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Le plan de Mourinho, Heung-min Son, Everton et Guardiola : le débrief tactique de la 30e journée

Mourinho
Mourinho Reuters

Comment être en contrôle quand on n’a pas le ballon ? Comment ne pas se ressentir de la blessure de son meilleur buteur ? Comment battre un record de centres ? Comment défendre quand on est ailier sous Mourinho ? Que lire sur la tactique ? Le debrief tactique du week-end de Premier League.

The Results

Man Utd (4-2-3-1) 2-1 Liverpool

Everton (4-3-3) 2-0 Brighton

Huddersfield (4-2-3-1) 0-0 Swansea (3-4-2-1)

Newcastle (4-4-2) 3-0 Southampton (4-2-3-1)

West Brom (4-3-3) 1-4 Leicester (4-4-2)

West Ham (3-4-2-1) 0-3 Burnley (4-4-2)

Chelsea (3-4-2-1) 2-1 Crystal Palace (4-4-2)

Arsenal (4-2-3-1) 3-0 Watford (4-4-2)

Bournemouth (4-4-2) 1-4 Tottenham (4-2-3-1)

Stoke (4-3-3) 0-2 Man City (4-3-3)

The Column : Le plan de José Mourinho

En une phrase, après la victoire arrachée face à Liverpool (2-1), José Mourinho a résumé sa pensée, celle qui le place au cœur de débats philosophiques incessants. « On peut être en contrôle quand on n'a pas le ballon et en difficulté quand on a le ballon. » L’opposition programmatique avec Pep Guardiola est totale. Dans son décryptage du passage madrilène de l’entraîneur portugais (Prepárense para perder, La Era Mourinho 2010-2013), le journaliste espagnol Diego Torres avait ainsi édicté les sept règles de l’entraîneur portugais :

1. Le match est remporté par l’équipe qui commet le moins d’erreurs

2. Le football favorise celui qui provoque l’erreur chez l’adversaire

3. À l’extérieur, au lieu d’essayer d’être meilleur que l’adversaire, il vaut mieux encourager leurs erreurs

4. Celui qui possède la balle a plus de chances de commettre une erreur

5. Celui qui renonce à la possession réduit donc ses chances de commettre une erreur

6. Celui qui a le ballon a peur

7. Celui qui ne l’a pas est de ce fait plus fort.

Face aux Reds, Manchester United n’a eu que 32% de possession mais a récité une partition défensive quasi parfaite. À l’inverse, Liverpool s’est fait surprendre sur des erreurs défensives basiques et deux phases de jeu similaire. Sur le premier but, le latéral droit Trent Alexander-Arnold n’a pas fermé l’axe pour couvrir son défenseur central Dejan Lovren, sorti au duel sur Romelu Lukaku, Marcus Rashford a anticipé la déviation de l’attaquant belge et pris la profondeur par l’intérieur ; sur le second, Virgil van Dijk et Alexander-Arnold ont de nouveau failli à cette tâche de compensation, Juan Mata pouvant s’engouffrer plein centre avant que le ballon ne revienne sur Rashford avec réussite. 

Exploitation des faiblesses de l’adversaire, et neutralisation de ses forces : un bloc bas privant Mohamed Salah (un seul tir) et Sadio Mané de profondeur ; une densité axiale empêchant des Reds entêtés (39% d’attaques au centre) de combiner ; des ailiers disciplinés défensivement pour maîtriser les montées d’Alexander-Arnold et Andrew Robertson, formant parfois une ligne de six au niveau de la surface. David De Gea n’a eu que deux arrêts à effectuer, aucun après la 31e minute. La validation de la préparation minutieuse de José Mourinho, qui n’a pas son pareil pour faire déjouer un rival. « On prépare mieux un match quand on est conscient de nos propres faiblesses, enseignait-il en septembre 2017. Je dis à mes joueurs que pour moi, ce qui est beau, c’est de ne pas donner à nos adversaires ce qu’ils veulent. » Pour autant, ce contrôle défensif vanté par José Mourinho peut voler en éclat sur la moindre défaillance individuelle, comme le dégagement cafouillé de Bailly dans son propre but.

