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La fin des Mousquetaires… pour quels espoirs français ?

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L’élimination de Lucas Pouille dimanche soir en huitième de finale de l’US Open face à l’Argentin Diego Schwartzman a mis fin à une triste année pour les joueurs tricolores, particulièrement en Grands Chelems. Le temps des Mousquetaires Tsonga-Monfils-Gasquet-Simon semble révolu, et la relève tarde à émerger.

Les chiffres et autres statistiques valent parfois mieux qu’un long discours. Débutons donc par quelques considérations chiffrées. Aucun joueur français ne s’est qualifié pour les quarts de finale de cet US Open. Le dernier représentant tricolore, Lucas Pouille, a ajouté une désillusion de plus dimanche, en tombant face à moins bien classé que lui en huitième de finale (Diego Schwartzman). Le problème, c’est que cette contre-performance reflète l’année entière des Français. 

Un seul quart français en Majeur, une première depuis 2007 !

La France n’a placé qu’un seul représentant (sur le tableau masculin) en quart de finale d’un Grand Chelem en 2017 : Jo-Wilfried Tsonga à Melbourne. Depuis, le néant. Une première depuis dix ans (Richard Gasquet, quart de finaliste de Wimbledon en 2007) ! Le girl power nous fera dire que les filles ont fait mieux, avec deux quarts de finaliste à Roland-Garros. Les Bleus n’ont été présents en huitièmes de finale de Majeur que six fois : Tsonga en Australie, Monfils à Melbourne également ainsi qu’à Roland-Garros, Benoît Paire et Adrian Mannarino à Wimbledon et Lucas Pouille à Flushing Meadows. Bien maigre. 

Conséquence directe : il n’y aura, lundi prochain, plus un seul joueur Français dans le top 15 du classement ATP. Le premier représentant tricolore, Jo-Wilfried Tsonga, sera au mieux 17e. Lucas Pouille sera 21e. Car l’an dernier, le protégé d’Emmanuel Planque avait atteint les quarts de finale de l’US Open. S’arrêter en huitième sera donc pour lui synonyme de perte de points. Depuis mars 2007, il y avait toujours eu au moins un Français dans le top 15 mondial. 

Un casse-tête pour Noah

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Ces chiffres peu glorieux sont posés sous le nez de Yannick Noah, qui annoncera ce mardi le nom des joueurs sélectionnés pour disputer la demi-finale de Coupe Davis face à la Serbie (15-17 septembre). Lors des deux premiers tours, le capitaine des Bleus a aligné sept joueurs différents. En l’occurrence Richard Gasquet, Gilles Simon, Nicolas Mahut, Pierre-Hugues Herbert, Lucas Pouille, Jérémy Chardy et Julien Benneteau. Il devrait y en avoir encore d’autres face aux Serbes. 

L’ère des Mousquetaires est désormais révolue. Car si l’on souhaite à l’un d’eux de créer l’exploit en remportant un Grand Chelem d’ici la fin de sa carrière, Jo-Wilfried Tsonga (32 ans), Gaël Monfils (31 ans), Gilles Simon (32 ans) et Richard Gasquet (31 ans) sont sur la pente descendante. Et force est de reconnaître qu’aucun d’eux n’a jamais atteint le sommet tant convoité et que le milieu leur promettait. 

Tsonga a changé de priorités

Débutons par celui qui est encore 12e à l’ATP ce lundi : Jo-Wilfried Tsonga. Il reste encore aujourd’hui le dernier Français à avoir atteint la finale d’un Grand Chelem, mais c’était en 2008, il y a neuf ans et demi ! Depuis cette défaite face à Novak Djokovic à l’Open d’Australie, le Manceau affiche le meilleur bilan tricolore avec quatre demi-finales de plus en Majeurs (Roland-Garros 2013 et 2015, Wimbledon 2011 et 2012), 15 titres dont deux Masters 1000 (Bercy 2008 et Toronto 2014). Tout ce qu’il y a de plus honorable certes. Mais on attendait mieux de celui qui a atteint la 5e place mondiale en 2012. 

Sur le papier, Jo-Wilfried Tsonga avait un potentiel moindre que ses petits camarades Richard Gasquet et Gaël Monfils. Un pseudo retard compensé par une volonté acharnée et énormément de travail. Mais les blessures – qui ont ralenti son arrivée sur le circuit professionnel – ne l’ont jamais épargné sur une longue période. Et les doutes ont pourri ses performances. Si bien que l’image que garderont de lui les spectateurs occasionnels de tennis demeurera celle de la finale de Coupe Davis en 2014 contre la Suisse, avec cette blessure au coude dissimulée et cette impossibilité de jouer.

Cette saison, pourtant plein de bonnes résolutions après une année 2016 décevante, Jo-Wilfried Tsonga a certes décroché trois titres (Rotterdam, Marseille et Lyon, son premier sacre sur terre battue), mais tous modestes. Pour résumer le reste de sa saison, disons que le joueur de 32 ans a lâché dans sa tête et sans doute redéfini ses priorités depuis la naissance de son fils en mars. Un « coup de vieux » confirmé par son élimination dès le deuxième tour par Denis Shapovalov à New York. « Jo n’a pas réussi à trouver l’équilibre entre sa vie personnelle qui a changé avec la naissance de son fils en avril et sa vie professionnelle. Il sait quels ajustements il a à faire », explique à RMC Sport Eric Winogradsky, responsable du haut niveau masculin à la FFT, et ancien coach du Manceau. Un grand défi en perspective.

