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Matt Le Tissier, "Le God" parmi les Saints

Matt Le Tissier
Matt Le Tissier Getty Images

Ses coups de génie, ses buts venus d’ailleurs et son allure atypique ont fait de lui l’un des joueurs les plus enivrants de l’Angleterre dans les années 1990. Talent rare et inouï mais trop souvent incompris, Matt Le Tissier, qui fête ce samedi son 49e anniversaire, a marqué l’histoire de son empreinte en refusant de s’adopter aux normes. Idole absolue de Southampton où il passé toute sa carrière, « Le God » était un joueur à part comme on n’en fait plus aujourd’hui. Souvenirs.

Le sens de l’histoire peut parfois vous arracher un sourire. Un dernier, empreint de nostalgie et d’une sincérité jamais feinte, avant que la nuit ne tombe définitivement. Ce 19 mai 2001, c’est un jour de deuil qui attend le peuple de Southampton. Tous les fans s’apprêtent à dire adieu au Dell, ce temple au charme décati circonscrit à 15 000 places qui tire sa révérence après cent trois ans d’existence. Presque une veillée funèbre, donc, qu’un seul homme va transformer en fête collective mémorable. Celui-là même qui a entendu ce chant en son honneur traverser les époques et l’escorter jusqu’à ce que son talent crépusculaire n’éclaire plus l’Angleterre : « Le Tiss, Le Tiss / Matt Matt Le Tiss / He get's the ball, he takes the piss ». En ce jour de printemps, face à Arsenal en clôture de la saison de Premier League, Matthew Le Tissier effectue l’une de ses dernières foulées sous la tunique des Saints. Entré à la place de Kevin Davies, numéro sept iconique toujours floqué dans le dos, il offre la victoire et surtout le dernier frisson en inscrivant le but vainqueur juste avant le coup de sifflet final.

Dans son style si unique et tellement reconnaissable. Un dégagement manqué de Martin Keown et une demi-volée splendide imparable pour le gardien Alexander Manninger. Un petit bijou, un de plus et le dernier avec So’ton après une ribambelle passée à la postérité au terme d’une carrière à la saveur singulière (210 buts en 540 matches). « Je ne pense pas avoir pleuré ce jour-là, mais c’était riche en émotions, se remémorait la légende anglaise à Four Four Two en 2010. Mon fils ne venait pas me voir jouer souvent, mais il était là pour ce match. Après avoir marqué, je suis allé vers les tribunes où il était et tous les gamins présents m’ont sauté dessus ! C’était un moment d’anthologie. Il ne restait plus que quelques secondes avant la fin du match, Chris Marsden a frappé et ça prenait le chemin du but mais le portier d’Arsenal s’est interposé. J’ai couru et je suis allé l’enlacer car je tenais à être le dernier qui marque au Dell. Pour être honnête, si j’avais été près de la frappe, j’aurais essayé de l’arrêter moi-même ! » Mais ce jour était écrit pour lui. L’histoire avait choisi le local hero. Le one man club. « Le Tiz ». Elle avait décidé d’accorder à celui surnommé « Le God » et à personne d’autre la sortie qu’il méritait.

Précocité et entraînements à la dure

Érigé en dieu, mais l’allure de ces héros ordinaires. Qui aurait pu prédire que Matt Le Tissier, dentition biscornue et physique un brin rondouillet, deviendrait l’idole de jeunesse du chef d’orchestre Xavi ? Pour « ses buts extraordinaires, son talent hors des normes » et sa faculté « à dribbler sept ou huit ans sans être rapide » dixit le champion du monde espagnol, l’Anglais a dessiné une courbe où l’émotion a été le maître-mot. Héraut attitré et éternel du peuple de Southampton, c’est à presque deux cents kilomètres qu’il a vu le jour. À Saint-Pierre-Port, capitale de l’île et bailliage de Guernesey dans les Îles Anglo-Normandes, d’où son patronyme à consonance française. Là où la mer s’étend à perte de vue de part et d’autre, le gamin tombe amoureux du sport. Le foot évidemment, mais aussi le cricket et le golf. « Durant mon adolescence, j’ai pratiqué de nombreux sports, expliquait-il dans un superbe reportage de Sky Sports en juin 2015. Je pense que cela m’a aidé, notamment pour la coordination des mouvements au foot. J’avais l’habitude jouer avec mes trois grands frères. Je pense que jouer avec des personnes plus âgées que moi m’a aidé dans mon développement en tant que footballeur. Mais aussi loin que je me souvienne, même s’ils étaient plus vieux moi, j’étais toujours le meilleur ! (rires) ».

