numéro 1. 

Le simple, rien que le simple, tout pour le simple

Le début de saison a donné raison à cette majorité. Grâce aux résultats de Mladenovic, grâce aux contre-performances de Garcia. « Kiki » et « Caro » auraient frôlé la présence dans la rubrique humoristique, à force de s’envoyer des piques dans les journaux. Les apparentes amies qui triomphaient régulièrement en double (avec notamment un sacre à Roland-Garros l’an passé) ont finalement assumé leur quasi inimitié. 

Un divorce tennistique : en mars, Kristina Mladenovic annonce que Caroline Garcia ne souhaite plus disputer de double. Une décision qui s’accompagne d’un renoncement à la Fed Cup, pas vraiment bien vécu par ses camarades de l’équipe de France. La joueuse mise tout sur sa progression individuelle, au moins cette année. Le bilan, maintenant que la saison est terminée ? Il est bon. Plutôt très bon même. Deux titres importants (le Premier 5 de Wuhan et le Premier de Pékin), une première participation aux WTA Finals conclue sur une demi-finale… 

« A tête reposée, elle se dira qu'elle a fait une fin de saison tellement remarquable, salue Sarah Pitkowski, membre de la Dream Team RMC Sport. Déjà, si on lui avait dit qu’elle serait en demi-finale du Masters, elle aurait forcément signé. Ces derniers temps, elle a énormément progressé sur le plan mental et le plan physique. Elle avait annoncé en début d’année vouloir se concentrer sur sa carrière en simple pour entrer dans le top 10. Cela faisait un peu sourire. Finalement, elle l’a réalisé. »

Un déclic à Roland-Garros

Le déclic s’est opéré sur le sol français. Après plusieurs mois à s’en prendre plein la tronche et à enchaîner les déceptions sur les courts, Caroline Garcia atteint le dernier carré du tournoi de Strasbourg. Elle enchaîne avec un inédit quart de finale à Roland-Garros (une défaite contre Karolina Pliskova, qui occupera quelques semaines plus tard le trône de numéro 1 mondiale). Tout sauf anodin : la native de Saint-Germain-en-Laye n’avait, jusque-là, jamais passé le troisième tour d’un Grand Chelem. 

La fin de saison ne fut pas aussi linéaire qu’espérée. Mais elle a permis à Caroline Garcia de grandir, de passer un cap... et de rêver très grand. En point d'orgue, cette fin de saison sur le continent asiatique proche du magistral. Après un US Open moyen (défaite au troisième tour contre Petra Kvitova), elle enchaîne un quart de finale à Tokyo, deux titres en Chine puis un inattendu dernier carré dans un tout aussi inattendu tournoi au sommet, les WTA Finals, qui rassemblent la crème de la crème, les huit meilleures joueuses du monde. 

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Pierce : "Dans deux ans, elle sera difficile à battre"

La Française fait partie du gratin mondial. Huitième au classement WTA, elle est alors la première Tricolore à intégrer le top 10 depuis Marion Bartoli fin septembre 2013. Première qualifiée pour le dernier carré du Masters féminin depuis Amélie Mauresmo en 2006, peut-elle viser plus haut ? La réponse est largement oui. 

« Dans deux ans, avec toute cette expérience en plus, c'est une fille qui sera difficile à battre à mon avis parce qu'elle a tout, estimait il y a quelques jours Mary Pierce dans Le Parisien. Elle a un jeu complet, n'a pas peur de venir au filet... C'est très intéressant. Et puis c'est quand même génial d'avoir maintenant deux Françaises dans le top 10. » Entraînée par son père sans pour autant être couvée, la joueuse de 24 ans peut viser très haut. 

Forget : "Elle me fait penser à Amélie Mauresmo"

On rêverait de la voir coachée par Amélie Mauresmo, qui a choisi de se mettre en retrait pour prendre soin de sa famille. Car les prémices de cette quasi révolution s'étaient fait sentir... en Fed Cup, sous l'impulsion de la capitaine. La défaite des Bleues en finale contre la République Tchèque aura fait de Caroline Garcia une guerrière aux yeux du monde tennistique. Elle bat alors une Petra Kvitova aux portes du top 10 et Karolina Pliskova, sixième mondiale. Deux simples disputés, deux victoires pour entretenir l'espoir jusqu'au bout.... jusqu'à ce double décisif perdu avec Kristina Mladenovic. 

Amélie Mauresmo, modèle ultime de cette génération tricolore actuelle.  « Elle (Garcia) a la capacité de pouvoir battre toutes les meilleures joueuses du monde. Je crois que c'est probablement une des joueuses du circuit parmi les plus complètes, c'est une formidable athlète, d'ailleurs elle me fait penser à Amélie Mauresmo lorsqu'elle évolue sur le terrain », confiait Guy Forget en marge de la présentation du Masters 1000 de Bercy ce week-end. 

Numéro 1 mondiale durant 39 semaines, lauréate de l'Open d'Australie et de Wimbledon en 2006, détentrice de 25 titres au total, médaillée d'argent aux Jeux Olympiques d'Athènes, titrée en Fed Cup (2003)... Amélie Mauresmo est la dernière géante du tennis français, hommes et femmes confondus. Une source d'inspiration majeure.

Garcia-Mauresmo, même combat émotionnel

La marge de progression de Caroline Garcia se situe sans doute encore sur le plan émotionnel. « C’est un chantier, reconnaissait-elle sur RMC après son élimination par Venus Williams en demi-finale des WTA Finals. Il y a eu beaucoup de progrès de faits mais il reste des choses à faire. » C'est ce terrain des émotions qui a tant posé problème à Amélie Mauresmo durant sa carrière, particulièrement entre 2003 - date de son éclosion - et 2006 - date de ses deux Majeurs. Il y eu pour elle aussi un déclic, avec cette victoire au Tour Championship de Los Angeles, ancêtre des WTA Finals, en 2005, après un duel contre sa compatriote Mary Pierce en finale (5-7, 7-6, 6-4). La saison suivante sera son chef d'oeuvre. 

Désormais persuadée de son potentiel, Caroline Garcia peut donc foncer. Les barrières sont tombées... et la concurrence est à sa portée. Maman Serena Williams fera son retour... mais dans quel état de forme ? En son absence, aucune joueuse ne s'est installée durablement à la tête du classement mondial, désormais occupée par Simona Halep. Pire : aucune des cinq joueuses (Serena Williams, Angelique Kerber, Karolina Pliskova, Garbine Muguruza et Simona Halep) qui ont occupé le trône mondial en 2017 n'a remporté le moindre titre en étant numéro 1 mondiale. Une première depuis l'instauration du classement. Il y a une place à prendre et Caroline Garcia, qui n'aura en prime que peu de points à défendre en début de saison prochaine, connaît désormais le chemin.