Doutes, prozac et communication étrange : les grands maux de capitaine Noah

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Si l’équipe de France a pris l’ascendant sur la Serbie en demi-finale de Coupe Davis à l'issue du double de ce saledu (2-1), les doutes sont encore vivaces dans les rangs tricolores. Au cœur des interrogations, le capitaine Yannick Noah, qui affiche son mal-être sans retenue. Et qui a peut-être fait son temps…

On conseille souvent une cure de magnésium, qui apaise les tensions et aide, par extension, à dormir. L'huile essentielle de lavande peut aussi être un remède. Il y a aussi les tisanes, le bain chaud, les massages... Yannick Noah est sous tension et n'arrive pas à s'apaiser. Il nous a fait le coup de l'excès de nervosité, comme un ado qui passerait le bac en n'ayant pas révisé l'émancipation des pays yougoslaves qui, manque de bol, est justement au programme de l'épreuve.

Allô la terre, on a perdu Pouille !

Yannick Noah est donc nerveux. Au point de transmettre son stress à Lucas Pouille, des promesses dans les bras autant que dans les jambes mais incapable de reproduire en Grands Chelems cette saison ses performances de l'an dernier, année de la révélation et de l'insouciance. Une finale de l'US Open lui tendait les bras, il a craqué face à un joueur moins bien classé. Superstitieux, il refusait qu'on l'informe de son tableau très ouvert. Tout sauf un remède.

Ce Lucas Pouille promis à monts et merveilles, seule éclaircie à venir d'un tennis tricolore déjà en berne, a donc perdu le peu de confiance qu'il lui restait en perdant un simple amplement à sa portée contre le Serbe Dusan Lajovic, qu'il aurait dû boucler en trois manches. Avec à ses côtés un capitaine ultra expérimenté mais... stressé. L'entraîneur de ''la Pouille'', Emmanuel Planque, a dû apprécier.

Tsonga-Noah, côte à côte mais en silence

Scène bien plus surréaliste encore. Deuxième simple de cette demi-finale de Coupe Davis. C'est le vieux briscard qui est en lice, le très moqué mais toujours présent Jo-Wilfried Tsonga, numéro 1 français qui a gagné... trois matches depuis Roland-Garros. Lui a largement l'habitude, se sait amplement supérieur à son adversaire. Papa Tsonga est serein. Visiblement, son capitaine, censé le connaitre par coeur, beaucoup moins . Du coup le Manceau le rembarré gentiment et les deux hommes cohabitent sur le banc durant toute la rencontre (qui se déroule bien et se conclut sur un point égalisateur) sans s'adresser ni parole ni regard. Quand on sait que certains cadors de l'ATP militent pour un recours au coaching dont bénéficient déjà ponctuellement leurs homologues féminines... La scène a quelque chose d'aussi cocasse qu'improbable.

Nishikori, Murray, Djokovic… trois rencontres, aucune star

Alors c'est ça, cette tant attendue demi-finale de Coupe Davis à Lille, devant un public guère enthousiaste à l'idée de voir ses Bleus batailler contre l'équipe B de Serbie, sans Novak Djokovic, Victor Troicki ou Janko Tipsarevic ? Une équipe de France qui aura, pour se qualifier pour ce dernier carré, éliminé le Japon sans Kei Nishikori ou la Grande-Bretagne sans Andy Murray. On rit.

Yannick Noah devrait peut-être se mettre au prozac. Regard éteint, joie retenue, air perdu… Drôle de posture pour un leader d’équipe, arrivé en héros à la place d’un Arnaud Clément quasiment éjecté sur décision des joueurs-cadres. Le vainqueur de Roland-Garros 1983 s’était fait désirer, réclamant que tous les joueurs français se mettent d’accord et le contactent pour qu’il accepte de revenir. Septembre 2015, révolution anoncée. Ou comment faire du neuf avec du vieux.

Noah, la gloire d’antan… qui a fait son temps

Entendons-nous bien : Yannick Noah a fait ses preuves en Coupe Davis, avec deux victoires en tant que capitaine en 1991 et 1996. Mais il incarne un temps révolu. Son aura intouchable, il la doit à un titre du Grand Chelem aussi éblouissant qu’un brin chanceux décroché sur la terre battue parisienne en 1983. Puisque c’est le dernier Français qui a soulevé un trophée en Majeur, il jouit d’une immunité absolue.

Le tennis français en est là : sans star malgré une génération que l’on croyait dorée, sans Grand Chelem ni Coupe Davis. Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils, Richard Gasquet, Gilles Simon, autant de promesses, autant de ratés et de déceptions. Entre les errances hors des courts de certains, les blessures des autres et un mental en berne pour tous, difficile de se satisfaire du passage sur le circuit des tristes Mousquetaires.

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Pour guider des trentenaires en errance tennistique, il fallait une idole. La dernière du tennis français, c’est Noah. Sa nomination avait des airs de solutions de facilité, son cumul de mandat avec sa fonction de capitaine de l’équipe de France de Fed Cup aussi. On ne va tout de même pas se creuser la tête pour trouver une solution plus créative, plus osée, plus couillue. Patrick Mouratoglou gêne beaucoup de monde dans les vieux briscards de la fédération, les Emmanuel Planque ou Fabrice Santoro auraient pu être envisagés, Amélie Mauresmo aurait fait une candidate idéale… Non, non, jouons la sécurité.

Une demi-finale l’an dernier, une nouvelle cette saison. Le bilan n’est pas catastrophique. Mais rien ne vaut s’il n’y a pas le trophée au bout. Seize ans que les Bleus l’attendent. Yannick Noah est-il l’homme de la situation ? Il a beaucoup transmis de chance cette saison, si l’on retient les forfaits des cadors, tombés comme des mouches. Kei Nishikori, Andy Murray, Novak Djokovic ont offert une autoroute aux Tricolores. Sauf que le niveau de jeu ne suit pas, le public ne parvient plus à s’emballer pour des joueurs qui n’ont cessé de le décevoir.

« J'ai refilé mon stress à Lucas, j’ai continué avec Jo »

« Je suis de moins en moins confiant, expliquait le capitaine mercredi, dans des propos cités par L’Equipe. J'ai l'impression que les gars en face sont de plus en plus forts, et que les miens sont moins en canne. » On parle de l’équipe B – voire C – de la Serbie. « J'ai refilé mon stress à Lucas (Pouille), a-t-il mystérieusement reconnu vendredi après la défaite de son joueur dans le premier simple. Et j'ai continué avec Jo, jusqu'à ce qu'il me dise : ''C'est bon Yan, ça va le faire, ne t'inquiète pas''. Mon match à moi, aujourd'hui, il n’est pas terrible. »

Lucidité ? Discours qui ne passe plus ? Les embrouilles avec une Fédération en reconstruction ne sont pas d’une grande aide, le flou autour de l’avenir de Yannick Noah doit certainement peser. Et si le bondissant capitaine-chanteur se trouvait au bord du précipice, à contempler le gouffre que vont laisser les fins de carrière des Tsonga, Monfils, Simon et Gasquet, tous dans leur dernier cycle ? Pouille sera le seul à porter les espoirs tricolores sur ses frêles épaules. Et on l’a vu cette saison, il n’est pas encore prêt pour cela. Noah ne suffit pas, ne suffit plus. Fini les traditions, la gloire passée. Il faut tourner la page. Quitte à en baver pendant quelques temps.