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Gold Coast : Gilmore, au nom des femmes

Panoramic

Sextuple championne du monde et véritable légende du plateau, Stephanie Gilmore espère renouer avec ses grandes heures durant cette saison qui débute ce week-end avec l’étape de Gold Coast (à suivre sur SFR Sport 4). Féministe accomplie, sur la pente descendante durant deux ans, la trentenaire a renoué avec la victoire sur ses vagues l’an dernier... et pourrait bien surprendre la jeunesse vrombissante.

En mars 2010, elle se payait le luxe de devancer Usain Bolt, Serena Williams et la revenante Kim Clijsters pour enlever le trophée Laureus récompensant la personnalité sportive de l’année. Cette même année, Stephanie Gilmore recevait les honneurs de la profession en entrant au Hall of Fame à seulement 22 ans (record de précocité). Elle était alors triple championne du monde. Depuis, la surfeuse australienne a doublé la note avec trois autres sacres (2007, 2008, 2009, 2010, 2012 et 2014), pour devenir une légende… et une figure du circuit même loin de sa planche. 

"Si j'étais un homme avec mon palmarès, on me présenterait autrement"

Au-delà de son palmarès impressionnant, la native de Murwillumbah est un personnage du circuit. La force de l’expérience peut-être. La surfeuse de 30 ans réfléchit volontiers à sa place dans son sport et dans le monde. Très vite conduite à la plage par son père (qui aimait surfer avec sa petite famille à proximité), Stephanie Gilmore est ce qu’on appelle une femme engagée. Dans l’environnement notamment, en tant que conseillère de la Sea Shepherd Conservation Society, qui lutte pour la préservation des océans. Mais pas que. 

Inspirée par les mouvements féministes qui prennent un nouvel essor en poussant les femmes à s’affirmer dans la prise de parole, l’Australienne justifie la sienne : « Si j’étais un homme avec le même palmarès en termes de titres mondiaux, je pense qu’on me présenterait autrement, admet Stephanie Gilmore sur le site de la World Surf League. Y compris du point de vue de ma situation financière ou concernant la couverture médiatique. Je ne me plains pas, je constate. Je suis ravie d’être une femme et d’avoir une voix dans une période clé pour continuer à construire ce que des femmes extraordinaires ont construit avant moi. Et cela rend la chose plus excitante d’être une femme avec tant de choses à faire, tant de barrières à repousser… Ce n’est pas une question de compétition avec les hommes, juste d’occuper notre place dans le monde. »

Elle surfe à l'instinct

Stephanie Gilmore est une sportive. Mais aussi une artiste qui aime réfléchir au geste et à son expressivité. En 2012, elle participait à une série de formats courts menés par les danseuses Noemie LaFrance et Tiler Peck, pour un documentaire final intitulé « The Water Dancer ». Elle y évoquait la place de l’instinct. « C’est de l’instinct. Ton corps fait simplement ce qu’il est supposé faire, estimait-elle alors. Il n’y a pas de règles, il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de surfer. C’est purement une expression de la façon dont on se sent à ce moment-là. »

Le geste à l’instinct pour une libération intérieure… qu’elle avait du mal à mettre en place en compétition. Après deux années blanches en 2015 et 2016, Stephanie Gilmore avait renoué avec la victoire l’an dernier, en s’imposant à Hawaï… et à domicile, sur le Roxy Pro Gold Coast. Une épreuve qui ouvre ce week-end la saison. Elle y avait décroché un 10 en quart de finale face à Carissa Moore. « C’est le plus bel endroit du monde à mes yeux, c’est ma maison », résume-t-elle. Elle peut y reposer ses valises.