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Ancajas, le "nouveau Pacquiao" à la conquête du grand monde

Jerwin Ancajas (à gauche) et Manny Pacquiao
Jerwin Ancajas (à gauche) et Manny Pacquiao AFP

Champion IBF des super-mouches depuis septembre 2016, Jerwin Ancajas défend sa ceinture pour la quatrième fois ce samedi soir au Texas (en direct à partir de 4h15 sur SFR Sport 1) face au Mexicain Israel Gonzalez. Un premier combat sur sol US qui devrait permettre de mieux faire connaître l’explosif Philippin surnommé le « nouveau Manny Pacquiao » par Bob Arum, patron de Top Rank avec qui il a signé en décembre.

Le poids de l’héritage et de ses attentes est un des fléaux du sport moderne. Chaque fois, c’est la même chose. Quand un champion émerge, les comparaisons avec le glorieux passé fleurissent. En France, par exemple, chaque tripoteur de ballon plus doué que la moyenne s’est longtemps vu affublé du surnom de « nouveau Zidane », hommage à Camel Meriem, Mourad Meghni, Yoann Gourcuff ou Marvin Martin. La boxe aux Philippines n’échappe pas à la règle. Avec un seul nom à l’horizon pour chaque pugiliste local de talent qui s’invite au plus haut niveau mondial : Manny Pacquiao. Avec son palmarès dingue, le seul dans l’histoire du noble art qui présente des titres dans huit catégories de poids différentes, et sa trajectoire façon conte de fées, d’une jeunesse pauvre au poste de sénateur dans son pays en passant par la gloire sur les rings, « Pacman » est une source d’inspiration logique pour les boxeurs philippins.

Un parallèle facilement tiré, aussi. Qui alimente en ce moment la légende naissante de Jerwin Ancajas (28-1-1 ; 19 KO ; 26 ans ; pro depuis 2009). Champion IBF des super-mouches, le Philippin défend sa ceinture pour la quatrième fois ce samedi à Corpus Christi (Texas) face au Mexicain Israel Gonzalez (21-1 ; 8 KO) dans une réunion à suivre sur SFR Sport 1 (en direct à partir de 4h15). Une première incursion sur sol US qui va permettre au public américain de découvrir celui qui aimante les comparaisons avec Pacquiao. Même garde (southpaw), même région (Mindanao), même origines modestes, même style spectaculaire (12 KO et deux abandons adverses sur ses 15 derniers combats), même timidité et même humilité naturelles, carrières pros commencées à peu près au même poids : pas besoin de chercher très loin pour pointer les similitudes entre « Pacman » et son « Pretty Boy » de successeur. Logique, donc, de voir le premier s’associer au second.

Homme d’affaires avisé, Pacquiao a signé le garçon dans son écurie de promoteur, MP Promotions, dont il est devenu le premier champion du monde en battant le Porto-Ricain McJoe Arroyo sur décision unanime en septembre 2016, un succès planétaire pour lequel il avait touché… 3750 dollars sur les 25.000 de la bourse totale. Avant de le partager avec Top Rank, son promoteur aux Etats-Unis, pour un contrat de co-promotion signé en décembre dernier et garantissant (sauf blessure) à Ancajas trois combats sur le sol américain en 2018 – dans les cartes diffusées sur ESPN ou dans la partie en clair de gros pay-per-views – avec trois autres en option pour 2019 s’il continue à gagner. « On l’appelle le nouveau Manny Pacquiao », lançait alors Bob Arum, patron de Top Rank (qui possède une longue histoire avec les boxeurs philippins, de Pacquiao à Nonito Donaire en passant par quelques membres de MP Promotions), à BoxingScene. « C’est un combattant très, très excitant à voir, reprenait le promoteur pour ESPN. Avec lui, il y a toujours de l’action. Il peut vraiment devenir une grosse attraction. (…) Avec l’expérience et la maturité, il pourrait devenir un boxeur dans le style de Pacquiao. Je ne dis pas qu’il deviendra aussi grand que Manny. C’est en demander trop et ce n’est pas juste. Mais il a le même style qui plaît au public et cela peut le mener très haut. »

