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Timuani, seul en son monde

Etimoni Timuani
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Unique sportif de la délégation de son pays situé dans l’archipel polynésien, Etimoni Timuani n’a pas eu à se battre pour être désigné porte-drapeau. Pour ses premiers JO, l’athlète de 24 ans représentera les Tuvalu lors de l’épreuve du 100m. Une distance qu’il ne maîtrise pas totalement. Gros plan.

Cette nuit, Michael Phelps, Rafael Nadal, Andy Murray ou encore Teddy Riner vont conduire leurs délégations lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Rio. En marge de leur passage, on retrouvera un nom moins familier, Etimoni Timuani. L’athlète représentera la délégation des Tuvalu, un archipel polynésien dont il sera le seul représentant.

Un modèle pour son pays

Etimoni Timuani entrera en lice pour l’épreuve du 100m samedi 13 août, pour des séries qui s’annoncent compliquées. La dernière apparition du jeune homme de 24 ans en compétition remonte aux Championnats du monde en 2015, et autant dire que sa prestation n’a pas été éblouissante. Quand des Usain Bolt et Justin Gatlin affolent les chronos sous les 9’’80, Etimoni Timuani, lui, plafonne à un très modeste 11’’72 qui le plonge dans les profondeurs des rankings mondiaux. Autant dire qu’on est bien loin des étoiles montantes qui se révèlent lors des Jeux et plus proches du souvenir laissé par Eric Moussambani à Sydney en 2000.

Pourtant, Timuani est au Brésil. Avec seulement 10 017 habitants et un nombre bien restreint de sportifs, les Tuvalu n’ont pas d’organisation structurée et possèdent une seule piste et un terrain qui n’est pas aux normes internationales. Mais parce que les JO ont leur philosophie, le CIO a décidé de l’inviter en lui offrant son billet d’avion. Une bonne nouvelle pour le pays, qui n'a pas pu y envoyer deux haltérophiles en plus, mais pas sans conséquences pour son représentant à Rio. « Il a la pression de porter le drapeau sur ses épaules, explique Tito Isala, responsable du comité olympique des Tuvalu. On a une population d’environ de 10 000 habitants donc on a des limites en termes de ressources et d’équipement. Lui sera un modèle pour les jeunes à son retour. »

Footballeur avant d’être athlète

Etimoni Timuani est donc l’envoyé très spécial des Tuvalu lors de ces Jeux. Non pas parce qu’il est le seul ambassadeur de son territoire coincé entre la Papouasie Nouvelle Guinée et la Nouvelle-Zélande dont les îlots disparraissent sous les eaux jour après jour, mais parce que l’athlétisme n’est pas… son sport de prédilection. Avant de mettre les pointes, c’est d’abord et avant un footballeur de profession.

Sur son île, il a débuté en première division à 17 ans et a connu trois clubs jusqu’en 2014, avant de partager son temps entre les deux disciplines, foot le matin et athlétisme l'après-midi. Pensionnaire du FC Manu Laeva, club de milieu de tableau de la Tuvalu A Division (la ‘Premier League’ de l’archipel qui compte huit équipes), ce défenseur central est une « star » dans son domaine. Ses qualités lui ont même valu d’être appelé en sélection, dont il est devenu un élément essentiel depuis 2011. Il s’est même laissé tenter par l’expérience « futsal ».

Dans son survêtement bleu et jaune, couleurs de sa nation, la nouvelle « superstar » -encore farouche- de ces JO est consciente de sa notoriété, qui n’est évidemment pas soudaine aux Tuvalu. « Je suis célèbre parce que je jouais au football avant de faire de l’athlétisme. » Cette nuit, il sera suivi pour la première fois par au moins un milliard de téléspectateurs à travers le monde. De quoi changer statut et de s’offrir un coup de projecteur inédit en Mondovision. Une chance en or.