UFC 213 : Nunes, la championne sortie du placard

Amanda Nunes (à gauche) et Nina Ansaroff
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Victorieuse de Ronda Rousey fin décembre, Amanda Nunes défend pour la deuxième fois sa ceinture des coqs lors de l’UFC 213 ce samedi soir à Las Vegas (en direct à partir de 4h dans la nuit de samedi à dimanche sur SFR Sport 5) contre la Péruvienne d’origine kirghize Valentina Shevchenko. Première championne ouvertement gay (elle est en couple avec une autre combattante) de l’histoire de l’UFC, la Brésilienne représente un symbole pour la communauté LGBT dans un sport où l'homophobie a trop longtemps eu voix au chapitre.

Elle représente tout ce que son milieu voulait trop longtemps cacher. Détentrice de la ceinture des coqs de l’UFC depuis sa victoire sur l’Américaine Miesha Tate il y a un an lors de l’UFC 200, Amanda Nunes est la première championne ouvertement gay de l’histoire de la plus grande organisation mondiale de combats de MMA. Un pied-de-nez au passé de sa discipline. Il y a encore cinq ans, l’UFC refusait encore d’ouvrir ses portes aux femmes avant de se rendre à l’évidence devant le phénomène Ronda Rousey. Et certains de ses représentants n’ont parfois pas hésité à se lancer dans des tirades à consonance homophobe pour « chauffer » l’adversaire, à l’image de l’actuel champion des moyens, le Britannique Michael Bisping, encore pris à insulter l’Américain Luke Rockhold de « p… » – avant de s’excuser pour sa remarque – après leur combat pour le titre à l’UFC 1999 en juin 2016.

Dans le même genre, on se souvient aussi de la réaction du poids lourds américain Matt Mitrione, qui évolue désormais dans l’organisation Bellator, en 2013 quand la combattante transgenre Fallon Fox avait révélé être née homme : « C’est un monstre dégoûtant ». Depuis, Nunes est passée par là. Un puissant ouragan brésilien qui a balayé tous les clichés. Son premier acte après avoir battu Tate pour la ceinture en juillet dernier ? Embrasser avec fougue Nina Ansaroff, combattante américaine catégorie paille qui fait partie de l’UFC depuis 2014, alors sa compagne depuis quatre ans (cinq désormais). Un témoignage d’amour tout autant qu’un message lancé au monde. « Avoir une championne ouvertement gay montre combien ce sport a évolué dans le bon sens, témoigne David Sholler, vice-président des relations publiques pour l’UFC, dans USA Today. Amanda est une ambassadrice incroyable. La voir porter le drapeau de la communauté gay dans cette situation, littéralement et métaphoriquement, est une étape très importante pour notre sport. »

Et Ansaroff, celle qui partage la vie de Nunes, d’appuyer juste après avoir vu sa partenaire remporter la ceinture ces coqs lors de l’UFC 200 : « C’est un moment énorme. Pas tellement pour nous ou pour la reconnaissance de notre couple mais pour la race humaine dans son ensemble. Les gays sont des gens comme tous les autres. Ils peuvent être votre voisin ou champion à l’UFC. Il faut traiter tout le monde de la même façon. » Nunes ne s’était pourtant pas imaginé en porte-drapeau de la cause LGBT, soutenue depuis quelques temps par l’UFC via l’initiative « We Are All Fighters » (« Nous Sommes Tous des Combattants ») qui bénéficie notamment à une organisation LGBT du Nevada. Si elle n’a jamais caché la nature de sa relation avec Ansaroff, les deux postant régulièrement des messages affectueux et des photos explicites sur les réseaux sociaux, la Brésilienne préférait mettre en avant ses qualités de combattante que sa vie privée, dont elle évitait de parler publiquement.

