<

UFC 226 : Ngannou, l’heure du rebond

Francis Ngannou
Francis Ngannou

La plupart des observateurs l’imaginaient déjà ceinture de champion des lourds de l’UFC autour de la taille en janvier dernier. Mais Francis Ngannou n’avait rien pu faire face à Stipe Miocic, surclassé par l’Américain. Près de six mois plus tard, le Camerounais représentant du MMA à la française revient dans l’Octogone pour entamer sa remontée vers les sommets face à un autre Américain, Derrick Lewis, avec qui il partage une vive rivalité, ce samedi soir à Las Vegas à l’occasion du pay-per-view UFC 226 (en direct à partir de 4h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport 4).

Les souvenirs ne s’effaceront pas de sitôt. Mais Francis Ngannou n’est pas du genre à se laisser ralentir trop longtemps par un caillou dans sa chaussure. Il préfère l’enlever et repartir de plus belle. On avait laissé le Camerounais représentant du MMA à la française il y a un peu moins de six mois, en janvier, terrassé au bord de son rêve lors du pay-per-view UFC 220. Phénomène d’explosivité et de puissance, celui qui avait débuté la discipline à Paris en 2013 (11-5 ; 7 KO) sortait d’un début de parcours phénoménal dans la catégorie des lourds de l’UFC: six victoires en autant de combats, toutes avant la limite. Avec un style spectaculaire à souhait, à l’image de l’incroyable KO sur l’expérimenté Alistair Overeem en décembre dernier, et une carrure de statue grecque magnifiée par une histoire personnelle de migrant devenu athlète de très haut niveau nappant le tout de sauce hollywoodienne.

"Je peux même presque dire que c’est la meilleure chose qui me soit arrivée"

Certains imaginaient déjà l’acteur pour jouer son rôle dans le film et l’affublaient d’avance du statut de future mégastar de l’UFC dans les pas de Ronda Rousey ou Conor McGregor. Bref, la route des étoiles semblait dégagée pour celui dont le sacre aurait pu accélérer le mouvement de légalisation du MMA en France. Mais le coup de frein a été violent. En manque d’endurance après avoir trop donné dans un premier round où il paraissait vouloir absolument "finir" son adversaire, incapable de répondre aux tentatives de takedowns (mises au sol) initiées par l’homme bien plus complet sur tout le spectre du MMA qui lui faisait face dans l’Octogone, Ngannou s’est loupé dans sa quête de détrôner l’Américain Stipe Miocic, champion de la catégorie depuis mai 2016 et premier roi des lourds à défendre trois fois victorieusement sa ceinture dans l’histoire de la grande organisation US. Francis a pris une leçon, une vraie.

Mais il a su la retenir pour relever la tête, mission qui débute dès ce samedi soir dans l’écrin de la T-Mobile Arena de Las Vegas avec un combat contre l’Américain Derrick Lewis (19-5 ; 17 KO) qu’il n’a pas le droit de perdre, ou presque, pour retrouver le fil de sa quête. "J’ai pris beaucoup d’expérience et j’ai beaucoup appris de mon revers contre Miocic, reconnaît Ngannou dans une interview pour la chaîne YouTube de la journaliste Helen Yee. C’est quelque chose qui devait arriver un jour car ma progression a été très rapide. J’ai sauté quelques étapes et cela m’a empêché de découvrir des choses qui allaient me rattraper plus tard. Je peux même presque dire que c’est la meilleure chose qui me soit arrivée. Si cela ne s’était pas passé dans ce combat, ce serait sans doute arrivé dans le futur. On l’accepte, on apprend, on se relève et on repart de l’avant. C’est la vie."

Miocic toujours dans le viseur

S’apitoyer sur son sort ? Pas le genre d’une maison qui a connu le travail à la mine pendant l’enfance… Au contraire. Sûr de ses forces, et il aurait tort de s’en priver, Ngannou repart à l’assaut de la montagne UFC, décidé à gravir le sommet Miocic si on lui en donne une nouvelle occasion. "Si j’avais cette opportunité, je ferais en sorte d’arriver avec une meilleure condition physique, pointe celui dont le coup d’arrêt dans la carrière se ressent également sur le salaire (500.000$ garantis pour l’UFC 220, 100.000$ pour l’UFC 226). Pour le reste, ce que je possède est déjà suffisant." Mais avant de pouvoir replacer le viseur sur la ceinture, il faudra passer par l’obstacle Lewis, numéro 5 du ranking UFC de la division (le Camerounais s’affiche toujours à la première place).

Une "Black Beast" qui se fait un plaisir de "chauffer" le représentant du MMA à la française dans les gestes comme dans les mots entre une "poussette" virile lors du face-à-face à l’issue de la pesée et des références médiatiques à son revers sur décision unanime face à Miocic. "Si je n’arrive pas à stopper quelqu’un comme lui avant la limite, je mérite de voir mon contrat coupé", s’est-il amusé au micro du UFC Unfiltered Podcast. On l’aura compris, Lewis ne porte pas trop Ngannou dans son cœur. "The Predator" lui rend bien pour une rivalité qui prend sa source en 2016, quand les deux enchaînaient les victoires – six de suite pour Lewis avant sa défaite contre le Néo-Zélandais Mark Hunt en juin 2017 – et que beaucoup les imaginaient partis pour s’affronter sur la route du titre.

"Je croyais qu’il voulait m’affronter mais il se tait"

"On avait combattu deux fois lors des mêmes réunions, en Croatie et à Albany, rappelle l’Américain dans un entretien avec le site MMAjunkie. Je ne lui avais rien dit de mal, juste souhaité bonne chance, mais avant une pesée il est venu me serrer la main et me dire: ‘‘Derrick Lewis, tu es mon prochain adversaire’’. Il me l’a répété encore. Et après sa victoire, il a défié plusieurs noms mais pas moi ! Je croyais qu’il voulait m’affronter mais il se tait. Alors après ma victoire, c’est moi qui l’ai défié. Mais les médias l’ont interviewé et lui ont demandé ce qu’ils pensaient de moi. Il a raconté de la merde en disant que j’étais trop lent et qu’il m’éclaterait avec facilité. Je n’oublie pas."

Depuis, ce Lewis qui a promis de ne pas serrer la main au puissant Camerounais quelle que soit l’issue de leur combat ne manque jamais une occasion de moquer le "surcoté" Ngannou, accusé d’avoir façonné sa hype sur une série de KO contre des adversaires trop vieux pour constituer une véritable menace. "Les avantages que j’ai sur Derrick ? Tous, tout ce que vous pouvez imaginer, avance Francis. Il a dit que j’avais mis Andrein Arlovski KO car il était trop vieux mais il avait trente-sept ans lors de notre combat. Mark Hunt en avait quarante-trois quand il a battu Lewis en le faisant abandonner ! Je crois qu’il ne sait plus ce qu’il dit…" Avec un Lewis au punch dévastateur connu pour sa faible endurance, au point qu’il semble parfois s’éteindre totalement dans l’Octogone pour reprendre de l’énergie, imaginer le choc arriver à la limite semble utopique. Et le vainqueur se trouve sans doute dans la réponse à une question: qui connectera son poing avec la mâchoire de l’autre en premier ?