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Après des premières foulées au club local de Vale Recreation, Le Tissier parcourt La Manche pour atterrir à Southampton et esquisser les premiers contours d’une romance exaltante. Lui qui a pourtant grandi en supportant Tottenham. Arrivé chez les jeunes en 1985, il signe pro un an plus tard à seulement seize ans. Précoce parce que talentueux, éminemment talentueux même. Mais dans un groupe où les fortes personnalités prédominent, il doit faire ses preuves. Non sans connaître un apprentissage houleux. « C’était une grande étape d’être la star chez les jeunes puis de passer en équipe première avec des gars comme Joe Jordan, David Amstrong, Peter Shilton, Mark Dennis et Mark Wright, se souvenait-il au Daily Mail en septembre 2016. Ils faisaient presque exprès de rendre difficile votre intégration afin de vous tester. Au cours d’une séance d’entraînement où on était dix contre six, je me suis dit : “Ça va être une séance facile, je vais me faire plaisir”. Au bout d’un moment, Jimmy Case a estimé que je portais trop le ballon et a voulu me le faire savoir. Je me souviens qu’après avoir fait une passe, j’ai reçu trois secondes plus tard un coup sec extrêmement fort à l’arrière de mon mollet. J’avais seulement dix-sept ans et je me suis dit : “Putain, ça fait mal !” Puis Jimmy m’a regardé fixement pour me lâcher : “Fais. Ça. Proprement” ».

Esthète à plein temps et spécialiste des penalties

En même temps qu’il perçoit ses premiers salaires lui permettant de toucher plus que son père qui était livreur de plantes à Guernesey et de se payer une horrible paire de pantalons blancs Topman serrés au niveau des chevilles mais amples sur les cuisses, « Le Tiz » s’annonce au Royaume au côté d’un certain et prometteur Alan Shearer. Auteur d’un exercice 1989-1990 exquis en First Division, il est élu meilleur jeune joueur de l’année du championnat et meilleur joueur par les fans de Southampton. Le mariage est dès lors acté. Et les supporters des Saints tombent peu à peu sous le charme de cet ailier atypique. Lent, nonchalant et allure dilettante mais fin, adroit des deux pieds et juste techniquement. Un homme d’instants, presque hors du temps, qui donnait l’impression de vivre le jeu au ralenti. « C’était un joueur assez puissant, un joueur atypique. Sur le côté gauche, il avait des dribbles chaloupés, avec une vraie qualité de centre, détaille Gérard Houllier, qui l’a vu à l’œuvre plusieurs fois du temps où il dirigeait Liverpool (1998-2004). Ce n’était pas le plus rapide mais il avait un bon coup d’œil, un coup de rein sur ses éliminations. Il avait des qualités similaires à Chris Waddle en un peu plus lent. » « C’était l’un des meilleurs joueurs du championnat anglais dans les années 90, appuie Philippe Albert, défenseur de Newcastle de 1994 à 1999. À mon arrivée, on m’a dit qu’il avait l’art de marquer des buts extraordinaires. Southampton était organisé autour de lui. Il donnait l’air de jouer en marchant et faisait ce qu’il voulait du ballon avec les deux pieds. C’était vraiment un joueur très particulier en Angleterre. »

