L’art de la passe de De Bruyne, Tottenham-Arsenal, Mounié, Sanchez : le bilan tactique de la J27

Kevin De Bruyne
Kevin De Bruyne Reuters

Une fois de plus, Kevin De Bruyne a impressionné par sa qualité de passe. Pendant ce temps, Tottenham a dominé Arsenal, Manchester United a (encore) buté sur un bloc regroupé, Brighton a prouvé que les promus aussi envoient du jeu en PL… Tour d’horizon tactique du week-end de PL.

The Results

Tottenham (4-2-3-1) 1-0 Arsenal (4-3-3)

West Ham (3-4-2-1) 2-0 Watford (3-4-2-1)

Swansea (3-4-2-1) 1-0 Burnley (4-4-2)

Stoke (4-3-3) 1-1 Brighton (4-4-2)

Everton (4-3-3) 3-1 Crystal Palace (4-4-2)

Man City (4-3-3) 5-1 Leicester (5-3-2)

Huddersfield (4-2-3-1) 4-1 Bournemouth (3-4-2-1)

Newcastle (4-4-2) 1-0 Man Utd (4-2-3-1)

Southampton (4-2-3-1) 0-2 Liverpool (4-3-3)

Chelsea (3-4-2-1) 3-0 WBA (5-3-2)

The Column : Kevin De Bruyne, maître passeur

Dans le jardin de la maison familiale à Tronchiennes, Kevin De Bruyne se rêvait en Michael Owen, son idole. À en croire le Belge, sa passion dévorante pour le ballon rond a laissé des stigmates irréparables. « Le jardin est foutu, c’est fini, il est cassé chez mes parents », nous confiait-il dans un sourire en août dernier. Les dégâts ne s’arrêtaient pas à la pelouse et auraient même poussé un voisin à lui demander de ne jouer qu’avec son pied gauche et un ballon en plastique. Cela a donné, une vingtaine d’années plus tard, des buts somptueux que le Belge a inscrit de son mauvais pied contre Arsenal, Chelsea ou Leicester cette saison.

Mais c’est dans un autre exercice, et dans un registre bien différent de celui du Ballon d’Or 2001, que De Bruyne domine la Premier League : la passe. « Il choisit toujours la bonne passe dans le bon tempo, admirait Pep Guardiola il y a quatre mois. Quand il a le ballon, les ailiers et les attaquants savent se déplacer parce que le ballon va leur arriver. » Quelques minutes plus tôt, son milieu offensif venait de livrer un récital face à Stoke (7-2). Ce week-end, il a remis ça, contre le Leicester de Claude Puel, avec trois passes décisives.

La première est l’une de ses spécialités : un centre brossé, tendu, à mi-hauteur, entre les défenseurs et le gardien. Impossible pour les premiers d’intervenir sans risquer de marquer contre son camp, impossible pour le second de sortir. La deuxième a surpris tout le monde : excentré côté gauche, le Belge a orienté son corps de côté pour centrer intérieur du pied droit, ras de terre pour Agüero, là où d’autres se seraient contenté d’un centre classique pied gauche. La dernière était plus simple mais propre, pour envoyer l’Argentin sur la route de son quadruplé. De Bruyne en est à quatorze offrandes cette saison, à six unités du record absolu de Premier League détenu par Thierry Henry (vingt passes décisives en 2003). Il lui reste onze matches pour le battre.

Quand on lui avait demandé, l’été dernier, de nous dévoiler le secret de sa qualité de passe, l’ancien joueur de Wolfsbourg peinait à répondre concrètement. « Je pense que c’était toujours dans ma tête quand j’étais jeune jusqu’à maintenant, c’est mon jeu. Je pense que cela ne va jamais changer. Parfois, quand tu joues à ce niveau, la vitesse est tellement rapide, tu ne peux pas expliquer ce qu’il se passe dans ta tête. Tu dois faire des choix en deux secondes, et même choisir la meilleure passe, comment je dois passer, droite ou gauche, fort ou pas fort. » C’est en lui, tout simplement. Et ce don, couplé à une vision du jeu hors norme, s’épanouit magnifiquement sous les préceptes affirmés de Pep Guardiola.

De Bruyne est tellement complet qu’il a fini le match contre Leicester en sentinelle, pour faire souffler Fernandinho. Il est le deuxième Cityzen en nombre de tacles (47) cette saison en Premier League. « Il est un bon exemple pour les jeunes joueurs, pour les joueurs de l’académie, s’exclamait Pep Guardiola mi-décembre après une nouvelle démonstration contre Tottenham. Ils savent à quel point il est bien et quand ils le voient courir et se battre pour le ballon, c’est le meilleur exemple possible. Il nous aide à être un meilleur club pour le futur. » Un homme à tout faire. Le milieu universel ultime.

