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Lomachenko-Pacquiao, l’objectif de Manny pour l’automne

Vasyl Lomachenko
Vasyl Lomachenko

Le 12 mai à New York, Vasyl Lomachenko tentera de détrôner Jorge Linares et de conquérier le titre WBA des légers. Deux mois plus tard, un Manny Pacquiao de retour sur les rings sera opposé à Lucas Matthysse pour la ceinture WBA « régulière » des welters. Et en cas de victoire, le Philippin compte ensuite défier l’Ukrainien pour un combat à l’automne. Un rendez-vous qui serait le symbole d’une passation de pouvoir entre le spectaculaire présent de la boxe et son glorieux passé.

Beaucoup ont longtemps considéré le premier comme le roi du noble art. Nombreux sont ceux qui donnent aujourd’hui cette couronne au second, à commencer par SFR Sport qui l’a placé en tête de son premier classement pound-for-pound (toutes catégories confondues). Imaginer un combat entre Manny Pacquiao et Vasyl Lomachenko caresse l’idée d’une passation de pouvoir entre le vieux patriarche pugilistique et le nouveau souverain des rings. Un clash du passé contre le présent qui pourrait, si le plan se passe comme prévu, avoir lieu à l’automne. Deux étapes seront d’abord nécessaires. Le Philippin, qui n’a plus combattu depuis sa défaite controversée face à l’Australien Jeff Horn en juillet dernier pour la ceinture WBO des welters, devra battre l’Argentin Lucas Matthysse pour sa couronne de champion WBA « régulier » des welters en juillet prochain à Kuala Lumpur.

L’Ukrainien, dont la dernière apparition sur un ring remonte à son succès sur le Cubain Guillermo Rigondeaux en décembre pour conserver son titre WBO des super-plumes, devra pour sa part battre le Vénézuélien Jorge Linares, le 5 mai au Madison Square Garden de New York (à suivre en direct et en exclusivité sur SFR Sport 1), et conquérir la couronne WBA des légers, ce qui lui donnerait un troisième titre dans trois catégories différentes après à peine… douze combats chez les professionnels. Il sera ensuite temps de se mettre tous autour de la table pour négocier… « Si le combat contre Matthysse est un succès et que Manny est victorieux, on verra avec Top Rank si on peut organiser un combat avec Lomachenko à l’automne, a confirmé Michael Koncz, conseiller de Pacquiao, à ESPN. On travaille avec Top Rank sur le combat de Matthysse. Ils ont fait du bon boulot pour nous depuis très longtemps et l’inverse est vrai également. On n’a pas de conflit avec Top Rank. »

Une réponse aux informations évoquant une fracture entre « Pacman » et son promoteur historique, tendance renforcée par le fait que la compagnie de Bob Arum ne sera pas promoteur du combat contre Matthysse – ce sera MP Promotions, la société de Pacquiao – mais seulement chargée de sa distribution télé. « Il n’y a aucun problème, Arum est invité au combat contre Matthysse, a récemment expliqué Manny à des reporters philippins. Et après ce combat, on discutera d’un possible Pacquiao-Lomachenko. Ce serait un super combat car c’est un grand champion. Face à lui, j’aurais le challenge de redevenir un vrai champion. Mais je ne veux pas que l’on dise que le rendez-vous face à Matthysse est juste un combat d’échauffement. » Si l’Argentin au style agressif devrait offrir une opposition promettant du spectacle entre les deux hommes, difficile de croire Pacquiao – qui avait déjà évoqué son envie de se mesurer à Lomachenko en janvier sur la chaîne ABS-CBN – sur parole.

Car Lomachenko est un tout autre type de bête, le boxeur le plus impressionnant du circuit pour de nombreux spécialistes, et s’avancerait en grand favori face à un « Pacman » vieillissant (40 ans en décembre prochain) et de plus en plus loin de ses plus belles heures. Au point de se demander si Manny, déjà sorti de la retraite en 2016, ne s’imagine pas ce combat passation de pouvoir comme parfait point final d’une carrière majuscule… Le combat, qui ferait beaucoup parler, lui permettrait en outre d’amasser un nouveau gros chèque, élément essentiel pour celui qui a été élu sénateur dans son pays en 2016 et qui finance ses campagnes électorales – ainsi que le train de vie de sa famille – avec ses apparitions sur le ring. Freddie Roach, coach historique du seul boxeur champion du monde dans huit catégories différentes mais qui ne sera pas du combat contre Matthysse, avait déclaré après sa défaite contre Horn qu’être « sénateur et boxeur en même temps, c’est peut-être un peu trop ». Une défaite (logique) face à « Matrix » dans un dernier « gros » combat pourrait sonner l’heure du basculement définitif vers son nouveau monde.

Reste un écueil : Lomachenko sera-t-il intéressé par ce possible combat ? Sur le plan financier, aucun doute là-dessus. Et le fait de que « Hi-Tech » travaille avec Top Rank facilitera forcément les choses, Arum pouvant pousser son poulain ukrainien à lui faire une faveur en acceptant d’affronter Pacquiao. Mais sur le plan sportif… En début d’année, dans une interview accordée au site boxing.ua retranscrite par World Boxing News, Lomachenko se montrait plus que circonspect ce qu’il avait à gagner à accepter un tel rendez-vous : « C’est une légende et un grand nom et j’étais ébahi quand on me l’a proposé. La question est de savoir dans quelle catégorie de poids on pourrait le faire. Si je dois trop grossir pour le combattre, ce serait irrationnel et illogique du point de vue physiologique. » Interrogé sur le sujet en 2016, Lomachenko penchait alors plutôt vers un choc entre les deux chez les légers.

« Nous savons que l’affronter ne m’apportera rien »

Mais en cas d’accord pour cet automne, la rumeur évoque un poids intermédiaire entre les légers et les welters, les deux catégories dans lesquelles ils disputeront respectivement leurs prochains combats, soit chez les super-légers (où la ceinture WBO reste vacante depuis le passage de Terence Crawford chez les welters, tiens, tiens…). Mais un autre problème se pose : la différence d’âge. Qui n’apporterait aucune gloire à l’ami Vasyl, 30 ans, en cas de succès. « Je n’accepterai pas ce combat cette année, et s’il a lieu l’an prochain, on me reprochera d’avoir envoyé un vieux monsieur dans une catégorie qui n’est pas la sienne, se justifiait-il d’avance en janvier. Il y a beaucoup de champions dans ma catégorie et je vais continuer dans cette direction. La boxe moderne et des noms modernes. » Et un tacle de partir en direction de Pacquiao : « Si je décidais de prendre ma retraite demain, je ne demanderais pas à un gars d’une catégorie inférieure d’être face à moi pour mon combat d’adieu. C’est bon pour le portefeuille mais ce n’est pas pour ça que je boxe. Nous savons que l’affronter ne m’apportera rien. » Arum saura-t-il trouver les mots pour le faire changer d’avis ?