Alvarez-Golovkin : Canelo, l’ado qui faisait du sparring avec des champions du monde

Saul "Canelo" Alvarez
Saul "Canelo" Alvarez AFP

Opposé à Gennady Golovkin ce samedi à Las Vegas pour les ceintures WBA, IBF et WBC des poids moyens, un rendez-vous qui passionne tous les amateurs de boxe, Saul Alvarez va tenter de magnifier sa superbe carrière avec une victoire (il n’est pas favori) dans ce combat tant attendu. La suite d’un chemin débuté gamin dans une salle de Guadalajara.

Il affiche huit printemps de moins mais quatorze combats et 181 rounds en plus chez les professionnels. Le voyage vers la gloire pugilistique a pris des chemins bien différents pour Saul « Canelo » Alvarez et Gennady « GGG » Golovkin, les deux boxeurs opposés ce samedi à Las Vegas pour les ceintures WBA, IBF et WBC des poids moyens dans ce que Brahim Asloum (et beaucoup de consultants/spécialistes/boxeurs avec lui) a appelé « le vrai combat de l’année ». Si le Kazakh a grandi sur le ring en franchissant une à une les marches du monde amateur, à l’image d’un Vasyl Lomachenko, d’un Guillermo Rigondeaux ou d’un Andre Ward, avec notamment un titre mondial en 2003, une médaille d’argent olympique en 2004 et un bilan total de 345-5, le Mexicain a très vite pris la route des combats qui rapportent, tout comme l’avaient fait avant lui les Bernard Hopkins, Julio Cesar Chavez, Roberto Duran, Rocky Marciano ou Juan Manuel Marquez (liste non exhaustive). La conséquence d’une formation de grande qualité dès ses plus jeunes années.

Cible des moqueries, Saul finit par craquer

Dernier de huit enfants, dont sept garçons tous devenus boxeurs professionnels, Canelo – « cannelle », un surnom commun pour les roux au Mexique – a d’abord été un enfant tout sauf bagarreur. Celui dont on se moque dans la cour d’école, cible facile qui ne répond pas. Mais il en a eu marre. La légende familiale évoque un garçon plus grand et plus lourd qui l’embêtait depuis plusieurs jours. Jusqu’au moment où Saul a craqué, lui balançant son poing à la figure et explosant son nez en sang. A onze ans, ce don pour la bagarre trouvait un lieu pour s’exprimer en suivant les pas de son frère Rigoberto : le Julian Magdaleno Gym de Guadalajara, à une heure de bus de la maison familiale de Juanacatlan, où Alvarez faisait la rencontre de Jose « Chepo » Reynoso et son fils Eddy, les deux entraîneurs qui ont façonné sa carrière depuis lors.

Trois ans plus tard, il affiche un record de 44-2 chez les amateurs et s’offre le titre national junior du Mexique. Trop fort pour son âge, il voit la concurrence refuser de l’affronter. L’heure de passer chez les pros a déjà sonné. Il faut dire que le garçon a de quoi se développer. « A 15 ans, Canelo faisait du sparring avec des champions du monde qui s’entraînaient à la salle, Oscar Larios et Javier Jauregui, et même une fois avec Marco Antonio Barrera, et il s’en sortait très bien, se souvient son mentor Jose Reynoso dans le magazine The Ring, la « bible » de la boxe. Cela lui a donné une meilleure expérience que n’importe quel combat amateur. Et c’est à ce moment-là qu’on a su qu’il était prêt à passer chez les pros. »

Canelo Alvarez lors de la pesée avant son combat contre Gennady Golovkin
Canelo Alvarez lors de la pesée avant son combat contre Gennady Golovkin AFP

Rudy Hernandez, ancien pro qui a entraîné son frère Genaro, deux fois champion du monde chez les super-plumes avec seulement trois combats amateurs sur le CV, va dans le même sens, toujours dans The Ring : « Canelo n’a pas beaucoup d’expérience chez les amateurs mais il a grandi dans une salle où l’opposition était extraordinaire. Il s’entraînait avec d’excellents combattants et il a pu apprendre son art auprès d’eux. » Et David Avila, célèbre journaliste spécialisé dans la boxe, d’enfoncer le clou : « Il a combattu des hommes, des combattants, toute sa vie. Il a tout de suite appris à affronter des adultes et à survivre face à eux. » A 15 ans seulement, Alvarez quitte l’école et la boutique de glaces de son père (où il travaillait un peu) pour le monde sans pitié de la boxe professionnelle.