The Blackboard : Tottenham-Arsenal

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Le derby de Londres a d’abord vu Tottenham et Arsenal se neutraliser : les Spurs avaient le ballon mais peinaient à franchir le 4-5-1 d’Arsenal très compact, notamment dans l’axe, zone privilégiée des combinaisons rapides entre Eriksen, Alli et Kane. De leur côté, les Gunners n’ont pas su exploiter leurs quelques opportunités de contre en première période, par mauvais choix et déchet technique. En seconde période, Tottenham est monté en intensité, et le but est venu sur un décalage côté gauche avec un centre gagnant de Davies pour la tête de Kane.


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Arsène Wenger a alors fait entrer Alexandre Lacazette, décalant Pierre-Emerick Aubameyang côté gauche. C’est avec ce duo aligné ensemble qu’Arsenal a mis Tottenham sous pression. L’ancien Lyonnais a eu deux balles d’égalisation, et si ses ratés illustrent une confiance en berne, le contenu dans le jeu est peut-être annonciateur d’une association durable avec le Gabonais.

The Passmap : Liverpool

Positions moyennes des joueurs de Liverpool et circuits de passes les plus fréquents (plus le trait est épais, plus les passes entre deux joueurs étaient nombreuses), dans le match contre Southampton.

Où l’on observe la position bien plus avancée de Mohamed Salah (n°11) par rapport à Sadio Mané (n°19), amené à bien plus défendre que son compère égyptien. Salah est l’option privilégiée des Reds sur attaque rapide. À ses côtés, Roberto Firmino (n°9) décroche, ce qui ouvre de l’espace pour les deux ailiers, qu’il peut alimenter grâce à sa qualité de remises, comme sur le deuxième but avec une talonnade pour Salah.


The Goal : José Izquierdo (Brighton)

Brighton est le promu qui propose la meilleure qualité de jeu depuis le début de la saison. Même s’ils peinent parfois à faire des différences dans les trente derniers mètres adverses, les hommes de Chris Hughton ont toujours le souci de construire proprement au sol, sans balancer. Leur ouverture du score à Stoke (1-1) est un modèle du genre, avec une séquence de onze passes et un double une-deux avant la conclusion pleine de sang-froid de José Izquierdo.

The Touchmap : Steve Mounié (Huddersfield)

L’ancien attaquant de Montpellier a été un grand artisan de la victoire d’Huddersfield face à Bournemouth (4-1), un succès crucial pour des Terriers relégables au coup d’envoi. Titulaire en pointe en l’absence de Laurent Depoitre, il a été très utile dans un rôle de pivot, offrant un recours à son équipe pour du jeu long. Dans les airs, Mounié a remporté onze de ses seize duels disputés, avec un but sur un coup franc de Mooy à la clé. Au sol, il a délivré une passe décisive parfaite pour Pritchard après un appel intelligent vers l’extérieur. Il a même pensé inscrire un doublé sur un nouveau centre en retrait de Mooy, mais sa reprise semblait non cadrée avant la légère déviation de Steve Cook, finalement crédité d’un but contre son camp. Un match plein néanmoins pour le Béninois.

The Tacticall : les vertus de la compacité de Man City

Dans l’entretien exclusif qu’il nous a accordé il y a dix jours, Pep Guardiola a énormément insisté sur un point clé de son approche tactique : la proximité entre ses joueurs sur le terrain. Ces distances courtes, cette compacité, a des répercussions sur le plan offensif, pour des combinaisons courtes, mais aussi pour presser efficacement à la perte du ballon. Décryptage en palettes.

The Quotes : Alexis Sanchez

« En tant que joueur rapide, je veux recevoir le ballon face au but adverse, ce qui me donne une meilleure vision. Si le ballon met du temps à arriver, je sais que le recevrai dos au but. Si c’est le cas, c’est mieux pour le défenseur parce qu’il peut me donner un coup et c’est très dur pour moi. » Alexis Sanchez dans une interview avec Thierry Henry pour Sky Sports.

On The Web

Parce qu’il sensibilise les jeunes aux aspects tactiques du foot, le jeu vidéo FIFA contribuera-t-il à créer une génération de joueurs plus intelligents dans le monde réel ? (The Guardian)

Encore excellent face à Arsenal, Mousa Dembélé est en train de devenir le milieu ultime dans le football moderne (The Guardian

Grâce à son succès ce week-end avec Newcastle, Rafa Benitez est, après Pep Guardiola, l’entraîneur qui a le plus battu José Mourinho (six fois). Par le passé, les deux entraîneurs s’étaient souvent accrochés par médias interposés. Compilation des meilleures petites phrases (Sky Sports)

Entretien avec Giorgio Chiellini sur Antonio Conte, qui l’a entraîné à la Juve, et l’impact à distance de Pep Guardiola sur le football italien (Daily Mail)

Gros dossier pour tout comprendre de Jürgen Klopp : sa personnalité, ses principes (Goal.com)