Beltran à la conquête du monde… et d’une carte verte

Raymundo Beltran
Raymundo Beltran DR/Top Rank

Après avoir raté deux opportunités pour la remporter plus tôt dans sa carrière, Raymundo Beltran a une nouvelle chance de décrocher la ceinture WBO des légers face au Namibien Paulus Moses ce vendredi à Reno (en direct à 4h30 dans la nuit de vendredi à samedi sur SFR Sport 1). Un combat qui va au-delà du sport pour le Mexicain, qui s’assurerait la carte verte de résident permanent aux Etats-Unis en décrochant son premier titre mondial.

Au bout, il y a cette ceinture mondiale qui lui a pour l’instant toujours échappé. Et un document qui doit lui changer la vie : la carte verte. Pour le Mexicain Raymundo Beltran, le rendez-vous de vendredi soir face au Namibien Paulus Moses représente bien plus qu’un combat pour le titre (vacant depuis que le Britannique Terry Flanagan a décidé de monter chez les super-légers) WBO des légers, la troisième chance pour une couronne planétaire – il s’est loupé lors des deux premières – d’une carrière pro commencée en 1999 et longue de plus de quarante combats (34-7 ; 21 KO). A Reno, dans le Nevada, Beltran jouera son héritage de boxeur. Mais surtout son avenir d’homme et celui de sa famille. Installé à Phoenix (Arizona) avec les siens, « Sugar » est lancé dans le processus pour obtenir la précieuse green card, carte de résident permanent permettant aux immigrés de s’installer et travailler légalement aux Etats-Unis sans besoin de visa. Dont la délivrance sera accélérée en cas de victoire et de titre mondial. Bien plus qu’un simple affrontement sur le ring, quoi.

« Ce combat est excitant pour moi pour différentes raisons, confirme le Mexicain cité par ESPN. Je combats pour moi-même, pour tout le travail effectué depuis dix-huit ans pour devenir champion du monde. Quand vous êtes un champion, vous l’êtes à jamais. Je combats pour toute mon équipe, les gens qui m’accompagnent depuis le début. Pour tous les fans qui sont restés avec moi-même dans les mauvais moments. Et je combats pour ma famille, ma femme et mes enfants, pour qu’ils soient fiers de moi. Ce combat représente tout pour moi car une victoire garantira ma carte verte. Devenir champion du monde et un citoyen de ce pays est mon rêve. » Avec une occasion en or de réaliser les deux dans la même soirée. « J’espère qu’il y arrivera, lance son promoteur Bob Arum, patron de Top Rank qui organise cette réunion diffusée sur ESPN aux Etats-Unis et dans laquelle on retrouvera également le grand espoir américain des plumes Shakur Stevenson (4-0 ; 2 KO ; médaillé d’argent olympique 2016). Je serais très fier de le voir réaliser cela. »

La chose aurait une portée symbolique, aussi, à l’heure du président Donald Trump et de sa croisade politique contre l’immigration. « Je pense que Dieu a des plans pour tout le monde, explique le boxeur de 36 ans. Je crois vraiment qu’il est l’heure que je devienne champion du monde, pas seulement pour moi mais pour tous les travailleurs qui viennent dans ce pays pour réaliser leurs rêves, qui bossent et ne renoncent jamais. J’espère que mon histoire et les obstacles surmontés sur mon parcours peut inspirer et motiver des gens à ne pas lâcher leurs rêves. Je respecte toujours mes adversaires mais c’est mon destin et personne ne se mettra sur mon chemin. Je suis prêt à prouver que je suis le léger le plus dangereux au monde. » Tout en tournant la page sur un passé qui l’a vu échouer deux fois sur la dernière marche avant la gloire planétaire.

Raymundo Beltran
Raymundo Beltran DR/Top Rank

La première, en septembre 2013, lui laisse toujours un goût amer dans la bouche plus de quatre ans après. Opposé au héros écossais Ricky Burns à Glasgow pour sa ceinture WBO des légers, Beltran se retrouve « victime » d’une décision très controversée – un nul – huée par les propres fans du local de l’étape alors que la majorité des spécialistes estime le Mexicain vainqueur (il avait brisé la mâchoire de Burns et l’avait mis à terre). La seconde, en novembre 2014, l’avait vu perdre sur décision unanime et sans controverse face à un certain Terence Crawford – tombeur de Burns – pour cette même couronne WBO des légers. Il aurait dû y en avoir une troisième en mai 2015, face au Japonais Takahiro Ao, toujours pour la ceinture WBO des légers, mais le Mexicain n'était pas parvenu à faire le poids (le rendant inéligible pour gagner le titre) et sa victoire par TKO avait plus tard été transformée en no-contest suite à un contrôle antidopage positif après ce combat. Alors cette fois, pas question de se louper dans cette quête du titre WBO qui lui a déjà trop échappé : « Je quitterai Reno en champion. Je viens prendre ce qui m’appartenait déjà à Glasgow en 2013. » Depuis Crawford, Beltran reste sur une série de six combats sans défaite (cinq victoires dont quatre KO, un no contest), le dernier en août avec un succès sur décision majoritaire sur le Costaricain Bryan Vasquez).

Face à l’ancien sparring-partner principal de Manny Pacquiao et ses rêves de titre mondial et de carte verte US, une victoire ouvrant également la porte à un possible combat contre le spectaculaire Vasyl Lomachenko (lui aussi chez Top Rank) si les négociations entre le camp de ce dernier et celui de Jorge Linares échouent, se dresse Paulus Moses (40-3 ; 25 KO), un boxeur namibien devenu champion WBA des légers en janvier 2009, titre qu’il avait défendu victorieusement une fois avant de voir le Vénézuélien Miguel Acosta le lui arracher sur un KO en mai 2010. Une chance mondiale repassera une fois, en mars 2012, mais… Ricky Burns (tiens, tiens) se révèlera trop fort avec une victoire sur décision unanime à Glasgow pour conserver sa ceinture WBO des légers. A 39 ans, une nouvelle opportunité se présente au Namibien qui reste lui aussi sur cinq victoires et un no contest depuis sa dernière défaite face au Sud-Africain Malcolm Klassen en mars 2015.

Un premier combat sur sol US qui ressemble, à l’écouter, à une sorte de jubilé pour celui qui n’a pas souvent boxé en dehors de son pays chez les pros. « J’ai été béni de vivre une telle carrière et je remercie tous ceux qui m’ont soutenu tout au long de ces années, lance Moses, officier de police dans son pays, lui aussi cité par ESPN. J’ai eu l’honneur d’être récemment intronisé comme MTC Sports Legend, la plus grande distinction sportive en Namibie, et j’ai maintenant une opportunité géniale de combattre Beltran, que je respecte beaucoup, et de devenir une nouvelle fois champion du monde. Je suis impatient d’y être et de rendre une nouvelle fois mon pays fier. » Des mots quasi prémonitoires d’une défaite. Entre un boxeur déjà heureux d’être là et un autre qui joue son futur et sa « vie », pas compliqué d’imaginer lequel des deux aura le plus faim sur le ring de Reno.