Globes, or et déceptions : le bilan de l’hiver bleu

Tessa Worley
Tessa Worley AFP

Avec la fin de la saison de biathlon et de la Coupe du monde de ski alpin, sans oublier la conclusion des Mondiaux de ski freestyle et de snowboard, ce week-end a marqué le coup de sifflet final pour les sports d’hiver. L’occasion de dresser le bilan des performances françaises avec des Bleus à 127 podiums (record égalé) et 46 victoires en Coupe du monde toutes disciplines confondues. Sans oublier plusieurs médailles mondiales.

Alpin : Worley au sommet, Pinturault finit mal

L’année dernière, il avait commencé doucement avant de finir la saison en boulet de canon. Cet hiver, Alexis Pinturault a épousé la courbe inverse. Intouchable ou presque lors de ses premières sorties, avec six podiums dont trois victoires avant fin 2016, la pépite tricolore n’est ensuite montée que deux fois sur la boîte – mais jamais depuis janvier – pour un succès. Il a certes assuré son deuxième petit globe consécutif en combiné, ce qui n’est pas un mince exploit, mais il n’a jamais été en mesure d’inquiéter Marcel Hirscher pour le gros globe, a vu l’Autrichien et même son compatriote Mathieu Faivre, vainqueur à Val d'Isère, le devancer au classement du géant, sa spécialité, sans oublier des Mondiaux ratés avec une seule médaille… dans l’épreuve par équipes (or). De quoi le pousser à réfléchir à un changement d’organisation.

Alexis Pinturault
Alexis Pinturault AFP

Pour trouver un vrai grand sourire dans le ski alpin français, où le groupe masculin de vitesse a perdu son élan avec la grave blessure de Valentin Giraud-Moine après le double podium de Kitzbühel (Giraud-Moine deuxième et Johan Clarey troisième), il faut plutôt se tourner vers Tessa Worley. Trois ans après son dernier succès en géant en Coupe du monde, suivi d'une grave blessure qui l'avait longtemps éloigné des pistes puis de son meilleur niveau, la skieuse du Grand-Bornand a renoué avec le succès dès le deuxième rendez-vous de la saison à Killignton. Deux autres victoires suivront, auxquelles il faut rajouter un titre mondial, le deuxième dans la spécialité après 2013 (également en or par équipes, comme en 2011). En dehors du géant d'ouverture de Sölden et de celui des finales à Aspen, la Française n’est même jamais sortie du podium de l’hiver, une constance qui lui a permis d’empocher son premier petit globe en carrière. Une saison parfaite pour la confiance avant les Jeux de Pyeongchang l’an prochain.

Biathlon : Fourcade toujours plus dans la légende

C’est l’hiver de tous les records pour Martin Fourcade. Insatiable du début à la fin de la saison, le biathlète français a réécrit la légende de son score : un sixième gros globe consécutif, une première dans l’histoire (le Norvégien Ole Einar Bjoerndalen en a également remporté six mais pas de suite), et quatorze victoires – record masculin battu – pour rejoindre le meilleur total sur un exercice hommes et femmes confondues signé par la Suédoise Magdalena Forsberg en 2000-01. Le tout en raflant tous les petits globes individuels (26 en tout en carrière, soit un de plus que Bjoerndalen), son troisième Grand Chelem du genre après 2013 et 2016, et cinq médailles aux Mondiaux, dont une en or. Sans oublier un total de 1396 points en Coupe du monde, son nouveau record perso, conséquence d'une saison où il n'aura jamais fait pire que huitième lorsqu'il était aligné au départ. Idéal à un an des JO de Pyeongchang (Corée du Sud) où le double champion olympique sera encore très ambitieux. Chez les femmes, si Marie Dorin n’a pas réussi à titiller l’Allemande Laura Dahlmeier pour le gros globe (quatrième) avec seulement deux victoires dans des épreuves individuelles, la belle surprise porte un autre nom : Justine Braisaz. A 20 ans, la Française est montée sur trois podiums en solo, dont deux ces derniers jours à Oslo, et terminé à la sixième place du classement général de la Coupe du monde. De belles promesses pour l’avenir. Tout comme la densité du groupe féminin où toutes les filles saut Célia Aymonier sont montées sur au moins un podium individuel 

