X Games Europe : Sildaru, 15 ans et déjà reine du ski freestyle

Kelly Sildaru aux Winter X Games d'Oslo en 2016
Kelly Sildaru aux Winter X Games d'Oslo en 2016 Icon Sport

Elle faisait ses premiers sauts à cinq ans et impressionnait déjà les pros à dix. Plus jeune médaillée d’or de l’histoire des Winter X Games d'Aspen, dont elle double tenante du titre sur le slopestyle, Kelly Sildaru va tenter de remporter la médaille d'or sur le Big Air aux X Games Europe d'Hafjell (Norvège) ce samedi (18h en direct sur SFR Sport 3). A tout juste 15 ans, le monde du ski freestyle féminin est déjà aux pieds de l’Estonienne. Portrait d’un phénomène rare.

Sa visite aux Winter X Games Europe de Tignes, en 2012, avait annoncé le futur. Sur les images, on y voit une petite tête blonde engoncée dans sa combinaison bleue prendre le parcours des « grandes » et enchaîner des tricks (figures) qui rendraient jalouses certaines de ses aînées. Son âge à l’époque ? Tout juste… 10 ans. Phénomène de précocité, Kelly Sildaru n’a même pas attendu l’adolescence pour affoler le milieu avec ses vidéos sur YouTube. Cinq années plus tard, à tout juste 15 ans (depuis le 17 février ), l’Estonienne est déjà sans doute la meilleure skieuse freestyle au monde.

Médaillée d’argent sur le Big Air et en or sur le slopestyle (deuxième titre de suite dans la spécialité) aux derniers Winter X Games d’Aspen, celle qui est « drivée » et coachée par son père Tonis et dont le petit frère, Henry, est un autre phénomène de précocité du ski freestyle (vainqueur à 10 ans chez les "kids" lors de l'étape de La Clusaz sur le SFR Freestyle Tour cet hiver) est l’immense favorite de tout slopestyle auquel elle prend part. Une épreuve sur laquelle l’Estonienne a triomphé pour la première fois aux X à 13 ans, 11 mois et seulement… 39 kilos. Ne cherchez pas : jamais personne n’avait remporté un titre aussi jeune aux Winter X, seul l’Américain Ryan Sheckler faisant mieux l’été avec son triomphe sur le skateboard park en 2003.

Et la chose était tout sauf une surprise. Car peu de sportifs(ives) dominent leur spécialité comme Kelly. Ses 24 dernières épreuves de slopestyle sanctionnées par l’AFP (Association of Freeskiing Professionals) ? 24 podiums dont 22 victoires ! Et désormais, comme ce samedi aux X Europe à Hafjell (où elle n'a pas pris part au slopestyle remporté par la locale Johanne Killi devant la jeune Française Tess Ledeux), c'est au Big Air qu'elle s'attaque. Avec une ambition à la hauteur de son talent. Actuelle troisième du classement général de l’AFP (première en slopestyle), celle qui a notamment remporté le Dew Tour 2015 et 2016 présente un profil idéal pour ramasser les couronnes : variée dans ses tricks, technique et ultra stylée. La totale, quoi. Et la pression dans tout ça ? Connaît pas, même à l'âge de la puberté. « C’est dans la tête », explique avec malice celle qui va toujours à l'école (emploi du temps adapté l'hiver, forcément) et se passionne pour le golf, qu'elle peut notamment pratiquer sur le mini-golf installé chez elle.

L’histoire de Sildaru, c’est un hymne au talent qui n’attend pas le nombre des années. Premiers sauts à cinq ans, sans doute sur cette colline de 100 mètres proche de chez elle où elle s’entraîne parfois quand elle ne court pas les stations à travers le monde. Première vidéo « uploadée » sur les sites de partage à sept ans. Et tout de suite la marque de skis K2 qui la contacte pour lui offrir son soutien. D’autres sponsors suivront, au premier rang desquels Red Bull. En 2014, elle aurait certainement pu briller à Sotchi, aux JO d’hiver, où la première édition olympique du slopestyle féminin avait sacré la Canadienne Dara Howell. Mais elle était encore trop jeune pour participer. Tout comme elle n’atteindra l’âge pour participer à la Coupe du monde qu’au mois d’août prochain. 

Mais l’an prochain, en Corée, elle pourra bien s’aligner au départ. « Kelly veut briller aux Jeux de Pyeongchangh en 2018 », confirme son père dans un documentaire sur la famille. Reste à savoir si Tonis n’en fait pas trop. Si ce paternel qui rate des jours de travail pour accompagner ses rejetons sur les jumps et autres slides ne pousse pas trop ses ouailles. « Ce n’est pas toujours facile d’entraîner ses enfants, concède-t-il. Les gens pensent que comme je suis leur père, je les pousse trop. Si un entraîneur de foot demande à ses gamins de faire dix tours de la pelouse à la fin de l’entraînement, est-ce différent ? Si un père dit pareil à ses enfants, est-ce qu’il les pousse trop ou est-ce que ça fait juste partie de l’entraînement ? » On laissera à plus tard la réponse à ses considérations sportivo-philosophiques. Mais on est certain que la méthode fonctionne. Kelly Sildaru le prouve à chaque sortie.

Kelly Sildaru en plein saut
Kelly Sildaru en plein saut Icon Sport