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10M€ offerts à Wilder, tic-tac pour Povetkin : Les dessous de l'imbroglio sur l’avenir de Joshua

Anthony Joshua
Anthony Joshua Reuters

Champion IBF, WBA et WBO des lourds, Anthony Joshua voit son prochain combat faire débat : Alexander Povetkin, challenger officiel de la WBA qui a donné 30 jours au Britannique pour négocier avec lui, ou Deontay Wilder, champion WBC avec qui un choc d’unification est très attendu mais dont le camp n’a pas apprécié la récente proposition financière signée « AJ ». Et qui menace même de venir combattre… Tyson Fury en Grande-Bretagne si rien ne se décante !

Si les coups dans le ring laissent bien plus de traces, les négociations dans le monde de la boxe sont parfois de sacrés combats. Anthony Joshua l’illustre mieux que tout autre en ce moment. Vainqueur du Néo-Zélandais Joseph Parker fin mars à Cardiff, la première victoire sur décision (unanime) de sa carrière professionnelle qui lui a permis d’ajouter la ceinture WBO aux titres WBA et IBF des lourds (mais aussi IBO) qu’il possédait déjà, Joshua doit négocier un carrefour à plusieurs choix pour officialiser son prochain adversaire. Il y a d’abord le cas Alexander Povetkin. Champion WBA Inter-Continental et WBO International des lourds, le Russe rattrapé par la patrouille antidopage dans le passé – alors qu’il devait affronter un certain… Deontay Wilder, le champion WBC, dernière ceinture qui manque au Britannique – et qui sort d’un KO brutal infligé au Britannique David Price sur la carte de Joshua-Parker est le challenger officiel pour ces deux organismes. Une situation qui a poussé la WBA à activer, il y a cinq jours, la clause de défense obligatoire de Joshua. L’idée ? Eddie Hearn, promoteur de la nouvelle star des lourds via sa société Matchroom, l’a résumée pour Sky Sports : « Nous avons désormais 30 jours pour négocier avec lui. Cela veut dire que le prochain combat d’Anthony devrait être contre Povetkin ou Wilder. »

« Nous avons 30 jours pour négocier, Eddie Hearn. »

World of Boxing, compagnie qui gère la promotion du Russe, va plus loin dans les explications dans un message posté sur Twitter : « Povetkin est le challenger obligatoire de Joshua. Il a été désigné par la WBA. Nous avons 150 jours pour organiser ce combat qui doit avoir lieu. Avant d’affronter Sasha, Joshua n’a le droit de combattre personne. Nous avons 30 jours pour négocier, Eddie Hearn. » Bref, si aucun accord n’est trouvé avec le camp de Wilder puis avec celui de Povetkin pour qu’il s’écarte le temps du choc tant attendu (Hearn espérait qu’il relève le défi d’un autre de ses poulains, Dillian Whyte, idée balayée par le coach de Povetkin devant les médias de son pays), Joshua sera obligé de se frotter au Russe. Qui ne compte pas laisser passer son tour. « Je suis le challenger officiel et obligatoire, explique-t-il à ESPN. Je suis vraiment impatient de combattre celui qu’on considère le plus fort au monde. Joshua a quatre ceintures et je veux vraiment ce combat. Je ne veux même pas penser aux possibilités d’affronter d’autres boxeurs. »

Si « AJ » refusait de se plier aux exigences de Povetkin et de la WBA, cette dernière serait en droit de lui retirer sa ceinture… que le Russe avait perdue en 2013 contre Wladimir Klitschko, l’homme battu par Joshua pour la récupérer. Impensable pour celui qui compte réunir tous les titres et devenir le premier champion unifié et incontesté à quatre ceintures de l’histoire des lourds, le premier tout court depuis Lennox Lewis – seules les couronnes WBA, WBC et IBF étaient alors nécessaires – en 1999. « Quand vous détenez plusieurs ceintures, vous devez respecter les règles de chaque organe directeur, confirme-t-il auprès de la BBC. Chaque ceinture vient avec des challengers obligatoires que vous devez combattre et Povetkin en est un. J’espère qu’il sera patient mais si ce n’est pas le cas, il ne serait pas logique d’abandonner ce titre. Donc si je dois me battre contre lui, ce sera ainsi. Certains préféreraient qu’il n’y ait qu’une ceinture et qu’un seul champion. C’est à ça que nous travaillons en voulant combattre Wilder. Je préférerais combattre Wilder donc si Povetkin peut attendre un peu jusqu’en 2019, ce serait l’idéal. » Joshua-Wilder ou le feuilleton qui enflamme le noble art. Tout le milieu veut les voir face à face dans un ring. Chacun a déclaré vouloir combattre l’autre. Mais les négociations avancent difficilement, tout sauf illogique vu les forces en présence et l’argent en jeu…

Avec un nouvel épisode depuis deux jours : selon The Ring, le camp du Britannique aurait proposé 12,5 millions de dollars (10,1M$) à celui de l’Américain pour combattre. A prendre ou à laisser. « S’ils ne veulent pas prendre cette offre, nous combattrons notre challenger obligatoire, insiste Hearn auprès du célèbre magazine US. S’ils ne l’acceptent pas, cela ne veut pas dire que le combat est mort mais juste qu’on affrontera Povetkin avant et qu’on reprendra les discussions après, en fin d’année ou début 2019. » Selon la presse britannique, et particulièrement le Daily Mail, Hearn a ensuite remis en cause cette information. Interrogé sur Twitter pour savoir s’il avait bien « fait une proposition à prendre ou à laisser pour 20% de la bourse » au camp Wilder, le promoteur a répondu de façon claire : « Non ». Mais le diable se cache dans les détails. Pas faux, en effet, de dire qu’il n’a pas proposé 20%. Car impossible pour l’instant de savoir ce que représenteraient ces 12,5M$ pour un combat dont tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il en rapportera au moins 50 et pourrait même monter à 100. Ces 12,5M$ pourraient donc se révéler bien inférieurs aux 40% que l’Américain semblait prêt à accepter ces derniers jours.