Et Arum d’enfoncer le clou pour ABS-CBN News : « C’est un bagarreur. Il est très talentueux et c’est un bon garçon avec de bonnes valeurs qui a le potentiel pour devenir une énorme star sur la scène internationale, une énorme star aux Philippines comme aux Etats-Unis. » Ce contrat avec Top Rank lie un peu plus Ancajas, qui a commencé la boxe à neuf ans en suivant son grand frère Jesar (ancien pro au bilan de 15-17-2 à la retraite depuis 2015) à la salle, à son « idole » Pacquiao. Car c’est en combattant sur la carte de Pacquiao-Horn, en juillet dernier à Brisbane, que Jerwin a tapé dans l’œil de Bob Arum. « Je ne l’avais jamais vu mais j’en avais entendu parler via Michael Koncz (conseiller de Pacquiao, ndlr) et Sean Gibbons (manager d’Ancajas et associé de longue date de Bob Arum, ndlr), raconte ce dernier à ESPN. Et quand je l’ai vu, je me suis dit : ‘‘Ce garçon est excitant à avoir avec la façon dont il combat.’’ » « Beaucoup de gens ont regardé son combat et m’ont vu boxer par la même occasion, souligne l’intéressé. C’était une bonne expérience et une super exposition pour moi. »

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Sa nouvelle victoire impressionnante en novembre sur Jamie Conlan, frère du plume Michael (athlète Top Rank), finira de le convaincre. « Un ami irlandais de John Skipper (président de la chaîne ESPN qui diffuse les réunions Top Rank aux Etats-Unis, ndlr) l’a appelé après avoir vu le combat contre Conlan pour lui dire qu’il venait de voir un jeune boxeur philippin très spectaculaire et il lui a dit : ‘‘Mais pourquoi Top Rank ne le signe-t-il pas ?’’ Skipper a ensuite appelé Todd (duBoef, président de Top Rank et beau-fils d’Arum, ndlr) et Todd m’en a parlé. J’aimais vraiment beaucoup ce gamin donc j’ai joint Koncz et Sean et on l’a signé. Ils me connaissent bien. Pourquoi voudraient-ils un autre promoteur en sachant ce qu’on a réussi à faire avec les meilleurs boxeurs philippins comme Pacquiao et Donaire ? » Malin, Arum met le paquet pour promouvoir son nouveau client en qui il croit tant. Sans oublier de jouer avec la comparaison avec son illustre aîné. Il faut présenter Ancajas à la presse américaine ? Le rendez-vous, fin janvier, se fait au Wild Card Gym de Los Angeles, la salle de Freddie Roach, coach historique de Pacquiao et véritable star aux Philippines. Avec des photos de « Pacman » en fond.

De quoi réjouir le natif de Panabo City et père de deux enfants, 26 ans, qui vit et s’entraîne dans un « survival camp » de Magallanes, heureux comme un gosse de pouvoir visiter le lieu qui a en partie façonné Manny et s’y entraîner. Même s’il reste conscient de la difficulté à assumer une telle comparaison précoce, qui a brûlé les ailes de plus d’un talent philippin ces dernières années. « Je suis parfois embarrassé d’être comparé à monsieur Manny car il est à un autre niveau, confie-t-il au site du célèbre magazine The Ring. J’ai encore beaucoup à prouver avant de pouvoir être comparé à lui. Même si je suis devenu champion, je ne peux pas me comparer à monsieur Manny. Ceux qui disent que je suis le prochain Pacquiao sont ceux qui mettent de la pression sur mes épaules car c’est très compliqué d’égaler ce que monsieur Manny a réussi dans la boxe. Peu importe ce que je réalise dans ce sport, peu importe ce que j’atteins, je ne serai jamais dans la même catégorie que monsieur Manny. » Une analyse tout en nuance confirmée par Nick Giongco, reporter spécialisé boxe du Manila Times, à ESPN : « A l’heure actuelle, Jerwin est encore à des années-lumière de Manny. Il n’est pas encore assez star et le focus aux Philippines reste sur Pacquiao mais Jerwin est en train de monter. On l’a vu à la télé mais il est encore neuf. Va-t-il devenir le prochain Pacquiao ? On verra bien. Mais il a le même style et la bonne attitude. Il peut être celui qui portera la boxe sur ses épaules aux Philippines dans le futur. »

