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« Tea Time » : Lillo, le véritable mentor de Guardiola

AFP

FOCUS. Adepte des préceptes de Johan Cruyff ou Marcelo Bielsa, Pep Guardiola a un autre modèle absolu : Juanma Lillo, actuellement adjoint de Jorge Sampaoli à Séville et qui a eu l’actuel coach de Manchester City sous ses ordres. Plus qu’une aide, plus qu'une inspiration, un modèle. 

Malgré la défaite concédée dimanche face au Barça (2-1) au terme d’un match exceptionnel, Séville a encore impressionné son monde : jeu offensif, joueurs techniquement irréprochables, volonté d’aller vers l’avant, prises de risques dans le coaching… Arrivé cet été, Jorge Sampaoli croule sous les éloges, en Espagne comme dans le reste de l’Europe. Il convient toutefois de louer le travail, sinon de l’ancien coach du Chili, de ce duo qu’il forme avec Juan Manuel Lillo, dit Juanma Lillo. 

Moins connu que celui qui, depuis sa réussite chilienne, n’en finit plus d’attirer l’attention, Juanma Lillo n’est pourtant pas un bizuth. Il est même l’un des principaux mentors d’un certain Pep Guardiola, qui exporte actuellement à Manchester City les principes qui ont fait son (maxi) succès au Barça puis au Bayern. 

Une première rencontre en 1998

Les deux hommes se sont rencontrés en 1998 : Pep Guardiola joue pour le Barça quand Juanma Lillo entraîne Oviedo. Barcelone s’impose (4-2) mais le joueur n’en demeure pas moins admiratif de l’entraîneur adverse : « A la fin du match, il est venu frapper à la porte du vestiaire et m’a dit ‘’j’adore vos équipes et j’ai entendu de très bonnes choses à votre sujet, pourrions-nous devenir amis ?’’, racontait Lillo dans The Guardian en juillet. Comment aurais-je pu refuser l’amitié d’un joueur que j’admirais autant ? »

En contact régulier depuis cette date, entretenant une relation presque filiale (« c’est l’une des personnes les plus importantes de ma vie, confiera Lillo au New York Times, comme un fils pour moi »), les deux hommes se sont retrouvés en 2006 : l’entraîneur avait pris les rênes du club Mexicain de Dorados de Sinaloa et a donc appelé son ami Pep Guardiola. 

« Il avait déjà une mentalité de coach »

Ce dernier y achèvera sa carrière de joueur, enchaînant davantage les blessures que les coups d’éclat. En rentrant du Mexique, il passera ses diplômes d’entraîneur. « Il avait déjà une mentalité de coach », se souvient Lillo, à propos de leurs longues discussions tactiques après chaque séance d’entraînement. Avec déjà cette idée fixe concernant l’importance de la possession. 

Les retrouvailles sur un terrain de football seront plus douloureuses. Nommé à la tête de l’équipe première du club blaugrana en 2008 (après avoir fait ses gammes avec la réserve), Pep Guardiola applique à merveille les préceptes de son mentor : du jeu de passes courtes, de la projection et bien sûr, cette fameuse possession. « Je l’ai toujours entendu dire que les trois entraîneurs qu’il appréciait le plus étaient Marcelo Bielsa, Arsène Wenger et moi », ajoute Juanma Lillo dans le NY Times. Le Catalan n'aura pourtant pas de pitié. 

Le 20 novembre 2010, Almeria, coachée par Juanma Lillo, reçoit le Barça de Pep Guardiola. Un match ? Non, une claque : 8-0 en faveur des coéquipiers de Lionel Messi. Lillo n’y survivra pas : remercié dans la foulée, il joue alors les consultants pour la télévision espagnole. 

« La manière qu’on a de perdre m’affecte autant que la défaite »

Un passage de moins d’un an (2013-2014) à Bogota plus tard, Juanma Lillo passe second d’un certain Jorge Sampaoli, qui prend la tête de la sélection chilienne. Il se murmure que, comme l’avait fait un certain Pep Guardiola quelques années plus tôt, le technicien argentin a cherché à entrer en contact avec celui qu’il considère comme un fin tacticien, un homme de système, de jeu, de football. Le courant passe, les voici désormais inséparables.

Juanma Lillo trouve en Sampaoli un homme aussi amoureux que lui du jeu de possession. Le coup de foudre dure, jusque sur le banc d’un Séville flamboyant en ce début de saison. « Le jeu se développe sur une idée de bon sens qui est inscrite dans le règlement : emporte le match celui qui marque un but de plus que son adversaire, décrira Lillo à Eurosport. Le jeu de position c’est essayer de ne pas aller contre la nature de ce jeu. C’est tout. Mise à part la magnitude d’une défaite (une finale, une relégation etc), je crois que la manière qu’on a de perdre m’affecte autant que la défaite. Si tu gagnes alors que ton rival a tapé 5 fois le poteau et tu n’as fait que défendre, tu es soulagé, certes, mais quand le lundi tu retournes à l’entraînement, tu te sens mal. » Le jeu pour la gagne. Sans jeu, pas de gagne. Tiens tiens, tout ce que pratiquent Séville et Manchester City.