Surtout, l’artiste britannique n’a eu de cesse de chérir l’idée que son statut exigeait de lui qu’il divertisse les foules. Quitte à ce que cela prenne le pas sur les résultats : « Je voulais avant tout divertir les gens. Gagner était bien mais ce n’était pas ce qui me préoccupait le plus. Je voyais le foot d’une façon différente des autres qui disaient sans cesse : “Vous devez gagner”. Bien sûr que j’aime gagner et que je suis un mauvais perdant, mais ce que je souhaitais plus que tout, c’était voir les sourires sur la tête des gens au stade ». Il y en a eu, à foison même. Car celui qui a été élu meilleur Saint en 1994 et 1995 et qui a figuré dans l’équipe type de la saison de Premier League en 1994-1995 a claqué une flopée de buts splendides. Son préféré ? Contre Blackburn (2-3, 10 décembre 1994) : deux crochets avant une frappe envoyée en pleine lucarne avec une facilité déconcertante. Il y a eu aussi cet enchaînement jonglage-reprise de toute beauté face à Wimbledon (1-0, 26 février 1994) ou ce lob somptueux sur Peter Schmeichel contre Manchester United (3-1, 13 avril 1996). Mais son chef-d’œuvre absolu reste sans doute cet instant de grâce, un soir d’octobre 1993 opposé à Newcastle (2-1), où Le Tissier s’est plu à suspendre le temps avec une chorégraphie contrôle aile de pigeon-grand pont-sombrero avant de marquer. De la beauté conjuguée à de l’efficacité. Doué sur coups de pied arrêtés, l’Anglais était surtout un tireur de penalty hors pair. L’un des plus doués de l’histoire avec 47 tentatives réussies sur 48. « Mon record de penalty résultait d’un mélange de confiance, un peu d’ego car j’aimais que le stade se focalise sur moi à cet instant et un état d’esprit positif, assurait-il à Four Four Two. J’avais l’habitude de regarder le stade entrer en fusion quand le ballon touchait les filets. Tout était basé sur la technique. Je frappais le ballon fort de l’intérieur du pied – presque aussi fort qu’une frappe normale – tout en dosant parfaitement afin de rester précis ».

« The big fish in a small pond »

C’est sous la houlette du regretté Alan Ball que le fantasque Anglais a donné la pleine mesure de son talent à Southampton. Parce qu’il était épanoui, responsabilisé et décorseté des principes rigides du football britannique. « C’est votre meilleur joueur et votre meilleure chance de s’extirper des difficultés. Je vais le mettre à droite au milieu et dès que vous en avez en l’occasion, donnez-lui le ballon. Il fera le reste », soufflait d’ailleurs à l’époque le manager anglais à son propos, pas loin de paraphraser Matt Busby au sujet de George Best. D’autres managers – comme Ian Branfoot – ne l’ont pas couvert autant d’éloges et l’ont bridé estimant que son profil trop singulier ne pouvait s’accommoder avec leur philosophie. La limite du « God » réside là. Ce dernier a refusé toute concession. Il a préféré passer toute sa carrière à So’ton et jouer la survie du club dans l’élite à de nombreuses reprises plutôt que de répondre aux sollicitations d’escouades plus huppées comme Tottenham ou Chelsea, qui était prêt à en faire le joueur le plus onéreux du football anglais en 1995. De son propre aveu, il n’a pas voulu quitter son domaine personnel pour continuer à jouer comme il l’entendait. Pour rester le « big fish in a small pound » (le gros poisson dans une petite mare en VF) comme il le répétait à l’envi.

Matt Le Tissier avait une conception particulière de son métier et ne s’en est jamais caché. Il n’avait pas une hygiène de vie en adéquation avec l’exigence requise pour un sportif de haut niveau. « Mon alimentation n’était pas bonne, reconnaissait-il, sans gêne, à Four Four Two. Et je ne m’en cachais pas… » Tout au long de sa carrière, le Britannique n’hésitait pas à s’enfiler des fish and chips, des saucisses ou encore des Egg McMuffins de McDonald’s avant les séances d’entraînement et les matches, même s’il confesse n’avoir « jamais bu de bière blonde dans (s)a vie ». Allergique aux conventions, l’élégant ailier était tout autant iconoclaste sur les terrains. Avare d’efforts, peu de replis défensifs et de kilomètres parcourus. Toujours un peu plus loin de la norme, donc : « Je me serais entraîné tous les jours s’il y avait toujours un ballon mais quand il fallait courir durant deux semaines lors des pré-saisons, cela m’emmerdait royalement. Je suis d’ailleurs ravi que ProZone (fournisseur de données de performances sportives, ndlr) n’existait pas de mon temps. J’imagine déjà la stat sur moi et mon nombre de kilomètres parcourus… À So’ton, je jouais comme je l’entendais. Ailleurs, je n’aurais probablement pas pu faire de même. Et ça me plaisait d’être une vedette dans un petit club, d’être ce joueur que la plupart des fans venaient admirer en espérant me voir faire quelque chose de spécial ».