Au bord du terrain, on a vu José griffonner ses pensées sur un petit carnet, insistant notamment sur les deuxièmes ballons et la profondeur pour Rashford et Alexis Sanchez. Dans son élément. “Pendant un match, je ne ressens pas de stress, je me régale, confiait-il à Sport & Style en novembre dernier. J’aime tous les instants. Évidemment, je préfère quand je gagne 5-0 mais j’adore me retrouver dans une situation difficile, compliquée. Ça m’excite. Je pense d’ailleurs que je suis devenu entraîneur pour ça, pour vivre ces moments incroyables pendant un match. J’adore ça. »

Et après le coup de sifflet final, ses déclarations résonnaient comme en écho à celles qu’il avait lancées huit ans plus tôt, après son coup de maître à dix contre onze au Camp Nou avec l’Inter : “Ils peuvent garder le ballon. On va en finale.” Même si cette fois, ce n’était que pour la deuxième place de Premier League.

The Blackboards : Bournemouth - Tottenham

En déplacement dans le sud de l’Angleterre pour piquer la troisième place à Liverpool, Tottenham a débuté le match dans son système habituel ces dernières semaines : un 4-2-3-1 avec le trio Eriksen-Alli-Son en soutien d’Harry Kane.

Mais la blessure à la cheville droite (comme la saison dernière) de Kane, peu après la demi-heure de jeu, a conduit Mauricio Pochettino à réorganiser son équipe, bousculée qui plus est par l’intensité mise par Bournemouth. Erik Lamela est entré, plutôt que Fernando Llorente, et les Spurs sont passés dans un 4-3-3 avec l’Argentin et Alli en soutien rapproché de Son, replacé en pointe. Un cran plus bas, Eriksen est devenu milieu relayeur et Wanyama sentinelle de l’entrejeu, afin de fluidifier la circulation du ballon. Quand, dans le 4-2-3-1, la largeur offensive était apportée par Serge Aurier, le latéral droit, et Heung-min Son, l’ailier gauche, elle l’était cette fois exclusivement par les deux latéraux, positionnés très hauts.

Pratiquement dans la foulée de ces ajustements, Alli, dans sa position intermédiaire axe gauche, a égalisé sur un centre d’Aurier, tandis que Son a ajouté un doublé, d’abord en renard après une séquence de quinze passes puis dans la profondeur, comme pour mieux souligner les ressources à la disposition des Londoniens sans leur meilleur buteur.

The passmap : Les 53 centres d’Huddersfield contre Swansea

Réduit à dix dès la onzième minute de son déplacement à Huddersfield, après l’expulsion de Jordan Ayew, Swansea n’a fait que défendre, ne tirant pas une seule fois au but (une première cette saison en Premier League). Dès lors, Huddersfield, assez limité sur le plan de la créativité, s’en est remis à des centres. Beaucoup de centres. Cinquante-trois dans le jeu au total, là aussi un record cette saison, dont douze ont tout de même trouvé preneur (en jaune), sans qu’aucun ne finisse toutefois au fond. Le plus prolifique : le défenseur droit Florent Hadergjonaj, dix-neuf centres dont sept réussis.

The Goal : Cenk Tosun (Everton)

Sous Sam Allardyce, Everton brille rarement par la qualité de son jeu de passes. Mais cette fois, les Toffees ont marqué suite à une belle action collective, patiente, avec une première tentative côté droit, un renversement à gauche, et l’accélération impulsée par Leighton Baines, de retour de blessure. À la finition de cette séquence de dix-huit passes, le Turc Cenk Tosun, auteur de son deuxième but de la saison d’une belle frappe barre rentrante.

The Heatmap : Juan Mata (Manchester United)

On l’a évoqué dans The Column, José Mourinho insiste sur la discipline de ses ailiers en phase défensive. Ceux-ci sont chargés de suivre les montées des latéraux adverses, quitte à se retrouver sur la même ligne que les quatre défenseurs mancuniens. Samedi, à Old Trafford, Juan Mata a ainsi touché treize de ses trente-trois ballons en position d’arrière-droit.

