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X Games Norway : Harlaut, la légende à l’esprit libre

Henrik Harlaut lors des JO de Sotchi en 2014
Henrik Harlaut lors des JO de Sotchi en 2014 AFP

Quintuple médaillé d'or sur l'épreuve, et jouissant d'une énorme réputation dans le milieu, Henrik Harlaut sera l'une des attractions du ski Big Air des X Games Norvège ce samedi à Oslo (en direct à partir de 17h30 sur SFR Sport 4). Portrait de l'excentrique Suédois, qui a marqué l'histoire aux X un soir de janvier 2013 et perdu son pantalon aux Jeux de Sotchi avant de se rater encore à Pyeongchang en février.

La scène reste l’un des moments les plus mythiques du ski freestyle des dernières années. Janvier 2013, Aspen, Colorado. A deux minutes de la fin de l’épreuve du ski Big Air (des sauts sur une bosse massive dans un temps limité à l'issue duquel on garde les scores des deux meilleurs essais pour récolter une note finale sur 100), Henrik Harlaut mène déjà la compétition, en route vers sa première médaille d’or aux Winter X Games. En haut de la rampe de lancement, Tanner Hall, légende US du ski freestyle avec sept titres aux X entre 2001 et 2008 en Big Air, slopestyle et superpipe,« branche » le Suédois. Un dialogue resté dans l’histoire.

Hall : « Tu sais ce que tu as besoin de faire ? » Harlaut : « Non. » Hall : « Si tu le sens, un nose butter triple. Place ton nom dans les livres d’histoire, fils ! Tu l’as en toi, c’est ta figure, tu sais ce que tu fais. » Harlaut : « Peut-être mais ce serait déjà dingue de gagner sans. » Hall : « Je sais mais tu sais que tu l’as en toi. Inscris-toi dans les livres d’histoire ! Mets ton tampon sur cette compétition. Tu sais que tu l’as en toi. Je sais que tu vas le réussir. Tu es le skieur le plus dingue au monde. Il faut me croire et croire en toi, en tes capacités. Envoie-le, bordel, tu sais ce que tu fais fils ! » 

Le Suédois place ses chaussures dans ses fixations et se lance. Au bout du saut, le premier nose butter triple cork 1620 – triple rotation désaxée avec tête en bas, combinée à quatre tours et demi de rotation horizontale, et un saut débuté après s’être retourné juste avant l’envol pour décoller grâce à une impulsion sur le bout avant des skis – plaqué en compétition. La note reflète la dinguerie du trick (figure), l’une des plus complexes et techniques jamais réussies : un parfait 50 pour un total de 97 qui le sacre sans aucune discussion possible. L’explication qui suivra rajoutera encore une couche de légende… « J’avais imaginé ce trick ces dernières semaines mais je ne l’avais jamais tenté, explique alors le Suédois. J’allais le sortir uniquement si j’en avais besoin. Mais Tanner et d’autres skieurs m’ont motivé et m’ont donné le booster de confiance nécessaire. » Idem lors du Dew Tour 2017 avec un left dub 1620 tindy qui lui offrait la victoire... avant qu'il avoue ne l'avoir réalisé que deux fois auparavant mais jamais en compétition.

Il est comme ça, Henrik. Un esprit libre qui réagit sur le moment, au feeling. Qui fait ce qu’il veut quand il le veut, représentation parfaite d’un milieu où les cadres trop rigides et les règles trop établies hérissent les poils. Quintuple médaillé d’or aux Winter X Games en Big Air, trois fois à Aspen (2013, 2014 et 2018, deuxième en 2017) et deux fois en Norvège (2016 et 2017), mais également en or sur le slopestyle dans le Colorado en 2018 (argent en 2013), cet ancien hockeyeur et skieur alpin natif de Stockholm mais qui a déménagé à Åre avec sa famille à l’âge de neuf ans – où il a découvert le ski freestyle, « le sport le plus fun que je n'avais jamais essayé, avec tellement de liberté pour vous exprimer et aucun entraînement programmé », travaillant parfois plusieurs heures durant  les rails... dans son jardin – sera encore l’une des attractions des X Games Norvège qui ont lieu ce week-end à Oslo (Fornebu pour les épreuves de ski/snowboard). Pas une star grand public, certes, mais un garçon qui jouit d’une réputation incroyable parmi ses pairs. Et qui cultive son style dans un sport où les athlètes rivalisent d’ingéniosité pour sortir du lot sur le plan des tricks. « Je pense en permanence à mon ski, lance-t-il sur son site. Aux façons de le faire progresser et de le pousser vers de nouvelles limites. »

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Ses dreadlocks au vent, ses hauts et ses pantalons bien trop larges, ses sweats marqués du logo du Wu-Tang Clan (mythique groupe de rap américain), Harlaut assume toutes ses excentricités. « Je suis habitué à skier comme ça, c’est le plus confortable pour moi, explique le vainqueur du Dew Tour en 2016 et 2017. Je m'inspire beaucoup de la musique hip-hop des années 90. » Quitte à ce que cela lui joue des tours. La chose lui est arrivée il y a trois ans, à Sotchi. Pour la première du slopestyle aux Jeux d’hiver, le Suédois ne lâche pas ses habitudes : un baggy au niveau des genoux, des gants « Tortues Ninja ». Résultat ? Lors de son premier run de qualifications, il perd son pantalon qui descend au niveau des chevilles – il restera attaché grâce à des bretelles – et fait découvrir son caleçon bleu mais réussit encore deux sauts avant de tomber à la réception du troisième.

Harlaut prendra la sixième place de la finale. Sans revanche quatre ans plus tard, éliminé en qualifications à Pyeongchang en février dernier après avoir raté son premier passage (18.00) et signé un score insuffisant sur le second (75.80). Pas grave. Car la quête d’une médaille olympique ne régit pas la pratique sportive d’un garçon aujourd’hui âgé de 26 ans qui prend bien plus de plaisir à tourner des films ou des clips pour les sites de partage vidéo que face à des juges en compétition. Voire, tout simplement, à s’éclater toute une journée avec des potes en montagne ou sur les modules d’un snowpark. Vu le plaisir qu’il nous procure à le voir spatules aux pieds, on ne va pas le lui reprocher.

Henrik Harlaut fait admirer sa technique sur un slide
Henrik Harlaut fait admirer sa technique sur un slide AFP