Mondiaux (halfpipe) : la ''French touch'', espèce en voie de disparition

Kevin Rolland lors du SFR Freestyle Tour de Tignes
Kevin Rolland lors du SFR Freestyle Tour de Tignes AFP

Respectivement médaillés d'argent et de bronze ce samedi aux Mondiaux de Sierra Nevada (Espagne), Marie Martinod et Kevin Rolland symbolisent l’excellence du halpipe français en compétition depuis plusieurs années. Une tendance qui ne devrait pas survivre au futur départ de cette génération dorée. Explications.

Ils brillent aux X Games, raflent des médailles mondiales et planétaires, remportent des Coupes du monde. Depuis plusieurs années, quand on parle de ski halfpipe, impossible de ne pas évoquer l’école française. Kevin Rolland, Ben Valentin, Marie Martinod, autant de noms – relevé non exhaustif – qui portent haut les couleurs tricolores au milieu des tubes de neige tout l’hiver durant. Une excellence encore confirmée ce samedi à Sierra Nevada (Espagne) avec la médaille de bronze de Kevin Rolland chez les hommes et l'argent de Marie Martinod chez les femmes. Mais qui semble destinée à s’éteindre dans le futur, paroles de champions actuels qui dressent le futur faire-part de décès.

Valentin : « Je pense que le ski halfpipe en France va disparaitre après nous »

« Je vais être fataliste : je pense que le ski halfpipe en France va disparaitre après nous », nous confiait Ben Valentin il y a quelques jours à Tignes, cadre de la dernière étape du SFR Freestyle Tour et des finales de la Coupe du monde. Et Kevin Rolland, son compère qui lui l’a battu d’un souffle pour le globe de cristal 2017 de la spécialité, d’enfoncer le clou : « Le jeune qui veut devenir le prochain Kevin Rolland, honnêtement, en France, il ne peut pas. Il faut s’expatrier. Ou alors il faut être extrêmement motivé. » La faute, d’abord, à une pratique qui relève de la gageure. « On ne voit pas de relève car il n’y a pas d’infrastructures, explique Valentin. Il y a un pipe à Méribel tout l’hiver, et peut-être un ou deux en plus que je ne connais pas, mais à part ça, il n’y a rien. A Tignes, par exemple, le pipe est là pour le SFR Freestyle Tour mais après il n’est plus entretenu. »

Sept fois médaillé, dont trois fois en or, aux X Games, Rolland complète la réponse : « Avec un seul bout de pipe en France, tu ne vas pas loin… En été, les Deux Alpes ont également un pipe sur le glacier, ce qui est une belle performance. Mais pour le reste, il faut bouger et c’est très compliqué. » D’autant que l’exposition peu régulière du sport reste un frein pour « recruter » des jeunes. « On en parle de plus en plus dans les médias, c’est vrai, mais on n’a pas assez l’occasion d’en parler, analyse Rolland. Si on prend un basketteur comme Tony Parker, il va jouer plus de cent matches par an et être visible tout autant. Nous, on va faire sept compétitions maximum. Il faudrait plus de compétitions à enjeu. Mais pour ça, il faut plus de pipes. »

« On va plus se tourner vers le slopestyle ou le Big Air »

Pour dénicher une relève, démocratiser une discipline devenue trop élitiste paraît également nécessaire. « Nous, on est parti d’un moment où le sport avait des infrastructures basses et on a évolué avec, rappelle Valentin. On a commencé dans des pipes plus petits, plus courts, donc plus faciles à mettre en place pour les stations, et maintenant nous sommes sur des gros pipes qui ont besoin de beaucoup de neige et de d’argent. Une station qui veut faire un pipe de vingt-deux pieds comme celui de Tignes, elle va investir beaucoup d’argent pour le créer, le faire tous les ans et l’entretenir. Tout ça pour quatre mecs qui vont être capables de le skier en France et entre trente et quarante dans le monde. C’est trop élitiste. Il n’y aurait peut-être pas de haut niveau mais on pourrait aller vers des petits pipes, de trois-quatre mètres, pour que les bons skieurs puissent voir ce que ça fait. Mais je pense qu’on va perdre ce sport, oui, et plus se tourner vers le slopestyle ou le Big Air, où il y a une vraie relève. En slopestyle, la Fédé est en train de créer un vrai truc avec le groupe France et les clubs, qui investissent là-dedans. Et comme le Big Air devrait faire son entrée aux JO en 2022, je pense qu’on va plus se tourner vers ces sports-là. Le halfpipe va plus rester aux Etats-Unis. »

« La peur a freiné beaucoup de skieurs »

Un pays où les jeunes Français rêvant de pipe doivent aller s’entraîner pour bénéficier d’infrastructures adéquates. Quand on a organisé une structure privée comme le Freeski Project, drivé par coach Greg Guenet et dans lequel sont notamment impliqués Rolland, Valentin et Martinod, c’est plus simple. Mais quand on débute et qu’on doit se débrouiller seul… Sans oublier un autre écueil : la crainte de s’engager dans des pipes « super exigeants » dixit Rolland. « Il y a plus de masse en slopestyle car il y a plus d’infrastructures mais aussi car le halfpipe fait très peur, confirme Valentin. Un slopestyleur, quand il vient skier dans un pipe, il dit souvent : ''J’ai trop peur là-dedans''. Leur marge d’erreur est beaucoup plus importante. Cette part de peur a freiné beaucoup de skieurs et a participé à fabriquer un sport élitiste. » Qui vit peut-être ses dernières années de gloire en France. Dommage. Kevin, Ben, Marie et tous les autres mériteraient bien de voir la superbe histoire écrite de leurs spatules se poursuivre.