Les Three Lions, un rendez-vous manqué

Différent, c’est vraiment l’impression diffusée par « Le God » auprès de chacun dans les rangs des Saints. « Dès qu’il sortait, c’était dieu ! s’emballe Patrick Colleter, ancien latéral gauche du PSG et passé une saison à Southampton (1999-2000) alors que le crépuscule de Le Tissier était proche. Il avait une aura unique auprès des fans et sortait de l’ordinaire. Un gars très simple, chambreur, adoré de tous. Il est resté à Southampton car il avait une bonne qualité de vie et ça lui convenait parfaitement. Là-bas, il faisait ce qu’il aimait, comme il le voulait ». Ce qu’il lui a valu d’être en harmonie avec sa façon de penser alors que son talent aurait dû le hisser à des hauteurs plus majestueuses. Mais s’ériger comme un joueur à part ne s’est pas avéré sans répercussions. Sir Alex Ferguson a dit, un jour, que Le Tissier était le genre de joueur qu’il ne choisirait jamais dans son équipe, mais qu’il ne voulait pas non plus le voir dans l’équipe d’en face. Unique, sans doute trop à l’époque pour faire les beaux jours de la sélection anglaise. Avec seulement huit petites sélections au compteur, l’histoire entre les Three Lions et Le Tissier reste un éternel rendez-vous manqué qui n’a fait aucun heureux.

Une mariage qui n’a jamais eu lieu, la faute à la rancune et aux certitudes de deux hommes : Terry Venables et Glenn Hoddle. Le premier, sélectionneur entre 1994 et 1996, n’avait guère apprécié que l’icône de Southampton renonce au dernier moment à rejoindre les Spurs lorsqu’il était à leur tête. Et, pour beaucoup, Venables l’a fait payer au joueur qui marchait pourtant sur l’eau en ne le retenant pas pour le championnat d’Europe qui se déroulait au pays de Sa Majesté. Même mésaventure avec Glenn Hoddle, pourtant l’idole de Le Tissier durant sa jeunesse. Pour ne pas avoir rallié les Blues de Chelsea en 1995 qu’il dirigeait, le boss de la sélection le qualifiait de manière péjorative de « joueur de luxe » et l’a délibérément snobé pour le Mondial 1998, malgré un triplé contre la Russie avec l’équipe B d’Angleterre juste avant la compétition. Une blessure jamais cicatrisée. « Quand Glenn a choisi Paul Gascoigne plutôt que moi dans le groupe initial des trente retenus, je pensais que c’était parce qu’il souhaitait en faire son joueur créateur. Mais quand il a ensuite laissé tomber Gazza, je ne pouvais pas le croire, fulminait-il encore il y a quelques années dans Four Four Two. J’étais encore plus fou que lorsque Glenn ne m’avait pas retenu car je pensais que Gazza était la raison pour laquelle je ne partais pas ! »

Le fantasme français, l’imposture Ali Dia et pari foireux

Dépréciée, mésestimée par l’Angleterre pour son profil de précurseur en décalage avec le kick and rush traditionnel, l’idole de Southampton a longtemps nourri les plus grands fantasmes de l’autre côté de la Manche. En fan revendiqué, Michel Platini, alors sélectionneur des Bleus, s’était enquis de la possibilité de l’attirer sous la bannière tricolore en raison de son nom à consonance français pare l’intermédiaire de son adjoint Gérard Houllier. « Avant qu’il joue avec les Espoirs anglais, je l’avais effectivement contacté au téléphone pour savoir s’il était prêt à jouer pour l’équipe de France, ses grands parents étant d’origine française il me semble, confirme aujourd’hui l‘actuel conseiller extérieur de l’OL. Mais il m’a dit non et qu’il choisirait l’équipe d’Angleterre… » La seule terre où il jouit véritablement d’un crédit et d’une reconnaissance légitimes, ses faits d’armes restant largement moins répandus sur le Vieux Continent. La seule terre, aussi, où il a façonné sa légende au gré d’anecdotes improbables. La plus célèbre, évidemment, fait référence à Aly Dia, considéré comme « le plus grand charlatan du football britannique » selon le Guardian. Le 23 novembre 1996, à l’occasion de la réception de Leeds par So’ton, ce joueur amateur à la carrière anonyme – parvenu à rejoindre le club anglais en se faisant passer pour le cousin de George Weah auprès du manager Graeme Souness – parvient à disputer 53 minutes de jeu après avoir remplacé Le Tissier blessé. Une imposture révélée au grand jour qui a valu les railleries de ce dernier estimant sa prestation « presque comique » digne d’un « sketch hallucinant » et le comparant à un « Bambi sur glace ».