Amanda Nunes (de face) embrasse Nina Ansaroff dans l'Octogone
Amanda Nunes (de face) embrasse Nina Ansaroff dans l'Octogone AFP

Mais son statut de championne dans une division longtemps mise sous les projecteurs par Ronda Rousey, qu’elle a battue fin décembre pour la première défense de sa ceinture à l’occasion retour de la superstar US dans l’Octogone, lui a offert un statut qui confère des responsabilités. « Cela nous a appris quelque chose, reconnaît Ansaroff (7-5 en carrière en MMA) dans USA Today. Nous ne pensions pas que c’était important d’en parler. Mais on a commencé à recevoir des mails de gens qui avaient des problèmes et qui bataillaient en raison de leur sexualité. Cela nous a fait réaliser qu’on devait être plus impliquées dans ce débat, plus fortes par rapport à cela, pour aider ces gens. » L’hiver dernier, elles ont partagé ensemble les victoires. Ansaroff était là pour voir Nunes infliger à Rousey une défaite sans doute synonyme de fin de carrière en MMA pour la Californienne. Et deux semaines plus tard, c’est la Brésilienne qui pénétrait dans la cage pour embrasser sa compagne après la victoire de cette dernière sur Jocelyn Jones-Lybarger lors de l’UFC Fight Night 103.

Une destinée partagée qui facilite les choses dans un sport où la vie de famille doit parfois passer au second plan. « Cela m’aide à être calme car je sais que Nina comprend ce que je vis, confirme Nunes, toujours dans USA Today. Elle sait tout ce que combattre à l’UFC implique donc je n’ai pas à lui expliquer pourquoi je fois faire ça ou ça. Se préparer à un combat est un moment très difficile, très prenant, mais elle me facilite les choses et je fais pareil pour elle. » Ansaroff permet également de mieux comprendre ce qui se cache derrière « la bête » Nunes. Force dévastatrice dans l’Octogone, comme peut en témoigner une Rousey qui passait pour une petite fille apeurée face à elle, la Brésilienne offre un autre visage en dehors. « Pour résumer, elle est l’opposé de ce que les gens pensent d’elles, s’amuse sa compagne. La première fois que je l’ai rencontrée, je me suis dit qu’elle était folle. Mais elle a le plus grand cœur que je connaisse. Elle fera tout pour ceux qu’elle aime. Et elle adore s’amuser. La seule fois où elle est vraiment sérieuse, c’est quand la porte de la cage se referme. »

Nina Ansaroff (à gauche) et Amanda Nunes
Nina Ansaroff (à gauche) et Amanda Nunes AFP

Le couple, qui s’est rencontré lors d’un entraînement et habite à Coconut Creek en Floride, a tout vécu ensemble. Les galères des débuts, quand la Brésilienne dormait dans sa salle d’entraînement, avec un simple vélo comme moyen de transport, pendant que l’Américaine écumait les ligues mineures de MMA. Les discussions via Google Trad quand l’anglais de la Brésilienne n’était pas assez bon. Désormais bien plus à l’aise sur le plan financier grâce aux résultats de Nunes, les deux peuvent penser avenir. Avec un mariage et un bébé – elles souhaitent adopter et Ansaroff aimerait également porter un enfant – à l’horizon. En attendant ces nouveaux bonheurs, il y a des défis à relever. Pour la Brésilienne, le prochain se nomme Valentina Shevchenko.

Déjà battue par Nunes (pas pour la ceinture) en mars 2016 lors de l’UFC 196, la Péruvienne native du Kirghizistan tentera de prendre sa revanche pour détrôner la première championne de la catégorie à avoir conservé sa ceinture au moins une fois depuis Rousey. Un combat pour lequel Amanda aura encore pu bénéficier des conseils et de la bienveillance d’une compagne qui comprend mieux que personne tous les efforts nécessaires pour sortir de l’Octogone les bras levés. « Cela m’aide, c’est évident, appuie Nunes (14-4 en carrière). Et le fait que nous soyons des combattantes rend notre relation plus forte. Chacune comprend la quantité de travail que réalise l’autre et respecte cela. Nous nous sommes rencontrés grâce au combat et ce dernier nous rapproche toujours plus. Si je dois perdre du poids avant un combat, elle est là pour m’accompagner. Elle m’a aidé à devenir une championne. » Et continue de l’accompagner pour le rester.