La résurrection des dinosaures

De gauche à droite : Sam Allardyce, Alan Pardew, David Moyes et Roy Hodgson
De gauche à droite : Sam Allardyce, Alan Pardew, David Moyes et Roy Hodgson AFP

Si les bancs de Premier League se sont rajeunis et internationalisés ces dernières années, ils ont vu resurgir quatre vieilles connaissances ces dernières semaines : Sam Allardyce, Roy Hodgson, David Moyes et Alan Pardew. Une sorte de revanche pour ces vieux dinosaures mais aussi un frein à l’apparition de nouveaux techniciens britanniques.

Sam Allardyce n’a pas résisté longtemps à l’appel du banc qu’il avait promis de délaisser l’été dernier pour justifier son départ de Crystal Palace. A 63 ans, « Big Sam » a relevé le défi d’Everton après le départ de Ronald Koeman. Il s’assoit sur l’un des bancs les plus ambitieux de l’actuelle Premier League. Le genre derrière lequel il a couru pendant longtemps. Il n’a pas tardé à marquer son terrain comme un coq dans la basse-cour où il ne se reconnait plus tellement. Il a ainsi refusé d’être comparé à Marco Silva qui a échoué, lui, dans sa mission-maintien avec Hull City l’année dernière. Une charge loin d’être anodine envers l’un de ces représentants de la jeune garde étrangère de Premier League qui l’agace grandement.

« Les entraîneurs anglais font partie de la deuxième classe »

 « Les entraîneurs anglais sont presque considérés comme faisant partie de la deuxième classe, a-t-il récemment commenté sur beIN Sports. C’est notre pays aujourd’hui. C’est une honte que nous ayons des entraineurs très bien éduqués qui n’ont nulle part pour aller. La Premier League est un championnat étranger en Angleterre aujourd’hui. Il suffit de regarder les propriétaires, les managers et les joueurs. »

Le nombre de clubs de Premier League entrainés par les managers actuels

1 : Arsène Wenger, Eddie Howe, Sean Dyche (mais 2 clubs anglais toutes divisions confondues), Antonio Conte, David Wagner, Jürgen Klopp, Pep Guardiola, Mauricio Pellegrino, Paul Clement

2 : Claude Puel, José Mourinho, Marco Silva, Mauricio Pochettino

3 : Rafael Benitez

4 : David Moyes (5), Roy Hodgson (5), Chris Hughton (5)

5 : Alan Pardew (7), Mark Hughes

7 : Sam Allardyce (10)

Depuis quelques semaines pourtant, les « vieux grognards » britanniques ont retrouvé une certaine cote sur le marché. Avant « Big Sam », Roy Hodgson s’est installé sur le banc de Crystal Palace en remplacement de Frank De Boer. Alan Pardew (56 ans) a, lui, pris la place d’un autre dinosaure du foot anglais, Tony Pulis (59 ans), à West Bromwich Albion. Viré de Leicester, Craig Shakespeare a vite rebondi dans le staff… d’Allardyce. David Moyes (54 ans), qui n’a pourtant rien prouvé depuis son règne à Everton, s’est engagé avec West Ham. L’entre-soi des vieilles figures se porte bien en Premier League et chasse même les nouvelles têtes de la corporation (De Boer, Bilic…). Et tant qu’ils seront sur le marché, la porte ne sera jamais vraiment fermée.

Comolli : « C’est sûrement le pays en Europe qui donne le moins sa chance aux jeunes entraîneurs »

« Ces entraîneurs, c’est temporaire qu’ils soient sur la touche, analyse Damien Comolli, ancien dirigeant d’Arsenal et de Liverpool et consultant pour SFR Sport. La preuve, c’est qu’ils sont revenus. C’est cyclique. Si on élargit le débat, c’est dommage qu’il n’y ait pas plus de jeunes entraîneurs britanniques à qui on donnerait leur chance. Ce n’est pas qu’en Premier League. Si vous prenez les statistiques sur les quatre divisions professionnelles, l’âge moyen des entraîneurs britanniques est très élevé et c’est sûrement le pays en Europe qui donne le moins sa chance aux jeunes entraîneurs. »