« Voilà pour ta putain de crainte ! »

Les bilans officiels montrent onze victoire par KO ou TKO sur ses treize premiers combats. Les Reynoso affirment qu’il existe dix KOs de plus, pas présents dans cette liste, dans des combats organisés dans des petites salles mexicaines. Peu importe. Son talent grandissait – Jose Reynoso adore raconter une histoire dans laquelle Canelo a mis KO au premier round un adversaire plus vieux et plus imposant, qui faisait peur à son coach, avant de lancer à ce dernier : « Voilà pour ta putain de crainte ! » – et commençait à taper dans l’œil de champions avertis. Président de Golden Boy Promotions, la société d’organisation de combats du légendaire Oscar De La Hoya, Eric Gomez a vu le Mexicain à l’œuvre pour la première fois lorsque Saul n’avait que quatorze ans. Pas encore pro, donc.

Mais la vidéo envoyée par Reynoso ne laissait pas de place au doute sur son potentiel. Au point de voir Gomez se rendre à Guadalajara pour l’observer à l’œuvre en sparring contre Larios et Jauregui. « Il tenait son rang face à eux, raconte-t-il dans The Ring. Chaque fois que je venais le voir, il s’améliorait. » Une tendance encore visible aujourd’hui. Le célèbre contre-attaquant, qui sait toujours trouver le bon timing pour placer le coup qui fait mal, semble progresser d’année en année. Le Canelo qui va affronter le puissant et invaincu Golovkin (37-0, 33 KOs) n’est plus, et de loin, celui qui avait subi sa seule chez les pros (49-1-1, 34 KOs) face à un certain Floyd Mayweather il y a pile quatre ans à deux jours près. Techniquement comme physiquement.

Saul "Canelo" Alvarez
Saul "Canelo" Alvarez AFP

Reste à savoir si son gain de puissance pour défier le Kazakh chez les moyens, visible à l’œil nu quand on observe sa masse corporelle, ne lui coûtera pas trop sur le plan de la vitesse, un de ses atouts phares. Seule certitude ? Entre les deux, c’est bien le Mexicain qui possède l’expérience des grosses affiches chez les pros – Mayweather, Shane Mosley, Miguel Cotto – dans l’ambiance bouillante de Las Vegas. GGG, lui, va seulement découvrir un tel contexte après une carrière où pas mal de grands noms ont préféré éviter cette machine à KOs. Pas favori des bookmakers comme des spécialistes, l’ancien champion WBC des moyens et WBC, WBA et WBO des super-welters va devoir trouver la solution faire chuter celui qui n’a jamais été mis au sol chez les pros comme chez les amateurs et qui semble capable de s’adapter à toutes les situations.

« Maintenant, il faut battre quelqu’un comme Golovkin »

Pour son équipe, pas de doute, il a désormais tout pour le faire. « On a construit Canelo depuis ses treize ans et le voir atteindre ce niveau quatorze ans plus tard veut dire qu’on a fait les choses de la bonne façon, se satisfait Eddy Reynoso dans The Ring. On a déjà battu de grands boxeurs. Mais maintenant, il faut battre quelqu’un comme Golovkin, qui a balayé toute une division. » Le rendez-vous devrait lui plaire. « Certains ne sont pas faits pour combattre pour des médailles et des trophées mais pour l’argent et la fierté », lance John Scully, ancien pro américain en lourds-légers. Affronter GGG lui apportera une bonne liasse du premier (15 millions de dollars minimum plus une part des recettes en pay-per-view). Le battre couvrirait un peu plus cette star mexicaine du second.