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Mourinho : l’excuse bidon de trop ?

Reuters

José Mourinho a probablement franchi la ligne jaune hier soir après l’élimination des siens en Ligue des champions en s’en prenant à l’institution Manchester United. Un crime de lèse-majesté qui pourrait peut-être sonner plus tôt que prévu la fin de son aventure mancunienne.

L’arbitre, le plan de jeu adverse, le calendrier, le vent, la pluie, le réchauffement climatique, les années bissextiles, la longueur des shorts, la couleur de la salade, le prix du Super sans plomb. A vrai dire, on pensait que José Mourinho nous les avait toutes faites et que le technicien portugais avait épuisé toutes ses cartouches d’excuses bidons. Drapé depuis plusieurs mois dans un tissus de mauvaise foi qui commence à rendre le personnage un poil détestable, le manager de Manchester United s’en est pris hier soir après la piteuse élimination des siens en huitièmes de finale de la Ligue des champions face à Séville (0-0 puis 1-2) - et pour la première fois depuis son arrivée en 2016 dans le Nord de l’Angleterre - à l’institution Manchester United. Un crime de lèse-majesté qui devrait laisser des traces du côté d’Old Trafford. Ou carrément sonner la fin de son aventure mancunienne comme cela avait été le cas lors de la saison 2012-13 au Real Madrid où il avait d’abord critiqué la Liga avant de défier les socios merengue puis de se mettre la moitié de son vestiaire à dos. Un enchaînement qui lui avait fatal. 

Mourinho : "Pas quelque chose de nouveau pour le club"

Pour la première fois donc de son mandat à la tête des Red Devils, José Mourinho a franchi la ligne jaune hier soir. Plutôt que de reconnaître ses errements tactiques et de faire son mea culpa dans le piteux projet de jeu proposé face aux Espagnols, le Portugais a fait diversion en minimisant le poids de cette élimination. Pire, il a dévalué le crédit de MU sur la scène européenne et reconnu une certaine forme de logique dans cette élimination… sur le papier totalement illogique vu la qualité de son effectif et des sommes astronomiques dépensées sur le front des transferts.

« Ce n'est pas la fin du monde, a-t-il ainsi lâché. J'ai déjà été assis deux fois sur cette chaise en Ligue des champions. Je suis venu avec Porto, United a été éliminé. Je suis venu avec le Real Madrid, United a encore été éliminé. Donc je ne pense pas que ce soit quelque chose de nouveau pour le club. »

Ce qui est aujourd’hui nouveau pour lui, c’est la défiance affirmée et les très vives critiques auxquelles il va désormais devoir faire face. Même s’il a le cuir bien tanné, le « Spécial One » devenu au fil du temps le « Normal One » a grillé son joker malgré une Ligue Europa la saison passée, une actuelle deuxième place de Premier League loin derrière le frère ennemi de City et une potentielle victoire en FA Cup (MU reçoit Brighton ce samedi en quarts de finale). Mais si par le passé le Portugais a prouvé qu’il ne manquait pas de résistance face aux épreuves et aux éléments, les supporters de Manchester United n’en manquent pas non plus d’autant que la fracture est aujourd’hui bien réelle. 

Certains réclament déjà sa tête et ne devraient pas manquer de le lui rappeler très prochainement à Old Trafford. En quelques heures, le bashing anti-Mourinho est devenu un phénomène de mode voire un sport national où, pêle-mêle, anciennes gloires, consultants, influenceurs et simples fans des Red Devils y sont allés de leur tacle assassin. Comparé par certains comme un mauvais « mix entre Lous van Gaal et Moyes », d’autres estiment que ce n’est « pas le bon manager pour le bon club », « qu’il n’a plus le niveau », « que son temps est passé » ou qu’il s’est mis tout seul dans « une position indéfendable ». Au point de demander sa tête non « pas demain, pas plus tard, pas à la fin de la saison mais dès maintenant ».

MU, plus qu'un club...

S’en prendre de manière infondée à l’institution mancunienne est une erreur stratégique que Mourinho n’a peut-être pas bien mesuré. Car Manchester United, ce n’est pas le Paris Saint-Germain. Comme au Real, au Barça, à la Juve, à Liverpool ou au Bayern, aucun individu ne peut s’élever au-dessus de ce type de club solidement vissé sur son passé et son histoire. Mourinho s’est trompé de cible. L’arme pourrait bien se retourner contre lui.