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Real-Liverpool : Klopp, ce maudit sympathique qui doit changer d’étiquette

Panoramic

Après une saison remarquable d’émotions et un parcours européen exemplaire, Jürgen Klopp mènera ce samedi Liverpool vers ce qu’il espère être la sixième Coupe aux grandes oreilles du club, lors de la finale de Ligue des champions contre le Real Madrid à Kiev. Avec la possibilité de changer de dimension pour le technicien allemand, qui a jusque-là enchaîné les désillusions en finale. 

C’est un traumatisme encore vivace, comme une cicatrice à vif qui ne se résorbe pas malgré les tonnes de Biafine achetés à la pharmacie. En interviewant Jürgen Klopp pour The Guardian quelques jours avant la finale de la Ligue des champions entre Liverpool et le Real Madrid, Donald McRae rappelait au manager des Reds que leur premier face à face remontait à 2013… soit quelques jours avant la défaite du Borussia Dortmund face au Bayern, en finale de C1. « C’était trop douloureux, admet encore le technicien allemand. J’ai effacé à peu près tout ce qui concerne ce match et je ne le revois jamais. »

Jürgen Klopp éblouit le monde du football européen avec sa bonhommie couplée à des caractéristiques de quasi chef de guerre – même si lui-même déteste la comparaison entre rectangle vert et champ de bataille – qui aboutit à un jeu qui détonne, dans une ère tournée vers la possession, les passes courtes et la remontée progressive de bloc. Son Liverpool a surpris tout le monde pour se hisser face aux doubles tenants du titre madrilènes, faisant tomber au passage un Manchester City record en Premier League et recréant un enthousiasme général autour d’un club qu’il a sorti du marasme. Son aura, il l’avait déjà au moment du doublé coupe-championnat de Dortmund en 2012. 

Cinq finales perdues de suite

L’image du manager allemand est à peu près remarquable… à une exception près. Cette tâche, c’est cette malédiction qui le poursuit lorsqu’il s’agit de voir son équipe disputer une finale. Hormis celle de Coupe d’Allemagne en 2012 – une folle victoire 5-2 face au Bayern avec un triplé de Robert Lewandowski – Jürgen Klopp n’en a gagné aucune. Comptez donc une défaite en finale de la Ligue des champions 2013 face aux Bavarois, deux défaites en finale de Pokal en 2014 (2-0 face au… Bayern) et 2015 (3-1) contre Wolfsburg après avoir mené au score) ainsi qu’un revers en finale de League Cup (1-1, 3 tab à 1 pour Manchester City) et de Ligue Europa (3-1 contre Séville) en 2016 avec les Reds. Oui, ça commence à faire beaucoup…

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C’est avec ce contexte qu’il faut aussi comprendre les déclarations du coach, quand il appelle ses joueurs à prendre du plaisir, à profiter de la joie que procure le fait de disputer une finale. Une ode au plaisir qui fait partie de ses habituelles méthodes de management. Mais qui traduit aussi une volonté de dédramatiser l’événement, de s’enlever une dose de pression. « Le fait est qu'à chaque fois, hormis contre Séville, son équipe était le challenger, pas le favori », estimait pour l’AFP Raphael Honigstein, auteur d’une biographie de Jürgen Klopp ("Bring the noise"). Après avoir dominé le championnat d’Allemagne en 2011 et 2012, son Dortmund avait fini par retrouvé sa place, avalé par le mastodonte Bayern. 

« Ils doit les convaincre que c’est juste un match… »

Son Liverpool est une nouvelle fois outsider, face à un Real Madrid double tenant du titre. « L'expérience est très importante, parce qu'elle donne confiance, une seconde avant que le match commence. Donc, à ce moment-là, oui, le Real aura plus confiance que nous, admettait le manager allemand en conférence de presse. Mais juste après, le match commencera, et ce sera autre chose. Les Madrilènes sont très forts, oui, mais ils n'ont jamais joué contre nous ! Personne ne nous attendait là, mais on en est là, parce qu'on est Liverpool, parce qu'on a accompli un parcours fantastique. Alors, oui, la confiance est un plus, mais dans un match, cela n'aide pas tout le temps. »

Rien à perdre… si ce n’est cette étiquette de loser magnifique. « Jürgen Klopp doit tenter de convaincre les joueurs que c’est juste un match, estime sur Sky Sports Pako Ayestaran, adjoint de Rafael Benitez au moment de la victoire de Liverpool en C1 en 2005. Ils doivent simplement se concentrer sur l’aspect footballistique. Concentrez-vous sur le plan, essayez d’ignorer tout le bruit qui entoure l’équipe et la rencontre. » Placer ses joueurs dans du coton, Jürgen Klopp sait faire. 

A la fois ami et… « dictateur nord-coréen » !

L’Allemand a depuis longtemps opté pour un management au plaisir, au bonheur… quitte à frôler la relation amicale ou quasi paternelle. « Si je me sens comme un père avec ses enfants ? Un beau-père plutôt, s’amuse-t-il dans The Guardian. Je suis un gars absolument normal et parfois, je veux être leur ami. Parfois, je veux jouer les professeurs. Ce n’est pas si difficile de comprendre à quel moment être l’ami et à quel autre être… disons un dictateur nord-coréen ! »

Dans les pas de Sir Alex

Un savant mélange de management humain et de discipline. Celui qui revendique le « sens commun » de sa méthode et la volonté de voir ses joueurs apprécier le moment parvient, par ce biais-là, à obtenir d’eux un investissement total. Son exemple ? Alex Ferguson. « Le secret d’un manager comme Alex Ferguson se situe dans les propos que ses anciens joueurs ont à son sujet, ajoute le manager des Reds. Certains ont reçu des chaussures en pleine figure, comme David Beckham, mais ils adorent toujours l’idée de l’avoir eu comme entraîneur. C’est le plus bel honneur que vous puissiez rendre à un coach. »

Il préférait montrer à ses joueurs de Dortmund des photographies inspirantes de Lionel Messi et ses coéquipiers célébrant chaque but plutôt que des vidéos des actions du Barça, qu’il jugeait trop intimidantes. Après tout, lui-même affirme ne jamais avoir voulu copier un jeu devenue la référence en Europe. La joie, la peine… l’émotion, moteur ultime. Surtout en finale. Pourvu que ce ne soit pas la peur.