The Tacticall : les trois dimensions d’Heung-min Son

En l’absence d’Harry Kane sur blessure, l’importance d’Heung-min Son pour les Spurs sera renforcée. Le jeu du deuxième meilleur buteur de Tottenham cette saison est un détonant mélange de profondeur, de dribble et de finition précise. Décryptage de ces trois facettes de son jeu en palettes.

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The Quotes : Pep Guardiola

Si notre entretien exclusif avec l’entraîneur de Manchester City ne vous a pas suffi, en voici un autre, de vingt minutes, accordé à la chaîne d’Amérique latine DirecTV, pour laquelle il sera consultant à l’occasion de la Coupe du monde en Russie. Morceaux choisis.

« Chaque passe doit avoir une intention, pour déplacer une structure défensive, pour l’attaquer quand cela te convient. Faire bouger cette structure et dire : ‘Je te déplace là pour t’attaquer à un autre endroit.’ Cela arrive en basket, en handball, dans tous les sports collectifs. On bouge le ballon pour déplacer l’adversaire. Quand on est arrêté, le mécanisme de contrôle défensif est facile. C’est pour ça qu’il faut toujours s’entraîner avec le ballon, parce que c’est ce qui donne du poids au jeu. »

« Plus on a de décisions à prendre, plus les prises de décision s’améliorent. Les joueurs moins bons, il faut les entraîner dans des espaces plus grands, et il faut entraîner les meilleurs joueurs dans des espaces réduits pour qu’ils aient moins de temps pour penser et prendre les décisions justes. »

« On joue un jeu d’attaque parce que c’est proactif ; parce que ça donne du courage à un joueur qui se sent protagoniste de quelque chose, il ne dépend pas des autres ; le joueur veut courir et défendre pour revenir à cet aspect, pour récupérer le ballon et jouer, jouer, jouer encore. Quand le ballon bouge rapidement, une équipe qui joue rapidement, comme Naples notamment, c’est parce qu’elle joue simple. Personne ne se retourne, tout le monde joue par rapport à ce qu’il voit. Cela génère une multitude de passes et l’occasion apparaît sans même le vouloir. »

« C’est le grand défi : réussir que tous ceux qui jouent t’aiment et comprennent tes décisions, mais je crois que c’est impossible. Je les comprends, j’ai été joueur. Un jour, on préfère attaquer avec un latéral plus offensif que d’autres fois… Et eux, même si tu essaies, ne le comprennent pas. Mais d’un autre côté, c’est pareil : ce sont des joueurs d’un certain niveau, et ils sont là pour jouer. Et toi, tu décides qu’ils ne jouent pas. Comment les convaincre ? C’est impossible. C’est pour ça que je pense que les équipes championnes sont celles qui ont des bons remplaçants sur le plan humain. »

« On n’a plus la capacité de concentration qu’on avait avant. Avant, je regardais trois ou quatre matchs de l’adversaire, maintenant je ne le fais plus. J’en vois moins, et demi-heure par demi-heure. Mais j’ai aussi appris que c’était bien : j’arrive plus frais pour les joueurs, je suis meilleur avec moi-même. Avant, je me disais que je devais les regarder sinon quelque chose m’échapperait. On mûrit. »

On the web

Passionnant entretien avec Eric Dier, dans lequel le milieu de Tottenham aborde, dans le désordre : la philosophie de Pochettino, la machine de travail qu’est Harry Kane, son pote Dele Alli, le génial Dembélé, le milieu à l’anglaise, les discussions de footballeurs et l’histoire folle de son grand-père (The Times).

Analyse tactique du revers de Tottenham face à la Juventus (1-2) en huitième de finale retour de Ligue des champions (Spielverlagerung).

Entretien avec Callum Wilson, l’attaquant de Bournemouth, qui revient notamment sur son passage formateur en prêt dans les divisions inférieures (Daily Mail).

Manchester United concède plus d’occasions sur corner que Chelsea. Analyse statistique et visuelle du pourquoi (Different Game). 

L’affrontement entre José Mourinho et Jürgen Klopp ce week-end a débouché sur de nombreuses réflexions sur la place de l’esthétisme dans le football (The Guardian).

Analyse tactique de ce Manchester United-Liverpool (Spielverlagerung).