Monfils, l’espoir gâché

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Passons à la plus grande déception de ce Big Four tricolore annoncé : Gaël Monfils. Le talent, il l’a toujours eu, le panache aussi. Deux freins à sa percée au plus haut niveau. Le premier, c’est son corps. La « Monf » a enchaîné les pépins physiques : poignets, dos et surtout les genoux. L’ancien numéro 6 mondial souffre en effet de la maladie d'Osgood-Schlatter, contractée durant l’adolescence et qui fragilise la zone du tendon rotulien. Avec son jeu spectaculaire, l’adepte des rallyes, ruptures de rythme et autres tweeners n’a pas épargné ses articulations. 

Mais ajoutons très vite que le principal frein à l’ascension de Gaël Monfils est d’ordre psychologique. Cette nonchalance apparente dissimule des doutes constants et une forme de flemme. Flemme de s’infliger des séances d’entraînement aussi rudes que ses collègues, flemme de placer le tennis au cœur de sa vie… Il s’en mordra sans doute les doigts. Car s’il est encore capable de fulgurances, le Parisien reste l’incarnation de l’espoir gâché. Rendez-vous compte : il n’a décroché que six titres durant toute sa carrière, dont le plus « prestigieux » fut un ATP 500 à Washington en juillet 2016. Maigre palmarès pour le vainqueur de l’Open d’Australie, Roland-Garros et Wimbledon chez les juniors, qui n’a atteint que deux fois le dernier carré en Majeur (Roland-Garros 2008 et US Open 2016). 

Gasquet s’est repris trop tard…

Autre grand espoir du tennis tricolore : Richard Gasquet. Le Biterrois aura traîné durant toute sa carrière l’étiquette de « Mozart du tennis » que lui ont très vite collée sur le front différents médias. A qui jeter la pierre, tant que gamin éblouissait dans les catégories jeunes ? Numéro 1 mondial chez les juniors en 2002, entré dans le top 20 dès 2005 grâce notamment à une première finale de Masters 1000 (Hambourg). En progression constante, il atteint la septième place mondiale en juillet 2007, après sa demi-finale à Wimbledon. Jusqu’à l’incident. 

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Après une saison 2008 déjà difficile, Richard Gasquet s’effondre en 2009 : les blessures oui, mais surtout cette affaire de contrôle positif à la cocaïne juste avant le Masters 1000 de Miami. L’image du petit prodige est ternie. Sa suspension est légère (deux mois et demi), la Fédération internationale ayant considéré cette prise de stupéfiants comme « accidentelle ». Mais le mal est fait.

Derrière, il n’a jamais retrouvé sa constance d’antan. Son fabuleux revers est resté intact mais son corps ne l’a pas épargné. Grisé par ses débuts tonitruants, le Biterrois s’est sans doute remis au travail un peu tard. Et les éclairs (comme ces demi-finales à l’US Open en 2013 ou celle à Wimbledon en 2015) ne furent que de jolis sursauts. Cette saison, entre sa sciatique récurrente, son appendicite en mars dernier et ses doutes, point de salut… et une piteuse élimination dès le premier tour de l’US Open par Leonardo Mayer. 

Simon porté disparu

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Ajoutons le moins connu des quatre Mousquetaires : Gilles Simon. Un chiffre résume son désarroi : 12. Comme son nombre de matches gagnés sur toute la saison ! Le Français ne pointe qu’à la 106e place à la Race… et n’est donc pas certain d’obtenir un billet pour le prochain Open d’Australie. L’ancien numéro 6 mondial devrait même sortir du top 40 à l’ATP. A 32 ans, celui qui n’a disputé que deux quarts de finale de Grand Chelem dans sa carrière (Melbourne 2009 et Wimbledon 2015) ne sait plus comment enrayer cette série noire. Il se murmure même qu’il songerait simplement à la retraite.

Pouille, seule éclaircie dans ce creux générationnel

Le tennis masculin français aborde une bascule. Certains diraient même qu’il est au bord du précipice. Des années d’attentisme au sein des instances ont fini par aboutir à un creux générationnel. Car la fin de carrière des Mousquetaires – qui n’ont toujours pas soulevé une Coupe Davis qu’on leur disait promise – n’a pas été anticipée. Les grandes structures manquent pour détecter les champions et accueillir les entraîneurs renommés. Patrick Mouratoglou, coach de Serena Williams, a dû lui-même monter sa propre structure ! 

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Tous les espoirs reposent désormais sur les frêles épaules de Lucas Pouille. Après avoir enchaîné deux quarts de finale de Grand Chelem l’an dernier (Wimbledon et l’US Open, après avoir battu Rafael Nadal en huitième de finale), le Nordiste devait confirmer cette saison. Il ne l’a pas fait. « Lucas, il a gagné un gros match, résumait Yannick Noah l’an dernier après Flushing Meadows. Pour être parmi les tout meilleurs, il en faut dix. » Dimanche, Eric Winogradsky était sur la même ligne : « L’année de la confirmation n’est jamais facile. Il travaille dur et, à tout moment, ça peut rebasculer dans le bon sens. » Il se cherche encore, prend conseil auprès de consultants (Cédric Pioline durant cette quinzaine) mais conserve son atout majeur : son entraîneur Emmanuel Planque, mélange d’autorité et de fibre paternelle parfait pour lui. 

La Coupe Davis pour sauver l’honneur

Reste un grand objectif pour les Mousquetaires élargis : la Coupe Davis. Elle leur a échappé de peu en 2010 puis 2014. Cette fois, elle leur tend les bras. Face aux Français en demi-finale mi-septembre ? La Serbie… privée de Novak Djokovic, lui aussi en pleine errance et qui a mis fin à sa saison pour laisser son coude au repos. Une autoroute. « Il va falloir rassembler nos énergies parce qu’il y a une Coupe Davis à aller gagner, répète l’entraîneur de Lucas Pouille. Si on la soulève fin novembre, on ne pourra pas parler de faillite. » Un moindre mal. Mais la plaie ne saurait être pansée.