Crawford, la classe à l'état pur

Terence Crawford
Terence Crawford AFP

Champion WBO et WBC des super-légers, Terence Crawford affronte cette nuit (à partir de 4h en direct et en exclu sur SFR Sport 1) le Namibien Julius Indongo, détenteur des ceintures WBA et IBF, dans un choc qui s'annonce explosif pour la réunification de la catégorie. L’occasion de mieux découvrir le boxeur américain, considéré par les spécialistes comme l’un des meilleurs de la planète... mais aussi l'un des plus sanguins, sur comme en dehors des rings.

Sur le ring comme dans la vie, il est du genre perfectionniste. Terence Crawford aime le travail bien fait, les plans qui se déroulent sans accroc. Et quand un cheveu vient ruiner la soupe, le boxeur américain se fâche tout rouge. Question de principe. Demandez donc au propriétaire d’un garage à Omaha (Nebraska), en première ligne pour vérifier la chose en avril 2016. Alors qu’il avait déposé son véhicule pour des réparations et effectué un paiement partiel, l’actuel champion WBO, WBC, The Ring et Lineal (hiérarchie linéaire dans le temps à un seul champion par catégorie qui est la seule reconnue par les plus puristes) des super-légers – jusqu’à 63,5 kilos – avait refusé de s’acquitter du reste de sa dette, non satisfait du travail effectué et du montant total réclamé.

« Vous vous êtes conduit comme si vous étiez au-dessus des lois alors vous ne l’êtes pas »

« Bud » cherchera ensuite à régler son problème à sa manière. Entouré de quelques amis, il s’était rendu dans le garage pour récupérer lui-même sa voiture en tentant de la descendre de son élévateur hydraulique. Qu’il avait, selon le proprio du lieu, fini par casser. Résultat ? Reconnu coupable en septembre dernier, il sera condamné en décembre à 90 jours de prison, sur lesquels il n’aurait à en faire que 53, avant d’être libéré après huit heures d’incarcération une fois l’appel – pas encore jugé à l’heure d’écrire ces lignes – et les 10.000 dollars de caution déposés par son avocat. « Vous vous êtes conduit comme si vous étiez au-dessus des lois alors vous ne l’êtes pas », lui avait alors lancé le juge Marcena Hendrix. Sans doute. Mais pas illogique. Car dans le noble art, le pugiliste US qui a failli perdre la vie en 2008 quand une balle l'a touché à la tête suite à un jeu de dès parti en vrille (elle n'a pas pénétré son crâne) ne connaît qu’une loi : celle du plus fort, dans tous les sens du terme. Et depuis le début de sa carrière, c’est toujours lui qui l’applique.

A 29 ans, Terence Allan « Bud » Crawford est reconnu par les spécialistes comme l’un des tout meilleurs boxeurs de la planète toutes catégories confondues. Une force jusque-là impossible à arrêter, avec un bilan de 31-0 (dont 22 KOs) chez les pros, et qui fascine le milieu par sa supériorité technique sur l’adversité, sa vitesse mêlée à un punch plus que correct et surtout sa capacité à passer de la garde orthodoxe à la « fausse patte » selon les situations. Champion du monde dans deux catégories différentes, les légers de 2014 à 2015, les super-légers depuis 2015, le natif d’Omaha a débuté son parcours dans la boxe professionnelle en mars 2008. Quelques mois seulement avant l'épisode de la balle qui aurait pu lui coûter sa carrière et bien plus... Six ans plus tard, après 22 victoires dont 16 par KO/TKO, il rafle la ceinture WBO des légers en battant le Britannique Ricky Burns chez lui, en Ecosse, sur décision unanime. Un ticket direct pour l’ascenseur vers la gloire tant sa performance, clinique, vire à la démonstration de maestria.

Terence Crawford (à gauche) face à Viktor Postol en juillet 2016
Terence Crawford (à gauche) face à Viktor Postol en juillet 2016 AFP

Deux défenses de son titre, une face au médaillé d’or olympique cubain Yuriorkis Gamboa et une contre le Mexicain Raymundo Beltran qui lui permettra de se parer de la ceinture The Ring (et le titre Lineal), et de nombreux honneurs de « boxeur de l’année 2014 » plus tard, il monte chez les super-légers. Pour le même résultat. Il remporte la ceinture WBO vacante en avril 2015 en mettant TKO le Portoricain Thomas Dulorme. Il la défendra à deux reprises avant de se retrouver pour la première fois tête d’affiche d’un pay-per-view en juillet dernier dans ce que beaucoup ont désigné comme LE combat de l’année 2016. L’ami de Warren Buffet, premier champion du monde de boxe natif du Nebraska depuis Perry « Kid » Graves chez les welters en… 1914, y affronte un autre boxeur considéré comme l’un des meilleurs de la planète et toujours invaincu, l’Ukrainien Viktor Postol, alors champion WBC de la catégorie.

Un nouveau succès sur décision unanime qui ne souffrait d’aucune discussion tant sa domination fut évidente et qui lui permettra de se couvrir encore un peu plus d’or avec la ceinture WBC, donc, mais aussi les titres The Ring et Lineal. De quoi faire encore un peu plus grimper la légende de celui qui a remporté six de ses huit derniers combats sur arrêt de l’arbitre (TKO ou RTD). Moins d’un an plus tard, c’est un honneur à la hauteur de son talent qui a été donné à ce père de cinq enfants en mai dernier. Pour la première fois de sa carrière, l'homme connu pour être fidèle à sa communauté de la ville d'Omaha (où il a notamment ouvert une salle pour donner des cours de boxe gratuits aux enfants) a en effet pu boxer dans la salle principale du Madison Square Garden de New York, la Mecque des sports de combat, là où les plus grands sont passés. Pour une victoire sur arrêt de l'arbitre entre deux rounds face à Felix Diaz, médaillé d'or aux Jeux de Pékin dans la catégorie au bilan de 19-1 (dont 9 KOs) avant ce combat très attendu. Une nouvelle démonstration de travail bien fait qui a ouvert la voie vers le combat d'unification face au Namibien Julius Indongo, actuel champion WBA, IBF et IBO des super-légers. Où il apparaît comme favori pour monter sur le trône de seul roi de sa catégorie. Avant sans doute de grimper de poids pour de nouvelles conquêtes.