Et si Ward venait défier Joshua chez les lourds ?

Andre Ward pose avec ses ceintures mondiales des mi-lourds
Andre Ward pose avec ses ceintures mondiales des mi-lourds AFP

Vainqueur pour la deuxième fois, et encore dans la controverse, du Russe Sergueï Kovalev ce samedi à Las Vegas, l’Américain Andre Ward, champion unifié WBA-IBF-WBO des mi-lourds et l’un des meilleurs boxeurs de la planète, pourrait monter chez les lourds avec l’idée d’y défier le nouveau roi de la catégorie, le Britannique Anthony Joshua. Coup de pub à peu de frais ou idée crédible ?

Pour beaucoup, il est le meilleur boxeur de la planète toutes catégories confondues. Champion unifié WBA-IBF-WBO des mi-lourds après avoir dominé les super-moyens, vainqueur pour la deuxième fois du Russe Sergueï Kovalev ce samedi à Las Vegas par arrêt de l’arbitre à la huitième reprise, Andre Ward aurait tout pour attirer la lumière. Mais l’Américain ne « vend » pas autant que d’autres sur son seul nom. Question de style. Représentant, certes excellent, d’une boxe peu offensive et trop calculatrice pour soulever les foules, le « Son of God » – « Fils de Dieu », son surnom – qui affiche l’âge du Christ (33 ans) ne peut exister à sa juste valeur que dans les confrontations avec d’autres grands du noble art. Kovalev, par exemple.

« Beaucoup de gens peuvent penser que c’est suicidaire mais les résultats dépendent des styles »

Si un troisième combat face à l’ancien champion des mi-lourds qu’il avait détrôné en novembre dernier paraît tout sauf improbable, on vous en reparlera un peu plus tard, Ward envisage déjà d’autres défis. Dont un assez dingue contre un certain… Anthony Joshua. Car l’Américain aimerait monter chez les lourds-légers, et même plutôt en lourds. Le nouveau roi de la catégorie, vainqueur de Wladimir Klitschko fin avril dans un combat gravé dans les mémoires, présente pourtant un physique bien plus massif : 1,98 mètre et 113 kilos contre 1,83 et 79. Mais Virgil Hunter, entraîneur de Ward depuis l’enfance (et désormais coach de Tony Yoka) et qui semble à l’origine de ce projet encore très loin de se concrétiser, n’y voit surtout pas un frein.

« Affronter un adversaire plus gros, ce n’est pas une histoire de taille mais de qualités, explique-t-il. Je suis sérieux quand je dis que j’aimerais voir Andre contre Joshua. Beaucoup de gens peuvent penser que c’est suicidaire mais les résultats dépendent des styles. Et dans celui de Joshua, j’ai vu quelque chose qui me fait dire qu’Andre le dominerait en technique. Je pense vraiment aux lourds car aller en lourds-légers serait une perte de temps. » On pense d’abord à un coup de pub à peu de frais pour ce boxeur sans doute pas assez reconnu à son juste talent. Mais Ward le confirme à demi-mot, c’est du sérieux. « Virgil met toujours la barre haut. C’est ce qui me fait avancer depuis que je suis gamin. C’est l’essence de notre équipe. »

Andre Ward (à gauche) touche Sergueï Kovalev
Andre Ward (à gauche) touche Sergueï Kovalev AFP

On se souvient alors que l’Américain est un grand fan de Roy Jones. Qui était monté chez les lourds en 2003 pour prendre la ceinture du champion WBA, le Portoricain John Ruiz, alors qu’il régnait sur les mi-lourds comme Ward aujourd’hui. De quoi motiver à imiter l’idole de jeunesse même si Joshua présente un niveau bien supérieur à celui de Ruiz à l’époque. On aimerait tout de même voir à quel point sa science de la boxe efficace pourrait enquiquiner un Joshua plus carnassier dans son approche. Mais avant de penser éventuellement au Britannique, il n’en a sans doute pas fini avec Kovalev. Détrôné aux points dans une décision controversée en novembre, après laquelle il avait dénoncé un supposé favoritisme des juges américains pour son rival, le Russe ne se satisfera pas plus du résultat de la revanche. Touché par une droite au huitième round après sept reprises où Ward avait su contenir sa puissance au mieux, Kovalev s’est tourné et protégé sans répliquer avant d’être touché sous la ceinture, pas une première dans le combat. 

Plié en deux et assis sur la corde du bas, il était aussitôt arrêté par l’arbitre alors qu’un des trois juges le plaçait en tête après sept rounds (68-65 contre 67-66 pour Ward pour les deux autres). Une deuxième défaite en carrière (30-1-2) qui passe très mal. « Il m’a touché avec quatre coups bas et l’arbitre n’a rien dit. Je pense que j’aurais pu continuer. C’est de la m… » Kovalev a déjà réclamé un troisième combat et va déposer une réclamation officielle auprès des fédérations mondiales concernées. Bref, ça sent de nouvelles retrouvailles. Ward, lui, doit encore se défendre malgré un bilan toujours immaculé (32-0 dont 16 KOs) : « Kovalev est un grand boxeur et il n’y aura pas beaucoup de monde qui le battra. Je ne demande rien à personne mais, à un moment, il faut reconnaître mes mérites. Je n’ai jamais été le plus talentueux ou le plus costaud physiquement mais je continue de mettre KO les géants les uns après les autres. » On a bien envie de savoir si le résultat serait le même face à celui qui se nomme Anthony Joshua.