<

Man City : La pelouse, symbole des gains marginaux façon Guardiola

Pep Guardiola
Pep Guardiola Reuters

Sacré avec Manchester City en Premier League, Pep Guardiola a mis deux saisons à conquérir l’Angleterre. Une quête facilitée par la propension du technicien catalan à aller traquer le moindre détail pouvant faire la différence. Jusque dans la taille de la pelouse ou la forme des tables à la cantine.


Ah, les gains marginaux… Rendue célèbre par l’équipe Sky pour expliquer ses succès en pagaille et sa domination sur le peloton, l’expression fait désormais – affaires Bradley Wiggins et Chris Froome obligent – sourire une bonne partie du public britannique, conscient que le vent tourne dans le mauvais sens pour la formation locale victorieuse de cinq des six derniers Tours de France. Mais elle prend tout son sens à la lecture du titre de Manchester City en Premier League, officialisé ce dimanche suite à la défaite surprise du rival local United à domicile contre WBA. Car au-delà du beau jeu pratiqué et de l’attaque le pied à fond sur l’accélérateur, Pep Guardiola est passé maître dans l’art de traquer le moindre détail pouvant faire la différence. La preuve avec… la taille du gazon et une anecdote racontée par le Telegraph ce lundi.

A son arrivée chez les Cityzens, à l’été 2016, le technicien catalan organise très vite une réunion avec les responsables de la pelouse de l’Etihad Stadium et du centre d’entraînement pour une demande très spécifique : une herbe à dix-neuf millimètres de hauteur maximum, comme il en avait pris l’habitude au Barça et au Bayern Munich. Problème ? On explique alors à l’ami Pep qu’il serait préférable d’avoir un gazon un poil plus grand pour mieux s’adapter à la météo souvent fraîche et/ou pluvieuse de Manchester. Intrigué, Guardiola demande des explications pour comprendre pourquoi. Elles le satisferont au point de permettre un compromis à vingt-trois millimètres, certains terrains du centre d’entraînement très utilisés lors des séances pouvant même aller plus haut. Le coach des Cityzens ne lâchera par contre pas sur un point : arroser très fréquemment les pelouses pour favoriser le style de jeu recherché. Ces gains marginaux se retrouvent également dans sa gestion du groupe, à l’image de sa décision d’attribuer à chaque joueur un poids à ne pas dépasser sous peine d’être privé d’entraînement et de se voir contraint à un régime spécial.

Conscient que l’ère Manuel Pellegrini, son devancier sur le banc de City sacré champion avec le club en 2014, avait vu trop de clans se développer dans le vestiaire, Guardiola a vite érigé en priorité la nécessité de créer la meilleure cohésion possible entre ses joueurs. Avec de nombreux leviers pour enclencher le rapprochement : wifi coupé dans certaines parties du centre d’entraînement pour favoriser les échanges, sorties communes plus régulières à l’image de la séance ciné à Manchester pour voir le film La La Land le jour de son anniversaire, utilisation systématique de l’anglais par tous les membres du club, vestiaire devenu circulaire pour mieux partager, repas d’après-match entre joueurs obligatoires tout comme les déjeuners à la cantine – où il a fait enlever les petites tables circulaires pour de grandes tablées qui permettent de limiter la formation de clans – les jours d’entraînement. Une source explique également au Telegraph que son management est devenu plus humain alors qu’on l’avait accusé d’être un peu trop détaché de son groupe au Bayern : « Il a une bonne relation personnelle avec les joueurs, qui se ressent dans l’atmosphère collective de l’équipe. C’est sur ce point qu’il a progressé le plus. »

Bref, celui qui insiste pour que tous les membres de son staff soient sur la photo chaque fois qu’il reçoit un trophée de « manager du mois » a tout prévu ou presque. Logique quand on sait qu’il questionnait déjà les joueurs ayant évolué en Angleterre sur la possibilité que ses idées s’adaptent en Premier League… quand il entraînait Barcelone. Ces gains marginaux, Guardiola les applique également dans ses séances, à l’image d’un John Stones qu’il a fini de convaincre de sa capacité à être plus joueur depuis son poste de défenseur central. Il trouve Raheem Sterling pas assez efficace lors de leur première saison ensemble ? Il lui fait multiplier les exercices sur le positionnement avec l'aide de son assistant Mikel Arteta. Résultat, toujours autant de passes décisives en championnat (onze) mais… déjà dix buts de plus (dix-sept contre sept). Pas mal. Même si cela reste loin d’être aussi impressionnant que les progrès de Froome entre 2011 et 2012. Difficile de concurrencer les rois des gains marginaux même quand on s’appelle Guardiola.