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Crawford, un welter qui fait le poids

Terence Crawford (à drotie) face à Jeff Horn
Terence Crawford (à droite) face à Jeff Horn Top Rank

Facile vainqueur de Jeff Horn ce samedi à Las Vegas, Terence Crawford est devenu champion WBO des welters pour sa première dans la catégorie. L’ancien champion unifié et incontesté des super-légers, également titré chez les légers dans le passé, a surtout prouvé qu’il possédait tous les ingrédients pour continuer à dominer dans cette catégorie. Mais affronter les autres champions de la division passera par des batailles… en coulisses.

On attendait le verdict. Il est net et sans bavure. Titré chez les légers puis champion unifié et incontesté chez les super-légers, Terence Crawford allait-il pouvoir poursuivre sa domination chez les welters ? La question était au centre des débats avant la première de « Bud » dans la catégorie, ce samedi à Las Vegas face à Jeff Horn, tombeur de Manny Pacquiao et champion WBO. L’Américain aura mis neuf rounds pour apporter une réponse claire : oui, oui, oui et encore oui. Une véritable leçon de boxe attendue côté technique – avec une précision dans les coups impressionnante – mais accompagnée d’une mise au point physique, Crawford malmenant l’Australien sur ce plan alors qu’on y voyait le seul avantage de l’Australien, connu pour sa propension à utiliser tête et coudes pour donner un côté « bagarre de rue » à ses rendez-vous pugilistiques en jouant de son corps.

« Comme je l’ai dit à plusieurs reprises avant le combat, je suis fort et puissant, a tenu à rappeler le nouveau champion WBO des welters (33-0 ; 24 KO), sixième boxeur de l'histoire titré chez les légers, super-légers et welters, en conférence de presse à l’issue de son succès. J’étais beaucoup plus fort physiquement que lui ! Vous n’arrêtiez pas de répéter combien il était fort donc je devais y aller pour vous montrer. Pour prouver. Vous avez vu ce que j’ai fait dans ce ring. Ma puissance reste la même dans la catégorie supérieure. Et maintenant, je veux tous les autres champions des welters… » Du côté du champion déchu (18-1-1 ; 12 KO), on semblait plus surpris par la précision des coups de l’Américain que par sa puissance. « Jeff a été touché plus fort par Pacquiao », lançait ainsi Glenn Rushton, coach de « The Hornet ». Mais l’attitude de Horn sur le ring, qui encaissait de plus en plus mal les poings de « Bud », ne trompe pas.

Si des doutes planaient encore avant ce combat, Crawford a tamponné avec autorité son ticket d’entrée dans sa nouvelle catégorie. Une division parmi les plus denses du noble art actuel, voire la plus dense, où les chocs qui font envie ne manquent pas : Keith Thurman, Errol Spence Jr, Danny Garcia, Shawn Porter, Manny Pacquiao… « Nous allons lui permettre de combattre autant de fois qu’ils le veulent avec son coach, a expliqué Bob Arum, patron de Top Rank, après sa victoire. S’ils veulent le faire trois ou quatre fois par an, on a des dates pour lui. Cela ne dépend que de lui de savoir s’il veut être actif ou non… » L’intéressé, qui n’était plus monté dans un ring depuis dix mois en raison de son changement de catégorie puis d’une blessure, ne se cache pas pour répondre à son promoteur : « Je veux les autres champions. Les gros combats. Bob, fais en sorte que ça arrive. »

Problème ? Nous sommes dans la boxe. Où la politique en coulisses fait souvent aussi mal voire plus que les coups dans un ring. Alors que Crawford combat sous l’égide Top Rank, les champions WBA Super (Thurman), IBF (Spence Jr) et WBC (le vainqueur du combat Garcia-Porter en août) appartiennent tous à l’écurie Al Haymon-PBC-Showtime. Si les imaginer face à Crawford ne vire pas dans le chimérique, surtout à une époque où les champions ont de moins en moins tendance à s’éviter et où l’un d’eux pourrait vouloir se tester sur un tel défi, cela pourrait ne pas se faire tout de suite. Car Haymon n’a rien à gagner ou presque à aligner l’un de ses poulains face à un talent aussi grand que celui de « Bud » dès maintenant. De son point de vue, il serait beaucoup plus logique de voir ses boxeurs s’affronter, avec Garcia-Porter et Thurman-Spence (ce deuxième combat n’étant pas près de se concrétiser) puis les deux vainqueurs face à face, avant d’aligner celui qui sort de la fosse aux lions contre Crawford.

Bref, même si l’espoir d’accords plus précoces nous anime, cela pourrait repousser ses envies à 2019. Voire plus tard. En attendant ? Il faudrait trouver de quoi mettre quelque chose sous la dent de l’ami Terence. La presse spécialisée évoque déjà Jose Benavidez Jr, ancien champion intérimaire WBA des super-légers, comme possible prochain combat. Vainqueur par KO du Vénézuélien Frank Rojas ce samedi… sur la carte de Crawford-Horn, son deuxième combat depuis sa blessure par balle à la jambe en août 2016 qui l’a empêché de combattre pendant un an et demi, l’Américain présente l’avantage d’un bilan immaculé (27-0 ; 18 KO) auquel « Bud » aimerait ajouter un « 1 » dans la colonne des défaites. Mais son manque de notoriété grand public ne fera pas de la chose – si elle se fait, Benavidez pouvant refuser de risquer d’affronter un tel boxeur en raison de son manque de rythme –  un véritable choc à même de catapulter Crawford devant Vasyl Lomachenko aux yeux de nombreux spécialistes dans les classements pound-for-pound (toutes catégories confondues).

Quand le spectaculaire Ukrainien, actuellement blessé, voit pointer Robert Easter Jr (champion IBF) et surtout Mikey Garcia (ceinture WBC) à l’horizon chez les légers, Crawford n’aura sans doute pas droit tout de suite aux attendus chocs d’unification dans sa catégorie. Une solution pourrait passer par Pacquiao, lié à Top Rank même si la relation s’est distendue, qui affronte Lucas Matthysse mi-juillet à Kuala Lumpur pour la ceinture WBA « régulière » – Thurman est le champion « Super », symbole du flou critiqué à raison de la boxe – des welters. Mais le Philippin, malin, a déjà laissé entendre qu’il préférerait affronter Lomachenko, moins grand, moins lourd et à l’allonge moins longue.

« Bud » va devoir faire avec sa situation. Qui pourrait lui coûter cher niveau héritage. Il faut écouter Arum pour comprendre : « Le plus grand compliment que je peux donner à un welter, ou n’importe qui des divisions moyennes, est qu’il me rappelle Sugar Ray Leonard, qui était le meilleur. Et Terence est aussi bon voire meilleur que lui. » « Le problème de cette comparaison est que Leonard avait Duran, Hearns et Hagler en face lorsqu’il a bâti sa légendaire carrière, écrit avec justesse Andreas Hale pour le site du célèbre magazine US The Ring. Qui seront ces combattants pour Crawford ? » Tant qu’il n’aura battu « que » Horn, savoir s’il peut reproduire sa performance face à la crème de la catégorie nourrira les débats. Comme trop souvent dans la boxe, c’est sans doute en coulisses que « Bud » va devoir livrer ses plus gros combats dans les mois à venir.