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Lechenault, le rêve (olympique) éveillé de la benjamine bleue

Oréane Lechenault
Oréane Lechenault AFP

Elle rend 71 centimètres au basketteur Rudy Gobert, 102 kilos au judoka Teddy Riner et presque 36 printemps à la cavalière Karen Tebar. A 15 ans, la gymnaste Oréane Lechenault est la benjamine de la délégation française aux Jeux de Rio (5-21 août). Découverte.

Avec sa voix fluette et son physique XXS, on croirait entendre et voir la fille d’un athlète. Mais le crocodile bleu-blanc-rouge sur son polo ne trompe pas. A 15 ans, Oréane Lechenault est la benjamine des 396 sportifs et sportives composant la délégation française aux Jeux de Rio (5-21 août). Du haut de son mètre 44, la gymnaste rend 71 centimètres à Rudy Gobert, pivot de l’équipe de France de basket. Avec son « 37 » affiché sur la balance, elle arbore 102 kilos de moins que le judoka superstar Teddy Riner

Et avec une naissance en août 2000 (ça ne rajeunit pas…), elle compte un peu moins de 36 ans de plus que la doyenne des Bleus, la cavalière Karen Tebar. Mais à l’heure d’aborder les JO, peu importe les chiffres, les étoiles scintillent autant dans ses yeux que dans ceux des autres. « Ça fait un peu bizarre d’être ici, a confié la vice-championne de France espoir 2013 du concours général sur les ondes de RMC. C’est un rêve de petite fille qui se réalise. Depuis que j’ai commencé le haut niveau, je veux aller aux Jeux Olympiques. Du coup, c’est impressionnant. J’ai rêvé des JO à partir de mes 10 ans, quand je suis rentrée au Pôle Espoir. »

Trajectoire classique en gym, sport où la valeur n’attend pas le nombre des années. Bien au contraire. « La carrière d’une gymnaste est souvent très courte, rappelle Isabelle Severino, championne d’Europe 2005 au sil membre de la Dream Team RMC Sport. Les athlètes peuvent participer aux JO dans l’année de leurs 16 ans et en gym, plus on est jeune, plus on est fraîche et en forme. » Une insouciance juvénile qui permet parfois les plus grands exploits. D’autant que la gamine n’a surtout pas volé sa place au Brésil

Pour sa première compétition internationale en catégorie seniors, le test event de Rio en avril dernier où les Bleues jouaient leur qualification olympique, Oréane a endossé le costume de l’héroïne. Après deux chutes à la poutre de ses coéquipières, les affaires tricolores semblaient mal engagées. Mais sa prestation aux barres asymétriques, son agrès préféré, va sauver l’équipe de France et lui offrir ses billets pour les Jeux. « Elle n’a pas tremblé et a été fantastique », s’enthousiasme alors Christophe Lambert, vice-DTN de la gym française. « Elle est rentrée au dernier moment sur cette épreuve où il y avait une pression monstrueuse mais elle a tenu sa place, se félicite Severino. Pour une jeune fille avec très peu d’expérience, je lui tire un grand coup de chapeau. » 

Oréane Lechenault dans ses oeuvres
Oréane Lechenault dans ses oeuvres AFP

Un mois et demi plus tard, elle et ses copines ramenaient le bronze par équipes des championnats d’Europe, une première pour le collectif français féminin depuis 2008. On n’imagine pas les voir reproduire la chose aux JO. Consciente de cette différence de niveau, la dynamique et travailleuse Lechenault fait dans l’objectif réaliste : « Je veux faire une bonne compétition et me faire plaisir. En équipe, on aimerait bien faire une finale. » 

« Mes parents ? Je leur laisse juste des messages et voilà »

A priori atteignable.  « Une finale pour l’équipe de France, c’est dans les cordes, confirme Severino. C’est une jeune équipe avec une bonne dynamique et une belle cohésion, ce qui est essentiel pour être solide sur un gros événement comme les Jeux, où la pression est encore plus forte que sur un championnat du monde. Tout se joue dès le premier jour, que ce soit pour les finales par équipes ou individuelles, donc il faut rentrer dedans et ne pas se laisser surprendre par l’événement. » 

Quelque chose nous dit que la jeune Oréane saura résister. Question de tempérament. Cette adepte des réseaux sociaux, avec notamment une chaîne YouTube qui propose les vidéos de ses exploits, a beau afficher ses 15 printemps, la maturité sportive vient plus vite en gym. La conséquence, sans doute, d’un parcours où il faut prendre des décisions importantes très tôt. Après avoir débuté la gym à 7 ans à l’Ancienne de Paris, la benjamine de la délégation française est entrée en sport-étude en 2009 avant d’intégrer le Pôle Espoir de Toulon en 2011. Cinq ans plus tard, elle viendra s’entraîner à l’INSEP à son retour de Rio. Des Jeux qu’elle vivra loin de sa famille. La sociétaire de l’Elan Gymnique Rouennais ne s’en formalise pas : « Je leur laisse juste des messages et voilà ». C’est simple, la vie à 15 ans. Même à Rio avant des premiers JO.