<

"Tea Time" : Quand Best virevoltait sur le pré pour éviter… de se faire tirer dessus

George Best
George Best Panoramic

Légende de Manchester United, George Best a vécu une vie hors normes. A l’image d’un match Newcastle-MU du 23 octobre 1971 dans lequel la superstar nord-irlandaise n’arrêtera pas de courir 90 minutes durant… pour éviter une menace de se faire tirer dessus sur la pelouse lancée par une personne se disant membre de l’IRA. Retour sur une anecdote dingue.

La défaite sur le terrain des Magpies, ce dimanche, ne laissera pas un souvenir impérissable aux supporters des Red Devils. Beaucoup moins, en tout cas, que l’affiche Newcastle-Manchester United du 23 octobre 1971. Une victoire 1-0 de MU obtenue dans des circonstances à peine croyables. Plus grande star nord-irlandaise de l’époque, un certain George Best va vivre un match hors normes. Raison ? Avant la rencontre, un journal londonien reçoit un coup de téléphone d’une personne se présentant comme membre de l’IRA. Qui menace la vie de Best, dont la sœur avait déjà été victime d’un tir dans la jambe à la sortie d’une soirée à Belfast, jusqu’à annoncer une volonté de descendre le Ballon d’Or 1968 sur la pelouse de St James Park s’il était aligné face aux Magpies. Des menaces qui se révéleront être un « canular » mais prises très au sérieux dans le contexte politique de l’époque. Frank O’Farrell, manager mancunien, propose alors à Best de ne pas le retenir pour la rencontre.

« Et la semaine prochaine, on fait comment ? »

Mais le « cinquième Beatle » (hommage au titre de l’excellent ouvrage signé Vincent Duluc) refuse la proposition, conscient que les menaces allaient se multiplier s’il cédait : « Et la semaine prochaine, on fait comment ? » George veut jouer alors George va jouer. Mais des précautions sont prises. Alors que quelqu’un s’était introduit la nuit précédente dans le bus de MU garé dans le parking souterrain d’un hôtel de Newcastle, renforçant la tension, Best y prend ses repas seul dans sa chambre accompagné de deux détectives. Qui le suivront également dans le bus de l’équipe, lui-même escorté par la police, sur la route du stade. Un véhicule qui s’avance avec les rideaux baissés et un Best assis à une place différente de celle qui lui revient habituellement. Certains prétendront même l’avoir vu allongé dans l’allée centrale au moment où le bus pénètre dans l’enceinte… Des tireurs d’élite postés sur les toits (!), la star de MU débarque du véhicule entouré de quatre gardes du corps et court pour se rendre à l’intérieur au plus vite.

« Même quand le jeu était arrêté, je continuais à courir »

La suite confine au burlesque sur le terrain. « Les joueurs de Newcastle le surveillaient de près mais étaient plutôt réticents à trop s’approcher pour des raisons évidentes », raconte Ian McCartney dans le livre George Best : Fifty Defining Fixtures. L’intéressé, lui, décide d’une technique éviter un éventuel tir. « Il a répondu en n’arrêtant pas de bouger pendant 90 minutes, se souvient Pat Crerand, coéquipier du Nord-Irlandais à MU, dans le livre Whose Side Are You On ? de Teddy Jamieson. S’il y avait un tireur dans la foule, il n’aurait jamais pu le toucher. » Une version confirmée par « Bestie » en personne : « Je n’arrivais pas à me sortir de la tête que tout cela pouvait être vrai. J’étais nerveux et je n’ai pas arrêté de bouger sur le fil. J’avais l’impression qu’il ne fallait pas que je reste arrêté. Même quand le jeu était arrêté car quelqu’un était blessé et au sol, je continuais à courir. »

« La première fois que je marquais sans que mes coéquipiers ne viennent sur moi pour me congratuler »

Clin d’œil du destin, c’est Best qui marque le but décisif – en criant « laisse ! » au défenseur Ray Ellison… qui hésite une seconde et n’arrive pas à intervenir – et offre la victoire aux siens. On lui laisse raconter la magnifique anecdote : « Quand j’ai marqué, je m’attendais à être sorti. Cela m’avait affecté à ce point-là. Après le match, j’ai chambré les autres joueurs en leur disant que c’était la première fois que je marquais un but sans que mes coéquipiers ne viennent sur moi pour me congratuler. » WTF, comme on dit. Et ce n’est pas fini. En conférence de presse, le manager de Newcastle Joe Harvey n’hésite pas à s’amuser de la situation et du but marqué par la cible humaine : « Si seulement ils avaient tiré sur ce petit diable… » La réponse de George, pionnier de nombreuses menaces du même genre pour les sportifs nord-irlandais avec cette histoire, ne tardera pas : « Merci Joe. Mais ma frappe était bien le seul tir cadré de l’après-midi ». Du Best pur jus.