Salah, le pharaon qui s’est fait en Suisse

Panoramic

Troisième de Premier League, Liverpool se déplace à Porto ce mercredi pour y disputer son huitième de finale aller de Ligue des champions. Le hasard du tirage au sort n’a pas accordé à Mohamed Salah de tendres retrouvailles avec Bâle, adversaire de Manchester City, qui l’a fait changer de dimension entre 2012 et 2014.

Il y a un peu moins de six ans, un jour de mars 2012, tandis que la fin de saison du championnat égyptien venait d’être annulée en raison de l’attentat de Port-Saïd, les U23 égyptiens se jaugeaient en affrontant le FC Bâle lors d’un match amical organisé par le club suisse. Le nom de Mohamed Salah trottait déjà dans quelques têtes. En fait, certains étaient venus dans les travées du Parc Saint-Jacques juste pour lui.  

« Je n’avais jamais vu, de ma vie entière, un joueur avec une telle vitesse »

« La seule raison pour laquelle je voulais voir ce match, c’était pour avoir la chance d’observer Mohamed Salah jouer en live, raconte aujourd’hui le président du FC Bâle Bernhard Heusler à Sky Sports. Je n’oublierai jamais ce que j’ai vu sur le terrain ce jour-là sur le terrain. On était tellement impressionnés. Il faisait sacrément froid mais il était incroyable. Il n’a joué que la deuxième période mais je n’avais jamais vu, de ma vie entière, un joueur avec une telle vitesse. »

Vitesse, conduite de balle… les qualités du grand bonhomme de Liverpool cette saison sont déjà là, en germe. Elles ne demandent qu’à éclore. L’observation de ces 45 minutes de jeu de l’international égyptien (dont la vidéo est disponible sur le net) donne l’impression que l’attaquant avait déjà tout… si ce n’est sa crinière abondante. Le FC Bâle n’hésite guère longtemps après la victoire des U23 égyptiens (4-3). 

PANORAMIC

« Notre département de scouting était très impressionné par lui, racontait au Liverpool Echo l’ancien directeur sportif Georg Heitz. Mais je me suis dit ‘bon, il est égyptien et on n’a pas eu beaucoup de success stories de joueurs égyptiens arrivant en Europe’. On s’est dit que c’était un risque de le faire signer à ce moment-là. Mais il a joué la deuxième période de ce match et a marqué deux fois. C’est là qu’on a décidé de le faire signer. On avait pu constater son talent après l’avoir vu jouer seulement cinq minutes. » Mohamed Salah est invité à venir s’entraîner une semaine en Suisse. Le 10 avril, il paraphait un contrat de quatre ans dont la date de début était fixée au 15 juin.

Un pied gauche pas encore au max

Plus rapide que l’éclair, le joueur n’affichait cependant pas encore le jeu complet et abouti qu’il développe depuis. « Il était très rapide mais pas encore le meilleur avec ses pieds au tout début, se souvient sur Sky son coéquipier suisse de l’époque Philipp Degen. Même si on savait que si nous passions devant lui en prenant l’espace, il viendrait récupérer chaque ballon. On savait qu’une fois qu’il se serait adapté et que son pied gauche se serait développé, il aurait une grande carrière. » Depuis, Mohamed Salah a signé 19 buts du pied gauche en Premier League avec Liverpool, record en cours. 

Le 12 août 2012, l’Egyptien connaissait sa première titularisation dans le championnat suisse. Bilan : un penalty obtenu, une implication sur les deux autres buts et une victoire du FC Bâle face au FC Thoune (3-1). Cette saison-là, le club bâlois terminera champion de Suisse et atteindra le dernier carré de la Ligue Europa (Salah marquera notamment en quart de finale contre Tottenham). Mais il n’était alors qu’un remplaçant de luxe qui, sur ses 29 apparitions en championnat, n’en a connu que dix de plus d’une heure. 

L’adoubement arrive l’année suivante, en Ligue des champions. Mohamed Salah marque dans les deux matches de poule du club face à Chelsea. « Ce fut le début pour lui », résume aujourd’hui Philipp Degen. Une forme de déclic qui a débloqué le joueur. Dans sa tête surtout. « Je me souviens de son but de la victoire contre Chelsea (1-0 en Suisse ndlr), raconte Bernhard Heusler à Sky Sports. On essayait de le félicitait mais il ne voulait pas. Il disait qu’il avait tenté sept tirs et que les six premiers étaient partis en tribune. Et qu’il n’avait tenté le septième que parce qu’il sentait la confiance de son entraîneur, de ses collègues et de chaque personne du club. » 

Klopp pour passer un pallier ?

PANORAMIC

Déjà le perfectionnisme d’un homme qui porte aujourd’hui tous les espoirs des Reds et de sa sélection. Mais aussi le besoin d’un management façon doudou. C’est peut-être pour cela que Mohamed Salah a peiné à percer à Chelsea, qu’il a rejoint en 2014 (sans doute repéré dans les confrontations entre Bâle et les Blues en C1). Un manager comme Jürgen Klopp, qui aime protéger, cajoler, encenser, lui apporte confort et confiance. « Klopp est selon moi la clé de la forme de Mo, insiste son ex coéquipier Philipp Degen. C’est un motivateur, qui veut développer un football rapide et d’attaque. Exactement le type de football dont a besoin Mo. Je pense qu’il l’emmène à un autre niveau. »

Le « bon mec, toujours souriant et ouvert » s’épanouit à Liverpool. Connu pour son inconstance chronique à Chelsea, l’AS Rome ou la Fiorentina, l’Egyptien change de dimension. Jusqu’à décrocher des comparaisons flatteuses à l’extrême. « Il y a peu de sportifs comme lui, résume le président de Bâle. Roger Federer en est un autre. Ils n’oublieront jamais d’où ils viennent. Ils sont humbles, respectueux vis-à-vis des gens qui les entourent. » Mêmes échos chez Georg Heitz. « Il m’envoie des messages en me demandant quand est-ce que je viens à Liverpool, racontait l’ex directeur sportif de Bâle au Liverpool Echo. Je viendrai bientôt le voir jouer. C’est quelqu’un de spécial. » Devenu depuis l’idole d’Anfield.