Golovkin-Alvarez : Les questions autour d’une décision très controversée

Saul Alvarez (à gauche) et Gennady Golovkin
Saul Alvarez (à gauche) et Gennady Golovkin AFP

Très attendu, le combat pour la suprématie des moyens entre Gennady Golovkin et Saul Alvarez n’a pas déçu sur le plan sportif ce samedi à Las Vegas. Mais le nul décidé par les juges, et surtout la carte de 118-110 en faveur de Canelo rendue par Adalaide Byrd, fait polémique. Le point sur cette affaire qui ternit un rendez-vous qui avait pourtant tenu toutes ses promesses mais aussi le noble art dans son ensemble. Et qui va priver la juge en question de gros combats pour quelques temps. 

Les anciens convoquent le souvenir du Marvin Hagler-Suger Ray Leonard de 1987, dernier championnat du monde des moyens à l’issue aussi controversée. Plus proche, on peut également citer le premier Lennox Lewis-Evander Holyfield de 1999, conclu par un nul quand le second méritait clairement la victoire. Si le choc entre Gennady « GGG » Golovkin et Saul « Canelo » Alvarez pour les ceintures WBA, IBF et WBC des moyens a tenu toutes ses promesses sur le ring, la décision rendue par les juges a jeté un voile sur ce que beaucoup considéraient comme le plus gros combat pugilistique d’une année 2017 qui n’en a pourtant pas manqué. Au de-là du nul entre le Mexicain et le Kazakh, l’immense majorité des observateurs donnant ce dernier vainqueur, c’est la carte à 118-110 en faveur de Canelo qui interroge.

La carte de 118-110 en faveur de Canelo est-elle crédible ?

Non. Non. Et trois fois non. Les deux autres juges, Dave Moretti et Don Trella, ont respectivement donné 115-113 pour Golovkin et nul 114-114. Mais c’est la carte rendue par Adalaide Byrd qui fait polémique. Quand Michael Buffer, célèbre speaker des grands combats de boxe, a évoqué un score de 118-110, les spectateurs de la T-Mobile Arena de Las Vegas n’ont pas semblé tiqué. Mais quand il a lancé le nom de Canelo – pourtant chouchou du public – juste derrière, les huées ont rempli la salle. Comme si ce score aurait été acceptable en faveur de GGG mais pas en celle du Mexicain, ce qui peut s’entendre. Pour comprendre le côté WTF de la carte rendue par Byrd, il suffit de lire l’édito de Matt Christie pour le site du magazine BoxingNews : « Si les trois cartes avaient été serrées, le nul aurait pu être acceptable. Mais le pointage de Byrd est tout simplement scandaleux ! » On ne peut pas dire mieux.

Pour donner 118-110 en faveur de Saul Alvarez, la juge en question n’a donc accordé que… deux rounds sur douze à Golovkin, que tout le monde ou presque a pourtant vu vainqueur ! Ce qui n’a pas empêché Bob Bennett, directeur exécutif de la commission athlétique du Nevada, de la défendre en conférence de presse post-combat : « Adalaide Bird est une juge incroyable. Elle a jugé 115 championnats du monde ou combats à élimination pour un titre. Elle fait beaucoup pour notre formation et a pris beaucoup de juges sous son aile. C’est un poste très difficile. Malheureusement, elle s’est trompée ce soir. Elle a vu un peu large. Il est facile de critiquer mais je ne connais personne dans ce public qui n’a jamais connu une mauvaise journée au boulot. Elle a vu le combat différemment des autres juges… » S’ils peuvent se plaindre, et à raison, de la prestation de Byrd, GGG et son staff ont bien été impliqués dans son « recrutement » : Eric Gomez, président de Golden Boys Promotions (la société de promotion dirigée par Oscar De La Hoya et pour laquelle boxe Canelo), a confirmé que les deux camps s’étaient mis d’accord sur le choix des juges et de l’arbitre.

Adalaide Bird a-t-elle « escroqué » Golovkin ?

C’était LE bon mot en vogue toute la semaine précédant le combat. L’idée ? Si GGG-Canelo était un combat serré qui se jouait à la décision, les juges auraient tendance à favoriser le Mexicain, plus « régional de l’étape » puisqu’il a disputé neuf de ses douze derniers combats – celui contre Golovkin inclus – à Las Vegas où le public allait forcément aller plus dans son sens. Le Kazakh, lui, n’était jamais monté sur un ring dans la ville du vice avant Canelo. La carte rendue par Byrd est-elle la concrétisation de tout cela ? On en doute. Car pré-combat, les spécialistes expliquaient également que l’expérimentée Adalaide Byrd, qui jugeait son 442e combat depuis ses débuts dans ce rôle en 1997, n’avait pas hésité à aller à l’encontre de certains chouchous du public tout au long de sa carrière.

