Beterbiev, le tombeur de Kovalev destiné à défier… Kovalev

Artur Beterbiev (à gauche)
Artur Beterbiev (à gauche) AFP

Puissante machine à KO, le Russe Artur Beterbiev dispute la ceinture IBF des mi-lourds – vacante depuis la retraite de l’Américain Andre Ward – à l’Allemand Enrico Koelling ce samedi soir en Californie (en direct sur SFR Sport 1 dès 4h30 dans la nuit de samedi à dimanche). Un premier titre mondial qui serait un point d’entrée vers quelques gros combats pour le Québécois d’adoption, dont un choc face à son compatriote et ancien champion unifié Sergey Kovalev, qu’il avait battu deux fois chez les amateurs.

Le roi a quitté son trône et ses courtisans vont se battre pour récupérer son or. Champion unifié IBF-WBA-WBO depuis sa double victoire sur Sergey Kovalev en novembre 2016 (décision unanime) et juin 2017 (arrêt de l’arbitre controversé car sans doute trop prématuré et à la suite de coups bas), Andre Ward a mis la catégorie des mi-lourds sens dessus dessous en annonçant sa retraite en septembre. Et ouvert de multiples possibilités. Alors que le Canadien Adonis « Superman » Stevenson est le solide champion WBC depuis juin 2013, les autres ceintures devenues vacantes vont devoir trouver de nouveaux propriétaires.

Bivol, Kovalev et Beterbiev pour les ceintures vacances de Ward ?

La version WBA ? Désormais en possession de Dmitry Bivol (12-0 ; 10 KO), 26 ans, boxeur russe originaire du Kyrgyzstan, qui l’a obtenue en battant l’Australien Trent Broadhurst par KO au premier round samedi dernier à Monaco. Le titre WBO ? Il devrait revenir à un autre Russe, Sergey Kovalev (30-2 ; 26 KO), qui le disputera à l’Ukrainien Vyacheslav Shabranskyy le 25 novembre au Madison Square Garden Theater de New York. Pour l’IBF, c’est du côté de Fresno en Californie que tout va se décider ce samedi soir (à partir de 4h30 dans la nuit de samedi dimanche en direct sur SFR Sport 1) avec un duel – d’abord censé être éliminatoire sur la route d’un combat pour le titre avant la retraite de Ward – entre le Russe originaire du Daghestan et de descendance tchétchène Artur Beterbiev (11-0 ; 11 KO) et l’Allemand Enrico Koelling (23-1 ; 6 KO).

Un affrontement pour lequel le premier, Québécois d’adoption depuis quatre ans qui s’entraîne avec Marc Ramsay (coach du Français Christian Mbilli), partira immense favori. Considéré comme l’un des plus puissants puncheurs du noble art toutes catégories confondues, magistral quand il s’agit de combattre « à l’intérieur » au corps-à-corps, Beterbiev est une véritable machine à infliger des KO à la concurrence, qui n’a jamais vu la limite face à lui chez les pros. Sans doute le boxeur le plus craint d’une division désormais ouverte à tous les vents. « C’est un garçon spécial, juge l’ancien boxeur français John Dovi. Pour moi, c’est le meilleur mi-lourd actuellement. Il sait tout faire et il a une force de frappe incroyable. » Qui devrait se vérifier à Fresno où le détenteur du titre WBA-NABA (Amérique du Nord), actuel cinquième au classement des mi-lourds du célèbre magazine The Ring, espère voir son « rêve » de ceinture planétaire devenir réalité à 32 ans. « C’est le combat le plus important de ma carrière, confirme-t-il à BoxNation. J’ai travaillé dur pour devenir champion du monde, je suis prêt pour ça. »

L’approche n’aura pourtant pas été la plus facile. Privé de ring de juin 2015 à juin 2016 en raison d’une blessure à l’épaule, celui qui n’a jamais dépassé le septième round – et seulement une fois le quatrième – en onze rendez-vous chez les pros n’a plus combattu depuis décembre 2016 (l’affrontement face à Koelling a été reporté deux fois, dont une pour absence de visa pour les Etats-Unis en juillet) en raison d’un conflit avec son promoteur québécois, le Groupe Yvon Michel : Beterbiev prétend que son contrat avec le GYM est terminé alors que Michel affirme le contraire. Un conflit qui devrait se régler devant la justice d’ici la fin de l’année mais qui a permis à Top Rank, la société du puissant Bob Arum, d’arracher le combat face à l’Allemand contre 315.000 dollars (270.000€) lors d’un appel d’offres. Si le boxeur russe n’a pas encore signé avec Top Rank, Arum avoue qu’il adorerait le compter dans son écurie en cas de ceinture mondiale et de victoire judiciaire, avec derrière la tête l’idée de l’opposer à un autre de ses poulains, l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk (14-0 ; 12 KO), autre boxeur en route vers les sommets chez les mi-lourds qui l’avait battu en quart des Jeux de Londres en 2012 chez les lourds.

