Top Rank, l’autre adversaire de Rigondeaux face à Lomachenko

Guillermo Rigondeaux
Guillermo Rigondeaux AFP

Ancien promoteur de Guillermo Rigondeaux, Top Rank a vu sa relation avec le boxeur cubain prendre fin dans le fracas en 2014. Entre dénigrement public et acharnement, Bob Arum avait livré une guéguerre à celui qui avait battu sa pépite Nonito Donaire. Et le 9 décembre à New York (en direct et en exclusivité sur SFR Sport 1), « El Chacal » pourrait faire chuter sa nouvelle star, l’Ukrainien Vasyl Lomachenko, et lui prendre sa ceinture WBO des super-plumes. Plongée dans la relation électrique entre Rigondeaux et Top Rank.

On ne peut pas le maintenir en cage. Pas lui. Pas après tout ce qu’il a vécu. L’histoire de Guillermo Rigondeaux raconte la trajectoire d’un boxeur amateur génial qui décide de fuir le régime castriste sur une embarcation de contrebandiers pour rejoindre Miami en quête de titres mondiaux professionnels. Devenu traître à la nation, le Cubain a quitté sa famille et laissé sa première vie derrière lui pour accomplir ses rêves. Une liberté de penser et d’agir qui s’est retrouvée dans ses relations avec son premier promoteur chez les pros, Top Rank, qui gère désormais la carrière (entre autres stars) de Vasyl Lomachenko, champion WBO des super-plumes qui remet son titre en jeu le 9 décembre au Theater du Madison Square Garden de New York contre Rigondeaux dans un combat historique et très attendu par le monde du noble art. L’occasion pour « El Chacal » de prendre une revanche sur Top Rank et son célèbre patron, Bob Arum.

« Ça va leur infliger un énorme coup, a lancé le Cubain à Jorge Ebro, journaliste pour ESPN Deportes et El Nuevo Herald (quotidien en langue espagnole basée en Floride). Je ne sais pas comment Arum peut laisser Lomachenko m'affronter. Il doit penser qu’il peut me battre mais il a fait une grosse erreur. Il ne sait pas que son poulain va chuter comme Nonito. » Nonito ? Donaire. Un nom symbole des mauvaises relations qui ont poussé à la séparation entre Rigondeaux et Top Rank. Signé par la société de Bob Arum dès ses débuts pros, en 2009, puis prolongé en 2010 et 2012, le Cubain va finir par déplaire à son « patron ». Pas motivé pour apprendre l’anglais, pas plus pour mettre en avant ses combats devant les médias, en manque de popularité auprès du grand public et donc tout sauf poule aux œufs d’or financière, « Rigo » est à l'époque un cauchemar pour promoteur.

Des articles de presse négatifs relayés à dessein sur les réseaux sociaux

A l’heure de le voir affronter sa nouvelle pépite populaire et au style excitant, Nonito Donaire (bilan de 31-1 au moment de leur combat), en avril 2013 pour une unification des titres des super-coqs – le WBO du Philippin et le WBA Super du Cubain –, Arum n’espère donc qu’une chose : sa défaite. Mais Rigondeaux dominera Donaire onze rounds sur douze en route vers une victoire par décision unanime des juges. Le camouflet de trop pour son promoteur qui ne supporte pas de le voir faire dérailler le train philippin. Conséquence ? Un acharnement. Arum utilise Fred Sternburg, un indépendant spécialisé dans les relations publiques et la communication et collaborant avec Top Rank, pour diffuser à travers des articles de presse relayées sur les réseaux sociaux l’idée d’un boxeur chiant qui n’a pas aidé sa carrière en battant Donaire, ancien champion IBF des mouches et des super-coqs mais aussi WBC et WBO des coqs (qui remportera également le titre WBA Super des plumes et retrouvera la ceinture WBO des super-coqs plus tard dans sa carrière).

Exemples ? Kevin Iole, sur Yahoo! Sports, titre « Battre Nonito Donaire ne fera pas grand-chose pour la popularité de Guillermo Rigondeaux » et pointe l’incapacité du Cubain à transformer sa technique défensive en contre-attaques qui touchent au contraire d’un Floyd Mayweather. L’inverse de ce qu’on avait vu sur le ring et qui avait totalement déstabilisé Donaire, quoi. Dans le papier, Iole cite Arum dans des déclarations sans ambiguïté sur ce qu’il pense de Rigondeaux : « Il a du talent mais la façon dont il fuit en permanence rend ses combats irregardables ». Dan Rafael, pour ESPN, va dans le même sens avec un article titré « Rigondeaux ennuie mais prend le meilleur sur Donaire » où il cite lui aussi Arum : « Je ne sais pas ce que je vais faire avec lui. Je dois trouver quelqu’un pour l’affronter. C’est l’un des meilleurs boxeurs défensifs que j’ai vus mais son style n’est pas plaisant. » On parle bien d’un promoteur évoquant un boxeur signé chez lui... Une version soft et personnalisée de ce qu’il avait lâché de façon provocatrice par le passé : « Les champions olympiques cubains ne pourraient même pas remplir le premier rang d’une salle de danse à Miami… »

