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Crawford-Spence, l’autre combat qui fascine le monde de la boxe

Errol Spence Jr
Errol Spence Jr

Une semaine après l’arrivée fracassante de Terence Crawford chez les welters, où il a remporté la ceinture WBO pour son premier combat, son compatriote Errol Spence Jr a conservé son titre IBF de la catégorie ce samedi. De quoi faire grimper les attentes autour d’un choc entre les deux Américains. Si les deux affichent leur envie de le faire, la chose ne devrait pas se faire tout de suite.

Ils se sont répondus sur le ring à une semaine d’écart. Alors que Terence Crawford avait mis un point d’exclamation sur ses débuts chez les welters en terrassant avec facilité Jeff Horn par TKO pour remporter la ceinture WBO, Errol Spence Jr a frappé sur la table sept jours plus tard en explosant le Mexicain Carlos Ocampo, son challenger obligatoire dont on ne savait pas vraiment ce qu’il faisait là vu son pedigree, pour la deuxième défense de son titre IBF de la catégorie ce samedi dans son Texas chéri. Deux démonstrations de force pour une question commune : à quand le choix entre « Bud » (Crawford ; 33-0, 24 KO) et « The Truth » (Spence ; 24-0, 21 KO) ? Alors que le monde du noble art se frotte les mains à l’idée de la « revanche » entre Gennady Golovkin et Canelo Alvarez et plus encore à imaginer le choc d’unification des lourds tant attendu entre Anthony Joshua et Deontay Wilder, l’idée d’un affrontement entre les deux Américains fascine peut-être encore plus les spécialistes.

Une sorte de rêve pugilistique entre deux boxeurs au sommet de leur art et qui aiment mettre l’adversaire KO, grand spectacle en perspective avec pour le vainqueur la possibilité de devenir le nouveau visage de la discipline aux Etats-Unis, fauteuil laissé plus ou moins vacant depuis le départ à la retraite de Floyd Mayweather (qui aime beaucoup Crawford). « C’est sans aucun doute le plus grand combat à faire dans la boxe actuelle, s’enflamme Crawford pour Sporting News. Il arrivera un jour ou l’autre et ce sera une grande soirée pour Errol, moi et l’ensemble du monde de la boxe. » Avec derrière une idée simple, résumée par le nouveau détenteur de la ceinture WBO : « Nous avons le même objectif avec Errol, devenir champion unifié et incontesté des welters, et nous devons nous affronter pour y parvenir. C’est aussi simple que ça. Il ne peut y avoir qu’un seul champion unifié et l’un de nous doit donc chuter. »

Même son de cloche chez Spence : « Il détient une des ceintures et je veux devenir champion unifié donc je vais devoir venir lui prendre. Ce combat arrivera un jour ou l’autre. » Question de tempérament, comme le champion IBF l’explique à ESPN : « Je suis de la vieille école, celle où on affronte les meilleurs. Je veux régner sur tous les boxeurs de ma catégorie et je suis prêt à affronter n’importe qui pour le prouver. » Mais au fait, qu’est-ce qui rendrait ce duel si passionnant ? La réponse est signée Crawford. « Vous avez deux jeunes lions affamés qui sont motivés pour affronter n’importe qui dans le ring et prouver qu’ils sont les meilleurs de leur catégorie, insiste-il auprès de Sporting News. C’est un grand talent contre un grand talent, deux gars puissants et invaincus et deux Américains. Il y a tellement de facettes de ce combat qui le rendent intéressant… Il a la puissance pour mettre KO, moi aussi. C’est un combat que les fans vont adorer. » On confirme.