Et le champion WBC dans tout ça, il en pense quoi ? Shelly Finkel, manager de Wilder, semblait ouvert avant d’apprendre le montant de l’offre. « Si c’est quelque chose de raisonnable, nous accepterons », avait-il indiqué à The Ring. La proposition arrivée, Finkel a ensuite voulu la jouer diplomate : « Aucun commentaire. Nous préparons une réponse. » Qui est arrivée dans le Telegraph : « C’est une première offre, sans lieu, date ou enceinte, sans même savoir si ce serait le prochain combat pour les deux. C’était une offre à prendre ou à laisser mais on va répondre avec une contre-proposition. Et si Joshua est sérieux, il prendra ce combat. Deontay veut ce combat, il ne veut personne d’autre. » Lou DiBella, le promoteur de Wilder, se voulait pour sa part beaucoup plus cash pour The Ring : « Quand vous faites une offre qui insulte Deontay… Il est évident que Hearn ne veut pas ce combat pour le moment. » Tout sauf une mauvaise idée. Car attendre 2019 ferait encore grimper l’envie autour de ce que certains appellent déjà le plus grand combat chez les lourds depuis Mike Tyson-Lennox Lewis en 2002. Et donc son potentiel financier.

Seul écueil ? Une éventuelle défaite d’un des deux boxeurs invaincus – Wilder n’est pas passé si loin de prendre un KO par le Cubain Luis Ortiz dans son dernier combat et Joshua n’a livré une impressionnante démonstration contre Parker – détruirait tout ce château de cartes construit de provocations en provocations. « Tout le monde perdrait une énorme paie », admet Hearn auprès du magazine US. Prêt à venir défier Joshua dans un stade britannique (sans doute le Principality Stadium de Cardiff ou Wembley) et à accepter un 60-40 en faveur de son rival avant une éventuelle revanche à 50-50 aux Etats-Unis, Wilder semble ouvert aux concessions. Mais le patron de Matchroom refuse de dévaluer son étoile des rings. « Nous sommes la face A de ce combat, martèle-t-il pour The Ring. Un partage à 60-40 en notre faveur reste disproportionné par rapport à la valeur relative de chaque boxeur. Notre offre représente cinq fois plus que ce que Wilder n’a jamais gagné pour un seul combat. Tout ce qu’il obtiendrait d’un tel combat serait grâce à Anthony. »

Malin et conscient que les deux camps auront besoin de vendre beaucoup de pay-per-views en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis pour faire grimper le jackpot, DiBella pointe une autre facette : « Joshua est une rock star du plus haut calibre dans son pays. Mais s’il se baladait sur la Cinquième Avenue à New York, personne ne saurait qui il est. Il a besoin de Deontay autant que l’inverse. » Shelley Finkel va dans le même sens pour Sky Sports : « Le deal pour le combat entre Joshua et Klitschko était à 50-50. Le combat contre Wilder devrait être encore plus gros mais on a déjà dit qu’on était prêt à accepter moins que Klitschko. Parker, lui, a obtenu 33% contre Joshua. Deontay est un plus grand nom et le combat entre les deux est bien plus important que celui contre Parker. C’est pour cela que nous avons dit que nous accepterions de prendre 40%. » Vous avez dit impasse ? Peut-être. Si personne ne fait un pas vers l’autre dans un futur proche, leurs chemins pourraient finir par se séparer… pour mieux se retrouver plus tard. Joshua pourrait combattre Povetkin, puis peut-être l’Américain Jarrell Miller pour une première expérience aux Etats-Unis. 

« Ça montrera à Hearn et Joshua qu’ils ne sont pas le centre de l’univers »

Wilder et son camp laissent de leur côté planer l’idée d’un choc contre… le Britannique Tyson Fury, ancien champion IBF, WBA et WBO qui prépare son retour sur les rings après plus de deux ans entre dépression, cocaïne et souci avec l’antidopage à régler. Et peut-être même en Grande-Bretagne ! « Nous pourrions appeler ce combat Power and Fury (traduction : puissance et fureur, ndlr), titille DiBella pour The Ring. Ça montrera à Hearn et Joshua qu’ils ne sont pas le centre de l’univers et que nous avons d’autres options. » Un beau bordel, quoi. Résumé par Finkel auprès du magazine américain, qui lui demande si ce combat est le plus compliqué de sa carrière à mettre en place (il a pourtant participé à mettre sur pied Tyson-Spinks en 1988, une véritable galère) : « Cela peut-être ça, oui ». Et de conclure : « Si ça ne tenait qu’à nous, oui, ce combat se ferait à coup sûr cette année. On veut qu’il soit conclu. C’est le bon combat au bon moment pour ces deux boxeurs. Je crois que cela se fera. Mais pour l’instant, cela ne se fait pas. » Le promoteur de Joshua ne disait pas moins à Sky Sports ces derniers jours : « Anthony veut ce combat et je suis confiant dans le fait que ça arrive ». Voilà au moins un point sur lequel on les mettra d’accord. Ils en ont d’autres à trouver pour offrir à la boxe ce choc qu’elle attend comme un gosse a hâte de déballer ses cadeaux avant Noël.