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Shelvey, le Voldemort de Newcastle

Jonjo Shelvey
Jonjo Shelvey AFP

Après une saison en Championship, Jonjo Shelvey (25 ans) va faire son grand retour dans l’élite la saison prochaine avec le promu Newcastle. Le talentueux milieu de terrain a connu un parcours sinueux marqué par ses pétages de plomb, une langue bien pendue mais un certain sens de l’autodérision développé par une calvitie qu’il traîne depuis son enfance.

Le regard bleu, perçant, fermé, un physique atypique. Jonjo Shelvey ne laisse pas indifférent sur un terrain de football. A 25 ans, le milieu de terrain n’a toujours pas réussi à se faire une place dans l’élite, qu’il va regagner cette saison avec Newcastle. Car malgré son talent, il garde sur lui l’étiquette d’une tête brûlée qui part au quart de tour sur les terrains anglais.

Passé par Charlton, Liverpool et Swansea avant de s’installer chez les Magpies, l’Anglais a souvent pété les plombs. A l’image de l’hiver dernier, lorsqu’en plein match face à Wolverhampton, il a été accusé d’avoir lâché une injure raciale au Marocain Romain Saiss. Accusé, et condamné surtout, à cinq matches de suspension assortis de 112 000 euros d’amende.

Des réactions excessives

« Si j’étais passé devant n’importe quel tribunal, j’aurais été déclaré non coupable, s’est défendu le joueur dans le Newcastle Chronicle. C’est la décision de la commission. On doit s’y faire, c’est comme ça. » Car lorsqu’on lui demande s’il regrette ses propos, il reste ferme. « Non, parce que je n’ai jamais dit ce qu’il a été écrit. »

Le fait est que Shelvey a toujours eu du mal à tenir sa langue. Souvent, il a été freiné dans son ascension, à Liverpool notamment, à cause de ses réactions. Trop fougueux, trop nerveux, le « sale gosse » n’a jamais pris de pincettes avec ses interlocuteurs. Lors d’un choc face à Manchester United, un après-midi de septembre 2012, il tient tête à Sir Alex Ferguson et échange avec lui des mots-doux…

Désormais, il a bien peur que ces excès de colère ne lui coûtent se place dans le cœur des Britanniques. « Apparemment, tout ce qui compte de nos jours, c’est de dire de bonnes choses dans les médias et ce genre de choses. C’est comme ça que ça marche aujourd’hui. C’est tellement inconstant. »

Crâne chauve et autodérision

Son comportement, il se l’est forgé en traversant certaines étapes de la vie. Celui qui a grandi dans un quartier défavorisé du nord-est londonien au cœur de la délinquance, là où des gens se faisaient poignarder et tuer a gardé ces souvenirs en lui. Il n’a pas non plus connu une enfance lambda. A la naissance, il a contracté une alopécie, qui provoque la perte des cheveux et poils.  « Je suis tombé dans les escaliers quand j'étais bébé et je me suis fracturé le crâne, a-t-il raconté au Guardian. Je pense que cela n'a fait qu'empirer les choses. (…) Un jour je me suis dit : "Si vous n'aimez pas ça, ne venez pas me parler." »

Mais de cette tragédie, il a préféré en faire une force. C’est ainsi qu’à Anfield, face à West Ham, celui dont le physique n’est pas sans rappeler celui de l’ennemi de Harry Potter, Voldemort, a salué la touche humoristique des supporters des Hammers qui lui ont chanté « Il vient pour toi, il vient pour toi, Harry Potter, il vient pour toi ! »

Dans le domaine sportif aussi, il a décidé de tourner la page d’un passé tumultueux pour enfin avancer dans sa carrière. « Je ne vais pas m’effondrer et m’apitoyer sur mon sort. C’est frustrant de ne pas être retenu chez les Three Lions et que des choses méchantes soient dites à mon sujet, mais c’est la vie, il s’agit de bien le vivre. »

Benitez lui fait confiance

Ce changement de mentalité l’aide probablement aujourd’hui à rebondir. Parce que malgré ses affaires extra-sportives, Jonjo Shelvey reste un indispensable de la formation de Rafael Benitez. L’Espagnol ne l’a jamais abandonné et lui a permis la saison dernière de prendre part à 47 matches dont 42 en tant que titulaire. « Le manager et le club auraient pu me jeter sur le bas-côté mais ils sont restés à mes côtés, ils ont cru en moi et je pense les avoir remerciés comme il se doit avec mes performances sur le terrain. »

Jonjo Shelvey, encouragé par son manager Rafael Benitez
Jonjo Shelvey, encouragé par son manager Rafael Benitez AFP

Et cette collaboration va perdurer selon lui, qui a pris ses marques. « Le manager a visiblement une bonne image de moi pour m’avoir fait rester et m’avoir fait jouer. Donc ce que je me dois de faire maintenant, c’est de lui être redevable. »

Gerrard, son idole

Son talent, il l’a gâché en restant constamment dans un purgatoire infernal, entre le statut de « pépite » et celui de « cador ». La confirmation se fait encore attendre. Et pourtant, il souhaite marcher dans les pas de son idole, Steven Gerrard. Plus jeune, pendant que ses camarades de classe sortaient jouer dans les parcs, lui regardaient en boucle des DVD des « skills » de Stevie G. Ce dernier semble avoir eu un impact sur lui.

« Je me souviens que lorsque je faisais des appels, il me mettait les ballons exactement là où je les souhaitais, confiait Hameur Bouazza, son ancien coéquipier à Charlton, à So Foot. On sentait qu'il avait quelque chose. Son profil me fait un peu penser à celui de Lampard ou Gerrard. » Une petite victoire pour le mal-aimé de la Premier League.

Shelvey croit en son talent

Lui, pense que son avenir sera meilleur, aidé par la pénurie d’éléments à son poste à l’échelle nationale. « Si vous regardez, on a terriblement besoin d’un milieu central pour notre pays, selon moi. » Oui, Shelvey est sûr de lui, il peut faire son trou au sein de l’effectif des Three Lions (il compte déjà six sélections depuis 2012) et mettre sur le banc les Jordan Henderson et consorts. Même s’il n’a plus fréquenté les Three Lions depuis novembre 2015 avant que la relégation de Newcastle (qu’il a rejoint en janvier 2016) ne plombe temporairement ses desseins internationaux.

Pour continuer à y croire, il a mis toutes les chances de son côté. Cet été, il a préparé sa saison un mois plus tôt, jonglant entre activités familiales sur une croisière Disney et entraînements intensifs. Juste après, toujours en vacances, au Portugal, il s’est infligé 5km de course par jour, pour garder la forme et arriver dans l’élite affûté. « Tout ce que je peux faire c’est montrer sur le terrain à travers mes performances que je mérite une place en sélection anglaise. » Gareth Southgate est prévenu.