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Avant Leeds, Bielsa faisait déjà des petits en Angleterre

Panoramic

Très proche de s’engager avec Leeds en Championship, Marcelo Bielsa devrait connaître sa première expérience en Angleterre. Ses principes de jeu et ses disciples sont pourtant déjà bien ancrés en Premier League, où son ombre plane finalement depuis quelques années à travers Pep Guardiola et Mauricio Pochettino... et bientôt Unai Emery. Sans oublier les bénéfices de ses idées, prodiguées par ses disciples, sur l'équipe nationale.

C’est une petite révolution qui s’annonce en Angleterre : après l’Argentine évidemment, le Mexique, l’Espagne, le Chili et la France, Marcelo Bielsa va poser le pied sur le sol britannique. Sur le point de s’engager avec Leeds (la signature serait attendue dans les prochaines heures selon le Daily Telegraph), El Loco connaîtrait alors sa première expérience outre-Manche. Mais c’est un peu comme s’il y avait toujours évolué.

L’esprit de Marcelo Bielsa plane depuis déjà plusieurs années sur une élite anglaise qui poursuit une petite révolution de jeu. Il suffit de penser au champion d’Angleterre et son Manchester City record, un certain Pep Guardiola, disciple assumé de l’Argentin. « Pep Guardiola est, selon moi, le génie de la dernière décennie, estimait Marcelo Bielsa il y a quelques jours, lors d’une conférence en Uruguay. Parce qu'il a créé un système d'une beauté inégalée. Et qu’a fait le monde du football ? Au lieu de copier Pep, ils se sont dit : 'comment l'annuler ?' » Un modèle, en partie inspiré de ses principes. 

"Il a donné de la dignité à notre profession"

« Je suis un grand fan de Marcelo Bielsa, expliquait Pep Guardiola en décembre 2016, dans un entretien accordé à SFR Sport. Il a donné de la dignité à notre profession. C’est une personne qui respecte ses pairs, qui reste fidèle à la façon dont il veut jouer. Il a une admiration envers les joueurs qu’il a. Il les connaît. Il sait absolument tout du football. Il mérite d’être dans le monde du football chaque saison, chaque instant. Il est honnête et droit. Il est fort avec les gens forts et un bon gars avec les gens faibles. Je l’admire beaucoup, c’est l’une de mes idoles en tant qu’entraîneur. »

Le Catalan avait rencontré Marcelo Bielsa pour la première fois en octobre 2006, en Argentine, pour perfectionner sa connaissance du jeu et bien sûr anticiper sa future brillante carrière d’entraîneur. Autour d’un barbecue, les deux hommes discutent durant 11 heures… « Pourquoi, alors que tu connais si bien le milieu du football et le niveau de malhonnêteté que certains du milieu peuvent avoir, veux-tu quand même y retourner et, en plus, entraîner ? Tu aimes à ce point le sang ? », avait notamment demandé l’Argentin, comme le racontait le cinéaste et ami des deux hommes David Trueba dans El Pais en 2010. « J’ai besoin de ce sang », avait répliqué le futur grand bonhomme du Barça.  

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Jeu offensif, travail en bloc, passes courtes, latéraux primordiaux… les principes de Marcelo Bielsa ont imbibé les schémas de PepGuardiola, au Barça, au Bayern et donc à Manchester City. Avec bien sûr une adaptation aux joueurs et au championnat. « Pour moi, c'est le meilleur coach du monde, assurait le Catalan l’an dernier. Parce qu'il a fait progresser tous les joueurs qu'il a eus sous ses ordres. C'est quelqu'un qui m'a beaucoup aidé, qui me donne des bons conseils à chaque fois que j'ai l'occasion de lui parler. Quand on parle des entraîneurs, on se concentre souvent sur leur palmarès, alors que ce qui est important, c'est leur influence... » Oubliez donc les railleries sur le palmarès vierge de l’idole.

Pochettino, le "Bielsa modéré"

Autre fan de Marcelo Bielsa qui connaît de belles heures en Premier League : Mauricio Pochettino. Certains voient en l’entraîneur de Tottenham une sorte de « Bielsa modéré », capable de davantage d’adaptation et qui pourra, à ce titre, faire évoluer plus facilement ses principes en fonctions du groupe à sa disposition. Reste un jeu collectif bien huilé, un travail en bloc là encore avec des joueurs offensifs très impliqués dans le travail défensif, une prime à l’effort et une volonté de beau jeu, de spectacle. Ce pressing haut, cette importance des couloirs et des latéraux qui montent, cette volonté de ne pas dégager correctement, le manager des Spurs les aura appris sous les ordres de son modèle.

