Crawford, le noble art jusqu’à la perfection

Terence Crawford
Terence Crawford AFP

Champion WBO et WBC des super-légers (ou junior-welters), Terence Crawford remet ses titres en jeu ce samedi soir au Madison Square Garden de New York dans un combat qui s’annonce spectaculaire contre le Dominicain Felix Diaz (en direct sur SFR Sport 1 à partir de 3h dans la nuit de samedi à dimanche). L’occasion de mieux découvrir le boxeur américain, considéré par les spécialistes comme l’un des meilleurs de la planète. Et qui a été condamné à de la prison pour un pugilat avec… son garagiste.

Sur le ring comme dans la vie, il est du genre perfectionniste. Terence Crawford aime le travail bien fait, les plans qui se déroulent sans accroc. Et quand un cheveu vient ruiner la soupe, le boxeur américain se fâche tout rouge. Question de principe. Demandez donc au propriétaire d’un garage à Omaha (Nebraska), en première ligne pour vérifier la chose en avril 2016. Alors qu’il avait déposé son véhicule pour des réparations et effectué un paiement partiel, l’actuel champion WBO, WBC, The Ring et Lineal (hiérarchie linéaire dans le temps à un seul champion par catégorie qui est la seule reconnue par les plus puristes) des super-légers – jusqu’à 63,5 kilos, également appelés junior-welters – avait refusé de s’acquitter du reste de sa dette, non satisfait du travail effectué et du montant total réclamé.

« Vous vous êtes conduit comme si vous étiez au-dessus des lois alors vous ne l’êtes pas »

« Bud » cherchera ensuite à régler son problème à sa manière. Entouré de quelques amis, il s’était rendu dans le garage pour récupérer lui-même sa voiture en tentant de la descendre de son élévateur hydraulique. Qu’il avait, selon le proprio du lieu, fini par casser. Résultat ? Reconnu coupable en septembre dernier, il sera condamné en décembre à 90 jours de prison, sur lesquels il n’aurait à en faire que 53, avant d’être libéré après huit heures d’incarcération une fois l’appel – pas encore jugé à l’heure d’écrire ces lignes – et les 10.000 dollars de caution déposés par son avocat. « Vous vous êtes conduit comme si vous étiez au-dessus des lois alors vous ne l’êtes pas », lui avait alors lancé le juge Marcena Hendrix. Sans doute. Mais pas illogique. Car dans le noble art, le pugiliste US ne connaît qu’une loi : celle du plus fort, dans tous les sens du terme. Et depuis le début de sa carrière, c’est toujours lui qui l’applique.

A 29 ans, Terence Allan « Bud » Crawford est reconnu par les spécialistes comme l’un des tout meilleurs boxeurs de la planète toutes catégories confondues. Une force jusque-là impossible à arrêter, avec un bilan de 30-0 (dont 21 KOs) chez les pros, et qui fascine le milieu par sa supériorité technique sur l’adversité, sa vitesse mêlée à un punch plus que correct et surtout sa capacité à passer de la garde orthodoxe à la « fausse patte » selon les situations. Champion du monde dans deux catégories différentes, les légers de 2014 à 2015, les super-légers depuis 2015 (titre unifié en 2016), le natif d’Omaha a débuté son parcours dans la boxe professionnelle en mars 2008. Six ans plus tard, après 22 victoires dont 16 par KO/TKO, il rafle la ceinture WBO des légers en battant le Britannique Ricky Burns chez lui, en Ecosse, sur décision unanime. Un ticket direct pour l’ascenseur vers la gloire tant sa performance, clinique, vire à la démonstration de maestria.

Terence Crawford (à gauche) face à Viktor Postol en juillet 2016
Terence Crawford (à gauche) face à Viktor Postol en juillet 2016 AFP

Deux défenses de son titre, une face au médaillé d’or olympique cubain Yuriorkis Gamboa et une contre le Mexicain Raymundo Beltran qui lui permettra de se parer de la ceinture The Ring (et le titre Lineal), et de nombreux honneurs de « boxeur de l’année 2014 » plus tard, il monte chez les super-légers. Pour le même résultat. Il remporte la ceinture WBO vacante en avril 2015 en mettant TKO le Portoricain Thomas Dulorme. Il la défendra à deux reprises avant de se retrouver pour la première fois tête d’affiche d’un pay-per-view en juillet dernier dans ce que beaucoup ont désigné comme LE combat de l’année 2016. L’ami de Warren Buffet, premier champion du monde de boxe natif du Nebraska depuis Perry « Kid » Graves chez les welters en… 1914, y affronte un autre boxeur considéré comme l’un des meilleurs de la planète et toujours invaincu, l’Ukrainien Viktor Postol, alors champion WBC de la catégorie.

Un nouveau succès sur décision unanime qui ne souffrait d’aucune discussion tant sa domination fut évidente et qui lui permettra de se couvrir encore un peu plus d’or avec la ceinture WBC, donc, mais aussi les titres The Ring et Lineal. De quoi faire encore un peu plus grimper la légende de celui qui a remporté cinq de ses sept derniers combats sur arrêt de l’arbitre (TKO). Moins d’un an plus tard, c’est un honneur à la hauteur de son talent qui lui sera donné ce samedi. Pour la première fois de sa carrière, Crawford va en effet pouvoir boxer dans la salle principale du Madison Square Garden de New York, la Mecque des sports de combat, là où les plus grands sont passés. « Ça va être une expérience incroyable, j’ai vraiment hâte de vivre ça », commente l’intéressé. D’autant que le combat s’annonce spectaculaire à souhait et à la hauteur du lieu.

L’adversaire ? Felix Diaz, médaillé d’or aux Jeux de Pékin en 2008 dans la catégorie qui présente un bilan de 19-1 (9 KOs) chez les pros, sa seule défaite sur décision face à l’ancien champion du monde américain Lamont Peterson étant remise en cause par beaucoup, et qui vit à une grosse quinzaine de minutes du Garden. « Fausse patte » expérimentée qui bouge très bien et au punch très puissant, le boxeur de la République dominicaine représente un nouveau défi de taille pour l’Américain. « Je tire mon chapeau à Crawford pour m’avoir accepté comme adversaire car je ne serai pas une tâche facile pour lui », prévient Diaz. Mais Terence l’a déjà prouvé, il ne craint rien ni personne : « Je serai prêt pour tout ce que Felix va me proposer ». Nouvelle démonstration de travail bien fait ? Cela ne serait pas étonnant. Si elle se matérialise, le monde de la boxe pourra saliver à l'idée d'une perspective très alléchante : réunir dans un ring Crawford et le Namibien Julius Indongo, actuel champion WBA, IBF et IBO des super-légers, pour une unification des ceintures de la catégorie.