Lomachenko : "Rigondeaux me combat pour l’argent"

Vasyl Lomachenko
Vasyl Lomachenko AFP

Combat le plus attendu de la fin d’année, le choc entre Vasyl Lomachenko et Guillermo Rigondeaux pour la ceinture WBO des super-plumes du premier, le 9 décembre à New York (en direct et en exclusivité sur SFR Sport 1), excite le monde du noble art. Un duel qui trouve son origine dans la volonté du Cubain de toucher un gros chèque à en croire son rival ukrainien.

Dans une semaine, les projections et prédictions auront pris fin. On saura enfin. Guillermo Rigondeaux va-t-il battre Vasyl Lomachenko et lui arracher la ceinture WBO des super-plumes ? Monté de deux catégories pour s’offrir le combat le plus attendu et le plus lucratif de sa carrière, plus âgé de huit ans et nettement moins actif que son adversaire ces deux dernières années, le Cubain ne s’avancera pas en favori face à l’Ukrainien le 9 décembre au Theater du Madison Square Garden de New York (à suivre en direct et en exclusivité sur SFR Sport 1) même s’il ne lui donner aucune chance de l’emporter serait ubuesque, et même plus que ça, vu son talent. Une analyse confirmée par son rival, en tout cas pour sa première moitié.

« A ce poids, ce n'est pas comme chez les lourds, où tu peux combattre très longtemps et toujours avoir cette capacité à mettre l'adversaire KO en un coup, a rappelé Lomachenko, cité par le Los Angeles Times, ces derniers jours lors d'un media day dans la salle de son manager à Oxnard (Californie). Mais quand vous êtes dans les petites catégories de poids, vous devez garder votre capacité de réaction et votre vitesse. Mais après 30 ans, tout cela ralentit. A 35-36 ans, votre cerveau vous dit que vous pouvez faire certaines choses mais votre corps ne suit plus. Vous ne pouvez plus utiliser la vitesse que vous aviez dix ans auparavant. » Mauvaise nouvelle pour Rigondeaux : il affiche déjà 37 printemps (et même plus selon certaines mauvaises langues qui ne croient pas à sa date de naissance officielle)…

« A 35-36 ans, votre cerveau vous dit que vous pouvez faire certaines choses mais votre corps ne suit plus »

S’il n’hésite pas à mettre l’âge en avant comme point positif pour lui, l’Ukrainien refuse de faire de son avantage physique un élément essentiel du combat à venir : « J'ai vu son dernier combat à Las Vegas. Il n'est pas petit. Je ne suis pas plus gros. Nous sommes à peu près similaires sur ce plan. Je suis juste un tout petit peu plus grand. » Malgré une autre pesée le matin du combat, il devrait tout de même pouvoir plus « prendre » et arriver sur le ring avec plusieurs kilos de plus que le Cubain. Risqué pour « El Chacal » ? Sans doute sur le plan sportif, où un revers ternirait – un petit peu, hein, ça reste Lomachenko en face – un CV pro pour l’instant immaculé de la moindre défaite en plus de lui coûter sa ceinture WBA des… super-coqs en raison d’une décision ubuesque de la fédération concernée. Mais l’intéressé s’en soucie-t-il vraiment ? Pas si l’on en croit « Hi-Tech », pour qui Rigondeaux vient le défier pour une raison pécuniaire.

« Il voulait ce combat », lance le showman ukrainien. Avant de pousser l’analyse : « Vous savez pourquoi il m'affronte ? Car sa carrière prend fin et qu'il voulait toucher un maximum d'argent. Sa bourse est la plus grosse de sa carrière. C'est pour cette raison qu'il a pris le risque de monter de deux catégories de poids. » Pas faux. Entre son style peu flamboyant qui ne séduit pas le grand public et des grands noms qui l’ont souvent esquivé, le Cubain n’a jamais été payé à la hauteur de son talent pugilistique. Pour faire face à Lomachenko dans un ring, il touchera le plus gros chèque de sa carrière. De quoi compenser une éventuelle défaite. Mais rassurez-vous : il ne compte surtout pas quitter le Garden en battu. Et pour vaincre, Rigondeaux devra faire ce qu’il sait faire de mieux. Du Rigondeaux.

Pas l’idéal pour ceux qui aiment les combats hyper spectaculaires mais un bonheur pour connaisseurs du noble art. « Mon père (et entraîneur, ndlr) me dit de regarder ses combats mais je lui réponds : ''Je n'ai pas le temps'', raconte Lomachenko. Je n'aime pas regarder ça. Il a un style très particulier, spécial, un style très différent et difficile à boxer. C'est difficile de trouver la clé, de savoir comment se gérera la distance. La moitié du combat va consister à comprendre ce qu'on peut faire. Je dois ouvrir sa défense. Je dois le chasser mais ne pas oublier ma propre défense. Car il va m'attendre, m'attendre et encore m'attendre et à un moment, je vais devoir m'ouvrir. C'est compliqué. »

« Je ne l'ai jamais vu être très agressif dans ses combats »

Et de poursuivre l’analyse sur ESPN Deportes : « Je pense qu'il va combattre comme si c'était son dernier combat. Il va essayer de courir, de garder la distance et ensuite les poings sortiront. Je ne l'ai jamais vu être très agressif dans ses combats. » « Est-ce que je vais combattre comme si c’était mon dernier combat ? Tu peux être certain que je vais le faire », lui a d’ailleurs répondu l’intéressé sur Twitter. Manager du champion WBO des super-plumes qui remet sa ceinture en jeu, Egis Klimas s’attend pour sa part à un choc façon diesel avec départ pépère et montée en puissance. « Cela va être un combat d'échecs entre deux boxeurs de très haut niveau, explique-t-il à ESPN Deportes. Mais je ne pense pas que cela va être un combat très agressif. Ils vont d'abord essayer de se sentir, de se comprendre, cela pourrait même être un peu ennuyeux au début, disons le premier ou les deux premiers rounds. Mais après, ça va devenir très, très intéressant. Pour tous ceux qui comprennent la boxe, ça va être un combat génial. Mais ceux qui ne s'intéressent pas en profondeur à ce sport et qui aiment le style mexicain où c'est juste une furieuse échange de ne vont pas apprécier le combat. »

Une déclaration que n’a pas manqué de commenter Rigondeaux sur les réseaux sociaux : « Apparemment, Lomachenko ne viendra pas pour tirer cent coups par seconde comme il le fait habituellement… » Mais il va sortir tout son arsenal offensif, imposant et brillant. « Je prépare tous mes coups pour lui. Je ne veux pas en travailler un plus que les autres car ça me rendrait moins intéressant, explique Lomachenko. J'aime montrer aux gens que la boxe est pleine de possibilités et que vous pouvez y faire plein de choses différentes. » Une occasion de plus pour briller pour le boxeur le plus rapide de l’histoire à avoir remporté au moins un titre mondial dans deux catégories de poids différentes – après sept combats – dans un duel historique car opposant, une première chez les pros, deux doubles champions olympiques chez les amateurs. « Je suis excité, comme la majorité de ceux qui comprennent la boxe, trépigne Lomachenko. Je suis heureux de faire partie de ce combat historique. Cela va être un énorme mais très intéressant challenge. » Plus que quelques jours à attendre.