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Horn-Crawford : "The Hornet", le champion challenger

Jeff Horn (à gauche) lors de son combat face à Manny Pacquiao
Jeff Horn (à gauche) lors de son combat face à Manny Pacquiao Panoramic

Ancien champion unifié et incontesté des super-légers, Terence Crawford défie Jeff Horn ce samedi au MGM Grand de Las Vegas (en direct sur SFR Sport 1 à partir de 2h30 dans la nuit de samedi à dimanche) pour sa ceinture WBO des welters. Challenger, l’Américain s’avance en grand favori même s’il effectue ses premiers pas dans cette catégorie. Mais l’Australien, qui a détrôné Manny Pacquiao pour ce titre, entend bien prouver qu’il n’est jamais plus fort que lorsque l’on ne l’attend pas.

Balayer les prédictions qui se conjuguent à l’évidence, il connaît. Mais cette fois, la montagne à renverser s’annonce bien plus haute et massive. L’Australien Jeff Horn (18-0-1 ; 12 KO) s’attaque ce samedi (en direct sur SFR Sport 1 à partir de 2h30 dans la nuit de samedi à dimanche) au MGM Grand de Las Vegas à l’Américain Terence Crawford (32-0 ; 23 KO), considéré par tous les spécialistes ou presque– vos serviteurs en premier lieu – comme l’un des trois meilleurs boxeurs de la planète. D’un côté, un invaincu champion du monde WBO des welters, titre glané face à la légende Manny Pacquiao en juillet dernier chez lui à Brisbane. De l’autre, un combattant qui présente lui aussi un bilan immaculé mais qui fait ses premiers pas dans la catégorie. Sur ces seuls constats, faire du premier le favori paraîtrait logique.

Mais avec « Bud » en face, ce n’est plus la même histoire. Horn le champion devient challenger. Car Crawford est tout sauf le premier venu. Un boxeur spécial, unique, qui brise ses adversaires, un talent pugilistique fabuleux à la carrière déjà historique. Son dernier passage dans un ring ? Un terrible KO infligé au Namibien Julius Indongo, en août dernier, pour détenir les quatre ceintures principales (WBC, WBA Super, IBF et WBO) des super-légers et devenir le premier champion unifié et incontesté du noble art depuis 2006. Le premier, surtout, depuis que la WBO avait officiellement été rajoutée aux trois autres pour mériter ce statut en février 2007. Si d’autres vont le rejoindre à l’avenir vu la tendance actuelle dans la boxe, à commencer par le vainqueur de la finale du tournoi World Boxing Super Series chez les lourds-légers entre l’Ukrainien Oleksandr Usyk (WBC et WBO) et le Russe Murat Gassiev (WBA et IBF) en attendant un choc d’unification des lourds espéré par tout le milieu entre le Britannique Anthony Joshua (WBA Super, IBF et WBO) et l’Américain Deontay Wilder (WBC), la performance vous place le bonhomme.

Elle n’a pourtant pas échappé à la critique. On a évoqué le manque d’adversité et une catégorie à l’abandon. En oubliant trop souvent de se demander si ce n’était pas la présence de Crawford, également ancien champion WBO des légers, qui avait fait fuir les ambitieux… La question ne se posera plus à l’avenir. En montant chez les welters, l’une des divisions les plus denses de la boxe professionnelle actuelle, Crawford se met en danger. Entre Errol Spence Jr, Keith Thurman, Danny Garcia, Shawn Porter, Lucas Matthysse ou encore Pacquiao (qui préférerait affronter Vasyl Lomachenko que l'ami Terence dans un futur proche), l’Américain a de quoi remplir son agenda de gros combats pour quelques temps. On n’a pas cité Horn ? On suit juste le mouvement. Car personne n’imagine l’ancien professeur d’école de trente ans, dont la victoire sur Pacquiao avait été obtenue dans la controverse et qui a conservé son titre dans la douleur en décembre dernier face au Britannique Gary Corcoran (tout de même mis TKO), battre « Bud ».

Personne… sauf lui et son clan, bien sûr. « Ils sont persuadés qu’ils vont me battre et les bookmakers aussi, rappelle-t-il dans une journal vidéo qu’il tient pour le site PlayersVoice. Mais je suis extrêmement confiant sur le fait que je peux le battre comme je l’ai fait avec Pacquiao. Je sais que je peux me montrer à la hauteur de n’importe qui et de n’importe quel défi, surtout quand je suis donné perdant avant l’heure. C’est quand on me dit que je n’ai aucune chance que je combats le mieux. » Même son de cloche pour le site du célèbre magazine américain The Ring : « Je crois avoir gagné le combat contre Pacquiao et que c’était la bonne décision. Les juges ont pensé la même chose que moi… On verra bien ce qui se passera contre Crawford. J’espère que je vais changer la façon dont les gens me perçoivent avec ce combat. J’y vais pour gagner. Crawford est un boxeur très astucieux, très efficace et très habile. Il a beaucoup de qualités de combattant, ce qui lui permet de s’adapter et de changer de style pour s’adapter à son adversaire. Mais j’ai le sentiment d’avoir un style qui peut surprendre et renverser n’importe qui, peu importe leur plan. »

Entre les lignes, on devine un ressort classique du champion : le surplus de motivation façon « moi contre le monde » quand personne ne parie sur vos chances. « On a le sentiment de ne pas être respecté, c’est vrai, car c’est bien Jeff qui aborde ce combat en tant que champion, se plaint son coach, Glenn Rushton, auprès de The Ring. Cela nous a juste donné une motivation supplémentaire pour signer la performance d’une vie. » La deuxième, même, après la victoire sur « Pacman ». Le Philippin venait à Brisbane pour conserver sa ceinture. Une formalité ou presque, à écouter les observateurs. Il avait pourtant repris l’avion sans son titre, battu aux points par « The Hornet » qui s’était bien mieux défendu que prévu.

La configuration semble aujourd’hui la même, voire pire. Pour un résultat identique ? Marquer l’histoire est à ce prix. « Il est essentiel pour ma carrière que je conserve cette ceinture, estime Horn. Battre le meilleur boxeur américain sur son sol serait un énorme pas en avant pour ma carrière et l’héritage que je veux laisser dans ce sport. » Elève studieux du noble art, le champion WBO des welters n’a pas manqué de noter que ce combat sera sa première hors d’Australie ou de Nouvelle-Zélande chez les pros… et la première à Vegas, la capitale de la boxe et de ses plus gros chocs. « Je suis très excité car je me suis toujours imaginé combattre à Las Vegas, s’enthousiasme l’intéressé. Cela prouve que les rêves peuvent devenir réalité. La prochaine étape de ce rêve, c’est de gagner ce combat. »

D’abord prévu le 14 avril, ce dernier avait dû être repoussé à cause d’une blessure à la main droite de son adversaire, ce qui a forcé Horn et son clan à effectuer deux camps d’entraînement. Pas grave, celui qui a pourtant été impliqué dans un léger accident de voiture ces dernières semaines dit en avoir profité : « J’ai l’impression d’être en meilleure forme que je ne l’étais avant que la première date ne soit annulée ». Il en aura bien besoin. L’homme a beau balayer les prédictions qui se conjuguent à l’évidence, on ne placerait pas nos économies sur lui. Il y a des boxeurs trop forts pour parier contre. Le génial Terence Crawford en fait partie.