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Une division dans laquelle Bertebiev ne compte pas se cacher : « Après avoir gagné le titre, je veux affronter les meilleurs boxeurs de cette catégorie, qui est vraiment bouillante en ce moment ». On pense à Stevenson, plus proche de la fin que du début du haut de ses 40 ans et défendra sa ceinture WBC fin janvier à Québec, sans doute face à son challenger officiel, le Colombien Eleider Alvarez (23-0 ; 11 KO) qui réside à Montréal où il travaille lui aussi sous les ordres de Ramsay . On pense aussi et bien sûr à Bivol, qui a défié le Cubain Sullivan Barrera (20-1 ; 14 KO) après sa victoire sur Broadhurst, pour une explosive unification entre compatriotes. Mais on pense surtout à un Kovalev qui aurait récupéré la ceinture WBO. Car entre les deux, il y a un passé à régler. Auteur d’une superbe carrière chez les amateurs, avec deux fois l’or européen (2006 et 2010), un titre mondial (2009), deux participations aux JO (2008 et 2012) et un bilan évalué à plus de 300 victoires et environ cinq défaites, Bertebiev y avait notamment battu le Cubain Yunier Dorticos, actuel champion WBA « régulier » des lourds-légers, mais surtout un certain Sergey Kovalev… à deux reprises. Un épisode que ce dernier n’a pas oublié.

« J’aimerais juste le rencontrer sur un ring pro pour le remettre à sa place »

En 2015, Kovalev avait ainsi raconté au site BoxingScene que les juges avaient fait cadeau de la victoire à Beterbiev lors de leur second duel amateur et qu’il comptait le punir pour ça chez les pros. Une déclaration en forme de duel pour l’avenir à laquelle l’intéressé n’avait pas hésité à répondre : « J’aimerais juste le rencontrer sur un ring professionnel pour le remettre à sa place. J’ai une très bonne mémoire. Je l’ai battu deux fois chez les amateurs et j’aimerais bien le battre encore. Je veux continuer à hisser mon niveau jusqu’au moment où j’aurai à l’affronter de nouveau. Et je vais le vaincre une fois de plus ! » S’il se prétend publiquement « pas déçu » de ne pas avoir pu défier Ward avant sa retraite, Beterbiev se consolerait sans doute avec grand plaisir en retrouvant Kovalev. Face auquel sa technique au corps-à-corps, élément dont Ward s'était beaucoup servi battre Kovalev, pourrait faire très mal.

Ancien entraîneur de Kovalev, qui l’a remplacé par Arbor Tursunpulatov suite à ses deux défaites contre l’Américain, John David Jackson n’en disait pas moins ces dernières semaines dans un entretien à la radio ATG : « J’ai toujours cru que Beterbiev battrait Sergey. La raison pour laquelle je dis cela, c’est qu’il est un cogneur extraordinaire et qu’il l’aurait attaqué au corps. Il briserait Sergey ! Ward a simplement été plus intelligent en l’affrontent en premier… » Satisfait de son nouveau coach qui partage sa langue et le fait se sentir « plus à l’aise », motivé pour « montrer à tout le monde qui (il est) », Kovalev a déjà annoncé à Boxing News vouloir « récupérer toutes (s)es ceintures si quelqu’un est prêt à les unifier ». En 2015, Yvon Michel avait refusé de jeter son Beterbiev – qui avait pourtant déjà battu les anciens champions du monde Tavoris Cloud et Gabriel Campillo à ses sixième et huitième combats – dans la gueule du loup Kovalev, qu’il considérait comme une marche encore trop élevée pour son poulain chez les pros.

« Oubliez Kovalev, Bivol ou Gvozdyk ! Aucun Russe ne s’approche de ses qualités »

Mais deux ans plus tard, tout semble possible dans cette catégorie qui doit retrouver un patron. Et celui qui ne parle pas encore français malgré ses quatre années au Québec n’a peur de personne. « Kovalev ou Stevenson dans le futur ? Les deux, répond-il avec humour au Journal de Montréal. Le premier l’après-midi, le second le soir. » Mais au fait, qui sortirait vainqueur d’un tel choc ? Difficile à dire. Malgré leur embrouille judiciaire, Yvon Michel ne parierait pas contre celui avec qui il bataille au tribunal comme il l’a expliqué à ESPN : « Artur est un combattant exceptionnel, le genre de talents qu’on voit peu dans chaque génération. Oubliez Kovalev, Bivol ou Gvozdyk ! Aucun Russe ne s’approche de ses qualités et ils vont tous avoir peur de lui. » Gabriel Campillo, qui a perdu contre les deux, osait une prédiction en 2016 pour BoxingScene : « Beterbiev est le plus puissant puncheur que j’ai eu l’occasion d’affronter. Je favoriserais Kovalev et son expérience dans ce combat. Mais tout peut arriver avec un gars aussi fort que Beterbiev. » Qui aurait ces dernières semaines, selon la légende venue de Montréal, repoussé les limites du très exigeant programme physique mis en place par son réputé préparateur André Kulesza. Koelling peut trembler. Kovalev et les autres prétendants aux ceintures aussi.