Le champion devenu sénateur, qui l’a appelé pour l’encourager (et lui promettre qu’il allait « prier pour lui ») après sa pesée pour le combat contre Gonzalez ce vendredi, ne balaie pas le parallèle même s’il pointe l’importance de sortir les freins. « La comparaison avec moi ? C’est une bonne chose parce que ça l’encourage, estime Pacquiao pour ABS-CBN News. Mais il ne doit pas s’enflammer et rester concentré et humble. » Sa nature réservée devrait l’y aider. « Au départ, j’étais vraiment très timide car je n’avais pas confiance en moi, racante-t-il à The Ring. Je me disais : ‘‘Mais qui je suis pour qu’on veuille prendre une photo avec moi ?’’ Mais les autres m’ont fait remarquer que cela avait changé désormais. J’ai réalisé que vous devenez important aux yeux des gens une fois que vous devenez champion. » Et son aura de star ne risque pas de faiblir de sitôt. La diffusion de son combat contre Gonzalez en direct en matinée aux Philippines, une habitude pour ceux de Pacquiao mais rare pour les autres, prouve combien son pays attend de lui. Et la démonstration de son style spectaculaire, basé sur des angles rares et une bonne puissance comme… Manny, devant les yeux du public US devrait encore faire grossir son étoile. Un peu comme quand Pacman, déjà champion du monde avant ses débuts aux Etats-Unis (comme Ancajas, donc), s’était révélé auprès du grand public en battant le Sud-Africain Lehlo Ledwaba pour le titre IBF des super-coqs en juin 2001 à Las Vegas pour sa première sur un ring américain.

« C’est un rêve de venir boxer ici, reconnaît celui qui annonce un palmarès amateur à 90-5. Je suis très heureux de cette opportunité et je veux faire bonne impression. Je veux donner envie aux fans américains d’en voir plus en livrant une belle performance. » S’il garde son habituel style spectaculaire, les fans devraient mordre à l’appât. Un style non sans rappeler celui de… vous l’aurez deviné, Manny Pacquiao, même s’il paraît moins « tout pour l’attaque ». « Je ne fais pas exprès de combattre comme monsieur Manny, explique-t-il à ESPN. C’est la façon dont je combats. Mais j’ai regardé beaucoup de vidéos de Pacquiao donc c’est peut-être la raison. Comme tout combattant philippin, il est mon idole. » Chez qui il n’hésite pas à piocher : « Son gros cœur et sa volonté permanente d’aller chercher la victoire sont des choses que je veux appliquer à moi-même. Je veux aussi devenir le meilleur parmi les boxeurs car je n’ai pas commencé la boxe juste pour monter sur le ring mais bien pour être compté parmi les meilleurs. J’ai le même désir que monsieur Manny, celui d’affronter tous les boxeurs qui sont vraiment bons. »

« Pacquiao m’a dit de toujours rester humble »

Dans sa catégorie, très dense en ce moment, celui qui s’interroge sur la possibilité de s’installer définitivement aux Etats-Unis à court ou moyen terme aura le choix. Entre Inoue (même s’il va monter chez les coqs), Rungvisai, Chocolatito ou encore Yafai, les super-mouches – mis en avant par les soirées « supafly » du diffuseur HBO, ancien partenaire de Top Rank avant ESPN – ont quelques combats de rêve à proposer. Un défi qui donne envie à Ancajas. « J’aimerais les affronter un jour car je sais où j’en suis et à quel point je peux être bon. J’ai aussi dans l’idée de monter de poids un jour ou l’autre, comme Pacquiao l’a fait, mais je me sens bien pour l’instant chez les super-mouches. On verra avec le temps. » Peu importe sa division, celui qui est entraîné et managé par Joven Jimenez pourra compter sur les bons conseils de son modèle. « Il m’a dit de toujours rester humble, et c’est quelque chose que je vais garder avec moi toute ma carrière. Il m’a aussi dit de toujours rester dur et féroce dans le ring. » Parole de Pinoy.