Martin Fourcade
Martin Fourcade AFP

Freestyle : les valeurs sûres du pipe, l’avenir s’appelle Ledeux

Il n’aura manqué que l’or aux Mondiaux pour parachever l’ouvrage. Comme depuis plusieurs années, l’équipe de France a posé sa griffe sur le halfpipe mondial. Organisés autour de la structure privée du Freeski Project, les skieurs tricolores ont brillé partout. Aux X Games d’Aspen, où Marie Martinod a pris l’or un an après avoir vu Kevin Rolland faire de même. Sur la Coupe du monde, où Martinod – battue seulement deux fois de tout l’hiver, lors du SFR Freestyle Tour de Tignes qui servait de finale au circuit planétaire et lors des Mondiaux de Sierra Nevada (Espagne), deuxième à chaque fois – et Rolland ont remporté le globe alors que Ben Valentin a terminé juste derrière son pote. Il faudra encore compter sur les pipers lors des prochains JO. Mais pas seulement.

Marie Martinod dans ses oeuvres
Marie Martinod dans ses oeuvres AFP

Le slopestyle pourrait également ramener une breloque olympique grâce à Tess Ledeux. A 15 ans, la skieuse native de Bourg-Saint-Maurice a fait une entrée fracassante dans le concert mondial du slopestyle : une première victoire en Coupe du monde, début janvier à Font-Romeu, deux médailles d’argent aux X Games d’Aspen et d'Oslo et un titre mondial ce dimanche à Sierra Nevada (Espagne) pour couronner le tout. Seul problème pour la cousine de Kevin Rolland ? Kelly Sildaru, reine incontestée du slopestyle, est… encore plus jeune qu’elle (elle vient d’avoir 15 ans et ne peut pas encore participer aux Mondiaux ou aux épreuves de la Coupe du monde) et pourra s’aligner l’an prochain à Pyeongchang. Mais le podium en Corée du Sud semble plus qu’accessible.

Bosses : Laffont parmi les grandes

Une victoire et quatre deuxièmes places pour un deuxième rang final au classement de la Coupe du monde. A 18 ans, Perrine Laffont a prouvé qu’elle faisait déjà partie des meilleures skieuses de bosses de la planète. Des performances confirmées aux Mondiaux avec l’argent en single et l’or en bosses parallèles. Chez les hommes, superbe saison également pour Benjamin Cavet. Monté sur six podiums, le Français de 23 ans a pris la deuxième place de la Coupe du monde derrière l’intouchable Canadien Mikael Kingsbury. Avant de se parer d’argent en single aux Mondiaux. Deux belles chances de médailles olympiques l’an prochain.

Perrine Laffont
Perrine Laffont AFP

Skicross : Chapuis reste le patron

Champion du monde 2013, champion olympique 2014 et vainqueur des trois derniers classements généraux de la Coupe du monde. En skicross, le patron s’appelle bien Jean-Frédéric Chapuis malgré des Mondiaux ratés (sorti en huitième). A 28 ans, le Français abordera la prochaine saison avec un double objectif : deux victoires au moins en Coupe du monde, ce qui lui permettrait de battre le record du Tchèque Thomas Kraus pour le total des succès en carrière et d’être en bataille pour un quatrième gros globe, et la défense de sa couronne olympique. Les Jeux, un objectif qui fait forcément saliver Ophélie David. A 40 ans, cette dernière a terminé meilleure Française du circuit planétaire (cinquième) et a empoché le bronze aux Mondiaux. Une breloque aux Jeux reste le dernier manque de son palmarès… qu’elle tentera de combler à Pyeongchang. Où il faudra peut-être aussi compter sur François Place, passé de l’alpin au skicross il y a un an et déjà médaillé de bronze mondial.

Snowboardcross : Vaultier a complété sa collection

Lauréat du globe en 2008, 2010, 2012 et 2016, Pierre Vaultier peut signer la passe de cinq le week-end prochain s'il parvient à dépasser l’Italien Omar Visintin, actuel leader du classement avant la dernière étape. Mais quopi qu'il arrive, le champion olympique de Sotchi aura atteint son gros objectif avec le titre mondial, le seul qui manquait à son palmarès. A 29 ans, il sera encore l’un des favoris pour l’or olympique l’an prochain. Le podium des Jeux, Chloé Trespeuch a également les moyens de monter dessus. A 22 ans, la Française n’a pas réussi à s’imposer en solo sur une manche de Coupe du monde mais a tourné autour avec quatre podiums. Sans oublier une médaille d’argent mondiale. Ça promet pour la suite.