Riolo : que vaut la perf de Monaco comparée au bilan du PSG ?

AFP

Au lendemain de la qualification de Monaco pour les demi-finales de la Ligue des champions, Daniel Riolo revient sur la performance de l’ASM confrontée au parcours du PSG. 

Depuis cinq ans, tout ce qu’il se passe dans notre foot est analysé en fonction du PSG. Et la qualification de Monaco en 1/2 de la LDC a très vite laissé place à une comparaison du travail effectué dans les deux clubs. Si on sort d’une rivalité qui n’est que conjoncturelle et d’un anti PSG primaire qui sévit dans le pays, on peut s’arrêter un instant sur le sujet.

D’abord, au-delà du fantastique résultat présent, j’aimerais rappeler que ce que fait l’ASM n’a pas toujours été limpide. La politique sportive a ainsi souvent été floue. Arrivée de stars, puis départ de stars. Une bonne saison suivie d’une autre moins satisfaisante voire chiante.

On a, semble-t-il oublié de quelle façon Jardim a été traité par les médias et notre foot, qui aujourd’hui le vénèrent ? Il n’a pas été épargné en dépit d’un contexte rarement bien analysé. A mes yeux, il s’en est toujours bien sorti et son travail a toujours été louable malgré ou en raison des circonstances.

On porte aux nues l’ASM pour jeter Paris dans le caniveau

Mais le sujet est paraît-il de savoir si Monaco renvoie le PSG à ses insuffisances ? Ainsi, il faut donc opposer, glorifier l’un et enfoncer l’autre. Faire dans le binaire et le buzz de basse extraction intellectuelle. Pour ce qui est de certains médias, en guerre ouverte avec le PSG pour des raisons qu’ils n’oseront jamais reconnaître, c’est de la pure malhonnêteté intellectuelle. Est-il utile de se souvenir des titres, des articles, des photos ? Cette guerre est là et facilement visible.

Et donc, au lieu de regarder avec bienveillance l’apport de ces deux locomotives pour notre foot, on porte aux nues l’ASM pour jeter Paris dans le caniveau. L’analyse de nos résultats en Coupe d’Europe depuis des années devrait pourtant tous nous inciter à voir d’un bon œil le travail des deux clubs, on l’espère bientôt rejoint par l’OL, l’OM… 

Quid des progrès véritables ?

Monaco fait donc une saison de rêve. Ok, mais ce n’est pas terminé. Que dira-t-on si l’histoire s’arrête en 1/2 finale et que le PSG remporte finalement le titre de champion ? Comment vont réagir ceux qui ne voient jamais plus loin que le résultat ? A mes yeux, comme Jardim, peu importe. La saison de Monaco aura été belle et grande.

Et le PSG qui aura finalement été devant le spectaculaire et génial ASM ? Il aura gagné un titre bien plus disputé que les années précédentes. Mais quid des progrès véritables ? Paradoxalement, je crois que même en finissant 2e, il aura été quelque part plus intéressant que l’écrasant vainqueur de la saison dernière. Ça, les adorateurs du dieu résultat ne le comprendront pas.

L’ASM n’enfonce pas le PSG mais lui dit des choses

On glorifie Monaco et sa politique sportive. L’année dernière, elle laissait perplexe. Parce qu’on n’avait pas compris ? Non, parce qu’elle était réellement peu claire. Et encore aujourd’hui, qui sait comment sera le club la saison prochaine ? On signe d’avance pour une sortie de poule en LDC et un parcours aussi reluisant ? C’est risqué. Comme le veut la banale formule : « En foot, tout va très vite »…

En revanche, pour le PSG, je signe. Lutte pour le titre et 8e minimum en LDC. Mais à moins de vouloir se transformer en Arsenal français, ça ne fera pas avancer le club. Et c’est là que le message envoyé par Monaco est intéressant. L’ASM n’enfonce pas, n’humilie pas le PSG, il lui dit des choses. Le refrain préféré de notre football, le petit qui tape le gros, ne tient pas ici. Monaco n’est pas Auxerre ! Et dans la tête des moralistes de tout bord qui sévissent un peu partout, je ne vois pas en quoi le PSG serait moins « fréquentable ». Les cachets de « moraline » sont ce qui se partagent le mieux dans ce pays, peu importe le domaine d’activité ! 

L’Atlético, un faux air de Monaco

Mais revenons au message de l’ASM. Empiler les joueurs et faire exploser la masse salariale n’est pas la clé du succès. On ne découvre rien. On n’avance pas en LDC en étant pauvre, mais pas forcément, non plus, en étalant son blé. Les bons joueurs, les très bons joueurs, oui. Evidemment. Mais par-dessus ça, c’est la valeur humaine du groupe qui compte. Sa mentalité, sa confiance et son estime de soi. A ne pas confondre avec la surestimation de soi. Jardim dans le JDD récemment parlait philosophie et psychologie avec Edgard Morin. C’était très intéressant. Simple et juste. « Le tout est le collectif. Or, il peut être plus ou moins que la somme des parties que sont les joueurs. Le coach gère en permanence des contradictions entre les individus et le collectif… »

Prenez le Barça battu par la Juve. Il ne reste plus que les individualités. La « MSN ». Où sont défense, milieu, le lien entre les lignes ? Le style de jeu n’est pas totalement similaire, mais c’est l’Atletico qui ressemble le plus à ce Monaco. 

Une aventure humaine exemplaire

Le PSG ? Vous vous souvenez qu’Emery est venu pour apporter la « grinta » ! Elle était là à l’aller contre le Barça, mais a disparu comme un leurre au retour. Un échec pour le coach ? On verra avec un peu plus de temps. Mais il faudra qu’il fasse le ménage dans un vestiaire rongé par les petits intérêts. Les sorties médiatiques des joueurs sont à 80% individualistes. « Je veux partir, je vais partir, ça serait bien qu’untel vienne, je prolonge, je prolonge pas »…

Le PSG est un club de capricieux et d’enfants gâtés. Le maître d’école peut bien sévir, si le proviseur passe tout, à quoi bon ? Rétablir une hiérarchie, construire un nouveau vestiaire (ça passera aussi par la déconstruction du FC Chicha), une nouvelle mentalité, voilà les missions. Et qu’on arrête de penser au futur des uns et des autres. Le cas Matuidi est en passe de devenir le nouveau boulet de cette fin de saison ! Le club doit primer sur le reste !

Envisager un mercato de folie, de nouvelles stars avant de penser aux éléments de base qu’il faut dans un grand club de foot, voilà l’erreur, la faute suprême. Penser le groupe avant de savoir comment vendre ses joueurs aux sponsors. Le PSG doit construire une aventure humaine. C’est exactement ce que nous propose l’ASM cette année.