Mauricio Pochettino avait évolué sous la direction d’El Loco chez les Newell’s Old Boys – où Marcelo Bielsa est presque un dieu vivant – puis à l’Espanyol Barcelone et en sélection. « J’aime Marcelo Bielsa, il est comme mon père, confiait-il d’ailleurs sur SFR Sport en août 2017. Mon affection et mon amour pour lui sont sans faille. Ce n’est pas mon mentor. Il a été, lorsque j’ai décidé d’être manager, l’un des entraîneurs qui m’ont inspiré. » 

En septembre 2016, il se souvenait d’une séance avec son ancien coach à Barcelone. Ce dernier lui avait demandé d’évaluer sa prestation. « Dans ma tête, je valais un 9 ou un 10 mais je suis resté humble et je lui ai répondu 7 ou 8, expliquait-il. Il m’a répondu : "tu as joué comme une m…". Je me suis décomposé. Il a continué : "à cause de ça, ça, et ça". Et il m’a montré pourquoi en ajoutant : "si tu joues comme ça, alors tu nous pourras plus jouer pour moi, ni pour l’équipe nationale''. C’était dur pour moi. En rentrant chez moi, je pleurais, mais, j’ai reconnu que c’était vrai. J’avais été nul. Je me suis amélioré, j’ai joué pour l’Argentine à la Coupe du monde puis j’ai reçu une grosse offre du PSG. Quand je croyais être une star pour les médias ou les fans, cette grosse arrivée n’est jamais arrivée. » Salvateur, reconnaîtra-t-il lui-même à propos de cette conversation qui l’a sorti de sa bulle. Deux enfants de Marcelo Bielsa, qu'ils pourraient bien croiser en FA Cup (oh que ce serait savoureux) et dont les bénéfices se font sentir jusque sur... les Three Lions.

Des bénéfices sur... l'équipe nationale

Pour mieux le comprendre, il faut lire les mots de Liam Rosenior. Ce footballeur anglais, qui évoluait depuis trois ans à Brighton (qui a décidé le mois dernier de ne pas prolonger son contrat qui se terminer fin juin), tient une chronique pour le Guardian. En novembre dernier, il titrait l’un de ses papiers : « Le football anglais est en progression – Nous devons être reconnaissants envers Marcelo Bielsa ». Avant de résumer son angle : « La philosophie de ‘‘El Loco’’ a influencé Pep Guardiola et Mauricio Pochettino et le football anglais tire des bénéfices de leur coaching. » En façonnant chacun des membres de la nouvelle génération anglaise, Harry Kane, Dele Alli, Kieran Trippier, Harry Winks ou encore Eric Dier pour l’Argentin à Tottenham (sans oublier son travail avec les Adam Lallana, Nathaniel Clyne et Luke Shaw à Southampton), Raheem Sterling, Kyle Walker, John Stones ou la pépite Phil Foden pour le Catalan à Manchester City, les deux coaches font grimper le potentiel de l’équipe nationale sur les bases des préceptes du probable futur manager de Leeds.

« Bielsa pousse ses joueurs à atteindre un niveau dont ils ne se pensaient pas capable, rappelle Rosenior. Si l’on met cela en miroir avec Pochettino aux Spurs, je crois sincèrement que Kane et Alli n’auraient pas atteint les hauteurs auxquelles ils sont désormais s’ils n’avaient pas connu l’environnement d’apprentissage et la philosophie de jeu que Pochettino a mis en place dans leur club avec beaucoup de ces idées empruntées à Bielsa. » Et celui qui compare la prestation du Tottenham vainqueur du Real Madrid cette saison en Ligue des champions (3-1) à celle de l’Athletic Bilbao de Marcelo Bielsa vainqueur de Manchester United à Old Trafford en C3 en 2012 (2-3) de conclure : « Si ces jeunes joueurs anglais continuent à performer et à s’améliorer sous ces principes, portant par la même occasion notre équipe nationale à de nouvelles hauteurs, je serai le premier à lever mon verre en hommage à ‘‘El Loco’’. »

Pellegrini : « Bielsa n’est pas Dieu et n’a pas inventé le football »

Au-delà de Pochettino et Guardiola, un petit nouveau de la Premier League va lui aussi balader son « bielcisme » outre-Manche en la personne du successeur d’Arsène Wenger à Arsenal, Unai Emery. Le technicien basque lui non plus jamais caché l’influence de l’ancien coach de l’OM et de Lille sur sa carrière. « Je me suis inspiré de Bielsa », confiait-il à L’Equipe en mai 2016. « Nous, entraîneurs, sommes très enclins à copier, observer et répéter des situations victorieuses d’autres coaches dans d’autres équipes, lançait-il au micro de BeIN Sports en février dernier. Il y a certaines choses que j’ai repris avec le temps. J’ai beaucoup d’admiration pour Marcelo Bielsa par exemple. » Et d’enfoncer le clou face à Daniel Riolo dans Transversales sur SFR Sport 1 ces dernières semaines : « L’un des entraîneurs les plus prestigieux et pour qui j’ai beaucoup d’admiration, même s’il a été très critiqué en France, c’est Marcelo Bielsa. »

En voilà encore un que l’on aimerait voir croiser Leeds en FA Cup la saison prochaine… Manuel Pellegrini, qui a pris les rênes de West Ham, devrait apprécier aussi. Comme tous les Chiliens, le technicien n’a pas oublié le passage de Bielsa à la tête de l’équipe nationale et l’héritage laissé qui se fait encore sentir près de sept ans et demi après sa démission avec fracas. Une période durant laquelle l’ancien coach de Manchester City avait tout de même mis des freins à l’idolâtrie nationale autour du ‘‘Loco’’ dans une interview à journal argentin La Nacion en octobre 2010, expliquant la qualité des progrès de l’équipe nationale mais regrettant que les structures globales du football chilien ne bénéficient pas de cette vague positive… alors que la rumeur en faisait le successeur de Bielsa à la tête du Chili en cas de départ : « Bielsa n’est pas Dieu et n’a pas inventé le football ». Ce sont les Anglais qui l’ont fait. Et les deux vont sans doute bientôt faire connaissance.