Mais en battant son précieux joyau philippin, Rigondeaux a chamboulé ses plans. « Ils ont fait grimper Rigondeaux pour que Donaire puisse le battre mais Arum et HBO (alors diffuseur de Top Rank, ndlr) étaient très énervés que l’inverse se passe, explique Gary Hyde, manager du Cubain, à Bleacher Report. C’est là qu’ils nous ont tourné le dos. » Arum va en effet lui faire payer. Le dîner des champions organisé par HBO peu après ? Il ne reçoit pas d’invitation quand Terence Crawford, alors sans titre mondial, est convié. Et Arum de préciser que HBO et ses dirigeants « vomissaient » chaque fois qu’il évoquait le nom du Cubain devant eux… Son combat suivant, une nouvelle leçon infligée au Ghanéen Joseph Agbeko, confirme la rupture. Bien moins spectaculaire que le James Kirklmand-Glen Tapia qui le précédait, il va réaliser la pire audience pour un combat principal dans les dix-sept années d’histoires des soirées Boxing After Dark sur HBO. Et pour la deuxième fois sur ces dix-sept ans, le combat précédent avait rassemblé plus de téléspectateurs. « L’audience pour Kirkland-Tapia était deux fois plus grande, précise alors Arum au site BoxingScene. Entre les deux combats, les gens ont quitté la salle ! Si les gens ne veulent pas le regarder, que pensez-vous qu’un diffuseur va faire ? Je m’en fiche de savoir à quel point il est bon… »

Le Cubain est désormais lié à Roc Nation, la société de représentation créée par Jay-Z

Le promoteur en profite pour exiler « Rigo » sur le plan télévisuel avec un combat à Macao face au Thaïlandais Anusorn Yotjan (victoire par KO) diffusé en différé aux Etats-Unis sur HBO2 en juillet 2014. Le dernier du contrat entre Top Rank et « El Chacal » qui ne sera pas prolongé par le premier au bonheur du second qui souhaitait tout sauf rester avec ce promoteur. « Il n’est pas apprécié par Top Rank et HBO, cela ne fait aucune doute », confirme alors son manager. Les deux camps vont ensuite s’échanger quelques amabilités par médias interposés. Et après un combat au Japon contre le local Hisasho Amagasa  (victoire sur RTD) que ses fans américains auront eu toutes les peines du monde à voir, Rigondeaux ne va plus monter sur un ring pendant près d’un an en raison des difficultés de Caribe Promotions à lui organiser un combat digne de ce nom. Ce qui poussera la WBO et la WBA à lui retirer ses ceintures des super-coqs. Le Cubain, lui, trouvera un nouveau promoteur avec Roc Nation, la société de représentation créée par le rappeur Jay-Z, avec qui il continue de collaborer aujourd’hui. Et qui a participé aux négociations pour organiser le choc contre Lomachenko avec Top Rank.

Un nom que Rigondeaux, qui a encore récemment accusé Arum de racisme pou magnifier Lomachenko plus qu'il ne l'a fait avec d'autres, n’a pas oublié. Mais de l’eau a un peu coulé sous les ponts. La preuve ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Alors que Top Rank a publié sur Twitter une vidéo « best-of » du showman Lomachenko avec une légende « Tu as réclamé cela » qui lui était adressée, le champion WBA des super-coqs a répondu dans la foulée avec une pointe de respect dans les mots : « Je n’ai jamais réclamé. Mais j’ai dû le demander car vous ne vouliez pas le faire pendant très longtemps. Mais merci d’avoir permis que cela arrive. Ma seule plainte à votre propos était un manque de promotion et c’était autant ma faute que la vôtre. » On zappe le passé et on passe à autre chose ? Pas si sûr. Le lendemain, Rigondeaux se demandait publiquement si Lomachenko avait participé au programme antidopage indépendant VADA et Carl Moretti, vice-président de Top Rank, ne prenait pas de gants pour lui apporter une réponse : « Il l’a fait. S’il-te-plaît, monte dans l’avion. Laisse les chaussures de course en Floride. On s’occupera du reste à New York ! » Pas de quoi faire peur à l’intéressé. « Le 9 décembre, on va voir qui parlera le plus fort, lâche le Cubain. Et quand je battrai Lomachenko, on verra bien ce que les critiques vont inventer cette fois-ci… » Au moins, à l’inverse des suites du combat contre Donaire, elles ne viendraient pas de son promoteur.