« Ça fait peur aux dirigeants »

S’il se plaint d’un côté de l’internationalisation de son championnat, Allardyce participe d’un autre côté à bloquer le renouvellement. A sa décharge, il n’était pas le premier choix d’Everton qui courtisait plutôt… Marco Silva (Watford) ou Sean Dyche (Burnley), sous contrat avec leurs clubs respectifs. « Si Sean Dyche s’était retrouvé sur le marché, Everton l’aurait recruté », assure Comolli. Lui avait l’avantage d’être libre. Et respecté sur le marché. « L’impact financier d’une relégation ou d’une mauvaise saison est tellement important que ça fait peur aux dirigeants, poursuit Comolli. Quand ils sont en difficulté, ils vont vers "un nom" plutôt que de prendre un risque vers une personne moins expérimentée ou plus jeune. C’est dommage. »

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Les profils des quatre revenants ne sont pourtant pas un gage de succès puisqu’ils cumulent 20 expériences en Premier League pour… zéro titre. Moyes et Pardew ont même connu la relégation. S’ils n’ont pas tous eu la possibilité d’entraîner de gros clubs, ces CV illustrent aussi un décalage avec les approches de la nouvelle vague davantage perçues avec scepticisme que comme un vent de fraicheur et de nouveauté auprès de ces derniers adeptes, par exemple, du traditionnel 4-4-2 et des centres. Mais qui joueront davantage sur la corde psychologique pour sauver le club d’une situation périlleuse. Leurs profils les présentent finalement davantage comme des techniciens du court terme et donc des seconds couteaux. 

Ce décalage tactique anachronique pousse finalement les clubs vers d’autres tentations sur le long terme. « Ce n’est pas la question de savoir si les entraîneurs britanniques sont écartés, élargit Comolli. Les clubs ont un pouvoir financier et sportif tel qu’ils peuvent attirer les meilleurs joueurs et entraîneurs de la planète. Seulement 30% des joueurs qui démarrent une journée de Premier League sont sélectionnables en équipe d’Angleterre. Ça se retrouve aussi sur le banc. »

La faute à la frilosité des dirigeants mais aussi à un manque de flexibilité des clubs, pointés du doigt par Comolli. « Les règles sont tellement restrictives pour un club concernant le droit d’approcher un employé d’un autre club, qu’en fait, ça empêche la fluidité du marché du travail à travers les divisions, détaille l’ancien directeur sportif de Saint-Etienne. Les clubs n’osent pas s’approcher entre eux. »

Howe : « Le moyen le plus sûr d’évoluer en Premier League est d’être promu »

Les places sont donc très chères dans le championnat aux plus grosses retombées économiques du monde. A moins de démarrer en bas de l’échelle comme l’a fait Eddie Howe à Bournemouth. « Je ne suis pas fier du fait qu’il y ait si peu d’entraîneurs anglais, j’aimerais qu’il y en ait plus, il devrait y en avoir plus, estime ce dernier dans Sky Sports. Mais c’est un championnat très dur, le meilleur, et le meilleur signifie que vous devez recruter les meilleurs de l’extérieur. C’est à nous de faire mieux mais les opportunités deviennent de plus en plus rares pour les entraîneurs anglais et je pense que le moyen le plus sûr d’évoluer en Premier League est d’être promu. »

Tout en faisant évoluer certains principes de jeu comme il le fait avec les Cherries. C’est d’ailleurs l’une des ambitions de Gareth Southgate, sélectionneur de l’Angleterre. Ce dernier se veut ambitieux et calque certains aspects tactiques sur les nouveautés de la Premier League comme la défense à 3 avec deux latéraux démocratisée par Antonio Conte avec Chelsea la saison dernière. En lui confiant les rênes des Three Lions, en remplacement de… Sam Allardyce (viré après avoir été piégé le doigt dans le pot de la corruption), la Fédération anglaise a finalement pris le pari de la jeunesse, après avoir privilégié celui de la vieille garde et de l’entresoi (Big Sam avait succédé à Hodgson). C’est finalement elle qui montre l’exemple à suivre.