A au moins deux reprise, Kelly Pavlik-Alfonso Lopez en 2011 et Maurice Hooker-Darleys Perez en 2016, c’est ainsi elle qui semblait rendre la carte la plus réaliste des trois juges concernés. Et a priori, elle n’avait rien contre GGG, à qui elle avait accordé cinq rounds sur cinq avant son KO sur Willie Monroe Jr en mai 2015 à Los Angeles. Mais là, aucun doute, elle s’est plantée. Dans les grandes largeurs. Tout comme elle s’était ratée – tout de même moins – en mai 2016 quand elle plaçait Amir Khan devant... Saul Alvarez au pointage, à l’inverse des deux autres juges, avant le KO du Mexicain sur le Britannique à la sixième reprise. Alors, l’erreur est humaine ? Pas pour les réseaux sociaux où ils étaient nombreux à réclamer l’arrêt de sa carrière de juge tout de suite après le combat Canelo-GGG.

Abel Sanchez, l’entraîneur de Golovkin, allait dans le même sens en demandant à la commission athlétique du Nevada de se pencher sur le cas Byrd pour « savoir si elle est réellement apte à juger des combats de boxe ». « Sa carte était écrite à l’avance, s’est-il ensuite plaint. Sa présence sur la liste des juges me posait déjà problème avant le combat à cause de ses performances erratiques, irrégulières. Elle doit retourner à l’école apprendre comment on juge un combat. Elle ne peut pas être aussi aveugle, aussi mauvaise… Quelque chose doit être fait pour éviter de telles décisions. Ce n’est pas juste pour les combattants. » Bob Bennett, directeur exécutif de la commission athlétique du Nevada, lui a d'abord répondu en ouvrant la porte à des conséquences pour Byrd : « Je vais revoir le combat round par round avec elle et on verra ce qu’on fera à ce moment-là... » Avant d'enfoncer le clou un peu plus tard de façon claire en évoquant « un petit break » à venir pour la juge qui ne sera plus assignée à de gros combats pour un temps : « Je ne vais pas la remettre tout de suite dedans. Elle va rester dans le business mais elle a besoin de reprendre son souffle ». On a aussi très envie d'entendre celle qui aurait éclaté en sanglots en découvrant la furie provoquée par son jugement. Histoire de mettre des mots sur l’incompréhensible. 

Saul Alvarez (à gauche) et Gennady Golovkin à l'issue du combat
Saul Alvarez (à gauche) et Gennady Golovkin à l'issue du combat AFP

Quelles conséquences pour la boxe ?

« Avec ce combat, c’est la boxe qui sort victorieuse. » Si l’on ne regarde que les douze rounds entre GGG et Canelo, difficile de donner tort au Mexicain. Mais la carte rendue par Adalaide Byrd a cassé la magie. « Toute personne qui serait devenue fan de boxe pendant le combat a vu la décision agir comme un répulsif, écrit Matt Christie pour BoxingNews. Comment expliquer ce score de 118-110 à quelqu’un qui découvrait la boxe ? C’est impossible à faire. (…) Ne blâmez pas Canelo mais ce sport pourri et nauséabond. »  Des mots très forts pour un journaliste qui évolue dans le milieu du noble art. Et une idée reprise par Golovkin en conférence de presse : « C’est terrible pour la boxe. Si des juges peuvent faire des choses comme ça, c’est juste terrible. Il suffit de regarder les statistiques ou la réaction de la foule à l’annonce de la décision. Tout est mauvais dans ce qui s’est passé… »

Promoteur du Kazakh, Tom Loeffler allait dans le même sens : « Cela enlève tout de la superbe performance des combattants dans le ring ». Seul avantage ? Une telle conclusion grave quasi dans le marbre l’idée d’une revanche, déjà acceptée par les deux au micro à l’issue du combat. On aura donc encore droit à un nouveau spectacle sportif de feu entre le Mexicain et le Kazakh, toujours champion WBC, WBA et IBF des moyens. Reste à espérer que la décision des juges suscitera moins de débat. Le noble art mérite des jugements à la hauteur des combats qu’il nous offre ces derniers mois.