Reste également cette soirée mémorable en stage de pré-saison en Irlande du Nord où « Le Tiz » et certains de ses coéquipiers ont passé la nuit dans une discothèque qui était située juste à côté de la chambre d’hôtel du manager Alan Ball. Réveillé par le DJ qui ne cesse de citer le nom des joueurs de Southampton, le coach anglais part enguirlander ses poulains. Sauf son chouchou, Matt Le Tissier : « Il a envoyé les autres se coucher et m’a soufflé : “Nos joueurs pros donnent un mauvais exemple… mais vu de la façon dont toi tu joues, tu peux faire ce que tu veux !” » Sans oublier, aussi, cette affaire de pari truqué raté dévoilé dans son autobiographie intitulée « Taking Le Tiss », qui tourne en dérision la fameuse formule « Taking the piss » (se foutre du monde en VF). Le 17 avril 1995, les Saints affrontent Wimbledon. L’occasion pour lui, certains joueurs et bookmakers de tester un nouveau pari en prédisant que le ballon va sortir du terrain moins de 75 secondes après le coup d’envoi du match. Sauf que le héros ordinaire, trop honnête, n’est pas allé jusqu’au bout : « Le plan était de mettre la balle hors du jeu et de récolter 56 fois notre mise. C’était de l’argent facile. Comme on était en direct à la télé, je ne voulais pas rendre le ballon trop facilement. J’ai envoyé un ballon au-dessus de la tête de Shipperley mais il n’était pas au courant du pari et a réussi à le reprendre. On aurait pu perdre beaucoup d’argent si cela avait duré plus de 75 secondes avant que le ballon ne sorte. Finalement, le ballon est sorti après 70 secondes, le temps neutre qui nous signifiait qu’on avait ni gagné ni perdu. J’ai eu des visions de mecs qui viennent me briser les rotules, je n’ai jamais essayé de parier de nouveau sur un match après ça… »

Un héritage immaculé

Près de quinze ans après son départ de Southampton, que reste-t-il désormais des arabesques et autres fulgurances de celui qui a été élu en 2012 meilleur joueur de tous les temps dans l’histoire du club britannique ? De succulents souvenirs en premier lieu, mais surtout une singularité et une loyauté indéfectible devenues aujourd’hui une rareté dans le football moderne. « Le Tissier n’est pas né à Southampton, mais il en a fait sa maison et on le considère comme l’un des nôtres, éclaire Nick Illingsworth, membre du fanzine reconnu des Saints “The Ugly Inside”. Pour tout ce qu’il a accompli, c’est notre meilleur ambassadeur et il est l’un des quatre hommes liés aux clubs qui a été honoré par la “Freedom of City” de Southampton qui rend hommage à une personnalité marquante ». Preuve de sa trace laissée, une fois le Dell démoli, des appartements ont été construits et l’une des résidences a été appelée Le Tissier Court. En outre, une des loges les plus luxueuses du nouvel écrin St Mary’s Stadium a reçu le nom du désormais consultant pour Sky Sports.

« Son héritage ne s’est jamais étiolé, il a même grandi au fil du temps, poursuit Nick Illingsworth, toujours aussi émerveillé au moment d’évoquer son idole. Il était une lumière qui brillait à une époque où le club était en difficulté. Il reste tout simplement le joueur le plus aimé que nous ayons jamais eu. Sa légende a été racontée et transmise à ceux qui étaient trop jeunes pour le regarder. Et si le St Mary’s devait un jour être renommé le Matthew Le Tissier Stadium, peu de personnes contesteraient cette décision… » Ce serait même la plus belle déclaration d’amour à leur héros. À leur « God » éternel.