« Le combat doit faire sens sur le plan du business »

Reste un écueil. Pourra-t-il être mis sur pied ? A écouter les deux protagonistes, aucun doute, leur volonté commune va leur permettre de monter dans le même ring. Mais la boxe reste la boxe, souvent aussi piégeuse en coulisses que dangereuse entre les cordes. Le souci est presque classique. D’un côté, un Crawford sous l’égide du promoteur Top Rank (Bob Arum) et de son diffuseur ESPN. De l’autre, un Spence membre de l’écurie Al Haymon-PBC-Showtime. Et tout le monde qui espère croquer la plus grande part des bénéfices dans ce bassin de piranhas. Si aucun des deux diffuseurs ne souhaite s’asseoir sur ce choc qui pourrait rapporter gros, ils seront obligés de négocier un pay-per-view commun. Les exemples de Floyd Mayweather-Manny Pacquiao en 2015 (plus de six ans à s’organiser !) et Lennox Lewis-Mike Tyson en 2002, combats co-diffusés par les rivaux Showtime et HBO – qui diffusait alors les combats des boxeurs Top Rank –, racontent la difficulté de monter un tel deal.

Conscient de la réalité de son sport, Crawford connaît la hauteur de la tâche. « Le combat doit faire sens sur le plan du business, rappelle-t-il à ESPN. Haymon ne va pas envoyer ses boxeurs sur ESPN si cela ne fait pas sens et Arum ne va pas m’envoyer sur Showtime si cela ne fait pas sens. » L’ancien champion unifié et incontesté des super-légers pioche tout de même dans son passé pour rester optimiste. « J’ai déjà affronté deux gars qui combattent chez Showtime, Felix Diaz et John Molina, donc cela ne devrait pas empêcher que cela se fasse. On doit juste voir ce qui est le meilleur pour chacun de nous. » On ne va pas cultiver les faux espoirs : la chose ne devrait pas arriver avant, au mieux, l’automne 2019. Car Spence a d’autres gros chats de l’écurie Haymon-PBC-Showtime à fouetter d’ici là.

« Danny Garcia et Shawn Porter vont s’affronter pour la ceinture WBC (le 25 août à Brooklyn, ndlr) et je veux le vainqueur pour un combat d’unification, a lancé en conférence de presse, à l’issue de sa victoire sans trembler sur Ocampo, celui qui pourrait affronter l'Américain Jessie Vargas (28-2-1 ; 10 KO) à l'automne en attendant le vainqueur de Garcia-Porter. Nous avons le même manager et nous combattons tous sur Showtime. Quelle raison de ne pas le faire ? Je veux ce combat dès qu’il est disponible. » Il sera sans doute ensuite l’heure de se tourner vers Keith Thurman, autre poulain du trio Haymon-PBC-Showtime et détenteur du titre WBA Super de la catégorie. Avec deux victoires dans ces deux combats, Spence n’aurait plus qu’un seul horizon (même si Mikey Garcia, champion WBC des légers, a titillé l’idée de monter chez les welters dans les mois à venir pour le défier) : la ceinture WBO de Crawford. Mais comment occuper ce dernier d’ici là ?

Son promoteur Bob Arum explique que « Bud » remontera sur un ring mi-octobre chez lui, au Nebraska, et évoque parmi les adversaires possibles l’Argentin Lucas Matthysse, champion WBA « régulier » qui doit remettre son titre en jeu le 15 juillet contre la légende philippine Manny Pacquiao, mais aussi l’Américain Jose Benavidez (27-0) ou le Dominicain Carlos Adames (14-0) voire le Britannique Amir Khan. Mais il confirme également qu’il pourrait affronter « un ou plusieurs » des combattants Haymon-PBC-Showtime en 2019. Avant peut-être le choc que tout le monde attend. Et dont Spence s’imagine, l’inverse aurait été bizarre, sortir le bras levé. « Crawford est malin, il est capable de garde pendant les combats, il bouge bien… Il sait boxer, quoi, résume-t-il pour ESPN. Mais j’ai l’impression d’être plus gros, plus puissant et tout aussi précis. J’ai une mâchoire plus résistante et je frappe plus fort. Si l’on considère tout cela, je le détruirais. » Peut-être que oui, peut-être que non. Seule certitude ? On sera nombreux devant l’écran pour voir ça.