X Games : White, la légende aux cicatrices vivaces

AFP

Médaillé à treize reprises, Shaun White est – comme toujours – l’attraction principale des Winter X Games d’Aspen. En lice sur le SuperPipe (à suivre dans la nuit de dimanche à lundi sur SFR Sport 3), l’Américain n’a qu’une idée en tête : effacer l’affront de Sotchi et sa quatrième place indigne pour retrouver l’or olympique à Pyeongchang. Pour une quête quasi mystique. 

Sur une fenêtre de quelques mois seulement, Shaun White a donné la définition d’un grand champion. Pas dans les mots, dans les faits. En octobre dernier, l’Américain de 31 ans prouvait que même lui était faillible et connaissait une terrible chute sur le SuperPipe de Cardrona (Nouvelle-Zélande). Sa tête avait alors frappé à pleine vitesse le rebord du pipe. La violence du choc se perçoit aussi dans ses conséquences. Malgré son casque, la légende du snow avait dû subir 62 (!) points de suture au visage, dont il montrait quelques effrayantes images sur les réseaux sociaux. Le compte à rebours semblait alors lancé. Pourrait-il être remis pour les X Games d’Aspen puis les Jeux Olympiques de Pyeongchang ? Un coup d’œil sur la liste de départ, malgré une incertitude jusque dans les derniers jours précédant la compétition, avait suffi à lever les doutes. 

Un run à 100 points trois mois plus tard

« J’ai toujours vécu ma vie en repoussant mes limites, écrivait le double champion olympique de halfpipe sur Instagram. Gagner, c’est bien, mais ce sont les moments difficiles qui vous définissent vraiment. J’ai pris une claque pendant l’entraînement l’autre jour, mais ne vous inquiétez pas, je serai de retour bientôt et mieux que jamais. » Le 6 janvier, il passait un trick qu’il n’avait plus tenté depuis sa sortie de l’hôpital, reconnaissant que « surmonter ses peurs n’est pas aisé ». On ne répétera jamais assez à quel point les sélections américaines sont compliquées. C’est le cas dans toutes les disciplines, d’ailleurs. Un passé glorieux n’assure en rien un billet pour la compétition à venir… et Shaun White a frôlé la correctionnelle. Le 15 janvier, le natif de San Diego cherchait à valider son ticket pour les Jeux Olympiques de Pyeongchang lors de l’étape Coupe du monde de Snowmass (Colorado). La délivrance est arrivée au troisième run. Et quel troisième run ! 

Un frontside double cork 1440 et un double McTwist 1260 – parmi les combinaisons les plus difficiles – avec une hauteur folle lui permettent d’obtenir la note maximale de 100 points pour la deuxième fois de sa carrière. La première, c’était en 2012, lors des Winter X Games. Il avait encore ses cheveux très longs. Si sa présence s’écrivait jusqu’à très récemment en pointillés, l’Américain est bien la star de l'édition 2018 des Winter X Games d’Aspen, six ans après son run parfait sur cette même piste. Aligné sur le SuperPipe dimanche, Shaun White n’a pourtant qu’une échéance en tête : les Jeux en Corée. Car le double champion olympique (Turin 2006 et Vancouver 2010) reste sur une terrible déconvenue à Sotchi : une indigne quatrième place. En tête des qualifications, Red Zeppelin s’était manqué en finale : deux chutes sur son premier run, un deuxième décevant… Iouri Podlatchikov lui chipe l’or, les Japonais Ayumu Hirano et Taku Hiraoka complétant le podium. 

"Sotchi ? C'est comme tomber d'un vélo, vous avez des cicatrices"

« Quand on m'a demandé à quel moment je m'étais remis des Jeux de Sotchi, j'ai répondu : "Jamais !", explique l’Américain sur le site des Jeux. C'est comme tomber d'un vélo, vous avez des cicatrices et cela reste en vous, c'est quelque chose qui permet d'apprendre, et j'ai appris ! Je prépare de nouveaux tricks, je me sens plus fort, plus concentré que jamais. » Des cicatrices vivaces pour celui qui, à cinq ans, avait dû passer sur le billard pour une malformation cardiaque. Un an avant de commencer le snowboard. « Chaque fois que je me lance dans le tube, je veux juste gagner, aussi méchamment qu'avant, insiste-t-il. Je suis un compétiteur. Pour être honnête, j'ai traversé des moments où il était difficile de trouver la motivation, alors je continue le skateboard, je fais de la musique. Cela m'éloigne du snowboard, cela retient mon attention, et quand je reviens sur la neige, c'est comme une libération. » Il a tout gagné. Ce n’est pas encore assez. Aspen n’est qu’une étape sur la route de Pyeongchang.