<

Yoka, une progression réussie mais bientôt suspendue

Tony Yoka (dans le fond) face à David Allen
Tony Yoka (dans le fond) face à David Allen Panoramic

Pour son cinquième combat pro, Tony Yoka a battu le Britannique David Allen ce samedi à Paris par arrêt de l’arbitre lors de la dixième reprise. Un combat qui représentait un nouveau palier dans la progression logique et bien organisée (contrairement à ce que prétendent les mauvaises langues) du champion olympique 2016. Mais la montée en puissance va vivre un coup d’arrêt avec la future suspension infligée par l’AFLD pour ses trois « no-shows » lors de contrôles antidopage.

A quelques rares exceptions près, on pense à Vasyl Lomachenko et sa chance mondiale dès son deuxième combat (perdu), le début de carrière professionnelle d’un boxeur fait plus figure de montée en puissance que de défis XXL. Prenez Anthony Joshua, par exemple. Médaillé d’or olympique à Londres en 2012, celui qui est depuis devenu champion WBA Super, IBF et WBO des lourds a débuté chez les pros en octobre 2015. Ses cinq premiers combats ? Des victoires par TKO ou KO face à des adversaires pas foudres de guerre, Emanuele Leo, Paul Butlin, Hrvoje Kisicek, Dorian Darch et Hector Alfredo Avila, qui ne disent rien au grand public et qui présentaient avant de l’affronter un bilan de 56-42-1. Moins bon, donc, que celui des cinq premiers adversaires d’un certain Tony Yoka (Travis Clark, Jonathan Rice, Ali Baghouz, Cyril Leonet et David Allen) : 55-15-7.

N’en déplaise aux mauvaises langues – et elles sont nombreuses – des réseaux sociaux, le début de carrière pro (5-0 ; 4 KO) du boxeur français en or aux JO de Rio en 2016 épouse un canevas classique et normal. Et n’en déplaise encore à toutes ces mauvaises langues, alimentées par une promotion « La Conquête » qui le met trop en lumière par rapport à l’étape de progression dans laquelle il se trouve, le combat face au Britannique David Allen (13-4-2 ; 10 KO) ce samedi soir au Dome-Palais des Sports de Paris représentait une marche plus haute pour le compagnon d’Estelle Mossely. Car l’ami David est loin du « videur de boîte de nuit » que beaucoup ont vu en raison de sa bedaine prononcée lors de la pesée. En 2016, le garçon avait affronté le Britannique Dillian White, poussé à la décision après dix rounds et qui avait combattu Joshua (TKO) en décembre 2015, quelques mois avant de croiser les gants avec le Cubain Luis Ortiz, dernier adversaire en date de l’Américain Deontay Wilder, actuel champion WBC de la catégorie, qui lui avait infligé un KO à la septième reprise.

« Il peut devenir champion du monde »

Pas un grand champion, quoi, mais pas non plus un tocard sans talent, loin de là. Plus actif, plus précis, plus puissant, plus appliqué, Yoka a fini par le mettre TKO au dixième round, capable d'accélérer après neuf reprises pour finir son adversaire avant la limite. En toute logique. Mais le « rhino blanc » (son surnom) Allen s’est bien présenté avec ce qu’on attendait de lui : un menton en béton et cette faculté à avancer en permanence pour mettre de la pression physique, même si elle ne se traduit pas par une efficacité dans ses coups, trop lents à partir et trop peu nombreux pour mettre en danger un lourd aussi mobile et précis que le Français. Mais en obligeant ce dernier à la bagarre, pas une habitude pour l’instant dans sa carrière pro, le Britannique lui a proposé un scénario inconnu jusque-là, toujours bon à prendre pour la suite, et lui aura permis de se tester sur dix rounds pour la première fois. Un nouveau cap, quoi. Pour une ascension qui continue d’épouser la trajectoire prévue.

On calme tout de suite les persifleurs : cela ne veut surtout pas dire qu’il faut déjà lui mettre dans les pattes la crème de la catégorie. Mais le chemin vers les rêves à long terme continue. « Yoka était bon, grand et robuste, puissant et rapide, bien meilleur combattant que je ne pensais, témoigne Allen dans les colonnes de L’Equipe. Et il va s’améliorer. Je pense qu’il peut devenir champion du monde, même s’il a encore du chemin à parcourir. Mais il a tous les éléments techniques pour réussir. » Reste à prendre son temps. Du haut de ses vingt-six ans, Yoka ne présente que cinq combats pros sur son CV pugilistique. Par point de comparaison, ce Joshua à qui on aime le comparer – même la presse britannique s’y met – et qui boxait plus souvent et moins dans la lumière (Eddie Hearn et Matchroom sont malins) à ses débuts a dû attendre son neuvième combat pour prétendre à une ceinture WBC International et le seizième pour obtenir une chance mondiale (IBF). Et on ne parle pas de Deontay Wilder dont le premier combat pour un titre planétaire a dû attendre son… trente-troisième chez les pros.

Une suspension à venir pour ses "no-shows"

Bref, rien ne presse pour celui qui avait été classé mondialement par la WBO en novembre dernier – merci l’influence de son promoteur Richard Scheaffer – et pourrait faire son retour dans les rankings après avoir mis Allen TKO. D’autant que le temps va s’arrêter pour Yoka. Le 4 juillet, au plus tôt, l’AFLD va lui signifier sa sanction et la durée de sa suspension suite à trois « no-shows » lors de contrôles antidopage diligentés par l’agence. Selon toute vraisemblance, elle devrait se monter à un an. « Vous n’allez pas me voir pendant un petit peu de temps », a confirmé le Français en s’adressant aux spectateurs parisiens après sa victoire contre Allen. On espère qu’il passera ce temps dans l’ombre à continuer à progresser auprès de son coach, Virgil Hunter, dont on aimerait le voir plus écouter le conseil de travailler au foie ses rivaux dans une catégorie qui n’utilise que trop peu cette arme. La quête des sommets du noble art va se mettre en pause pour celui que les Anglo-Saxons ont surnommé « La Conquête », reprenant le concept de son diffuseur. On a déjà hâte de le revoir la poursuivre.