<

Liverpool-Roma : Graziani-Grobbelaar, un penalty pour l’histoire… mais sans rancune

Panoramic

Affiche plutôt inattendue au début de la compétition, Liverpool reçoit la Roma ce mardi en demi-finale aller de la Ligue des champions. Deux équipes qui se connaissent bien et ont vécu des moments restés gravés dans les mémoires. Comme cette mythique séance de tirs au but sur laquelle s’est conclue la finale de Coupe des clubs champions européens en 1984, et ce penalty raté de Francesco Graziani qui avait sacré les Reds. Souvenirs, souvenirs.

On croirait voir la chorégraphie improbable d’un oncle qui a un peu trop abusé de la bouteille au mariage d’une cousine. Ou celle d’un gamin turbulent qui s’amuse de ses parents. Le contexte était, il est vrai, un peu différent lors de cette soirée du 30 mai 1984 au Stadio Olimpico de Rome. L’enjeu ? Rien de moins qu’un trophée continental au terme de cette finale de Coupe des clubs champions européens entre Liverpool et la Roma, trente-quatre ans avant les retrouvailles entre les deux équipes ce mardi en demi-finale de Ligue des champions. Ce qui n’a pas empêché Bruce Grobbelaar de feindre de chanceler – façon pantin aux jambes en mousse – au moment de faire face à Francesco Graziani dans une séance de tirs au but gravée depuis dans les annales.

Liverpool avait très mal démarré. Stephen Nicol, sous la pression d’un public évidemment largement acquis à la cause romaine, avait raté son tir. Trop de pression, trop d’élan et un ballon qui passe au-dessus de la barre transversale. « Oh, bad news », lâchait sobrement le commentateur britannique de l’époque. Bruce Grobbelaar avait pourtant la moustache frétillante et ce petit sourire narquois, plein de confiance. Agostino Di Bartolomei n’avait pas flanché avec un contrepied parfait. Bruno Conti n’aura pas le même mental. Le gardien des Reds vient frapper le filet, le mordre, fait les cent pas avec un petit air hautain qui n’a pas vraiment ravi les supporters romains. Technique d’intimidation. Et la frappe de Conti de s’envoler dans les airs…

Le coup des « jambes-spaghettis »

Graeme Souness puis Ubaldo Righetti ont fait le travail. Ian Rush aussi. Liverpool mène alors 3-2 avant la tentative de Francesco Graziani, quatrième tireur de la Roma, qui peut faire se poursuivre la séance en égalisant. Bruce Grobbelaar retourne dans son but, traîne des pieds, tire la langue, l’insolent. Qui l’a vu ? Qui, dans le stade, a vu le gardien faire semblant d’être cramé et de ne plus tenir sur ses jambes ? Ces images, captées par la caméra, n’auront sans doute choqué personne dans le stade. Mais un homme l’a vu : le tireur.

Panoramic

Et le bluff des « jambes-spaghettis » fonctionne à merveille : Graziani s’élance, prend Grobbelaar à contrepied mais heurte la barre. Alan Kennedy n’a plus qu’à boucler la séance. Il offre à Liverpool son quatrième sacre dans la plus belles des coupes d’Europe et laisse le Stadio Olimpico pleurer ce sacre à domicile qui leur tendait les bras. La Roma n’a depuis jamais plus disputé de finale européenne. « J’aimerais bien ne plus avoir à y penser mais les gens m’en parlent sans arrêt, se souvient aujourd’hui le tireur malheureux dans le Daily Mail. Le résultat était terrible. Ce n’était pas seulement parce que j’ai raté le penalty mais les gens se souviennent surtout de ça. Quand vous prenez vos responsabilités et faites ensuite une erreur, vous avez l’impression de porter sur vos épaules le poids du rêve brisé des supporters, de vos coéquipiers, de tout le monde. » Francesco Graziani, à l’époque champion du monde en titre, aura finalement servi de bouc-émissaire. C’est pourtant toute l’équipe qui, malgré le soutien populaire, n’avait pu faire mieux que 1-1 face à Liverpool, avant la séance de tirs au but.

« La seule chose qui me gênait, c’était les photographes »

« Le plus difficile, c’était le retour au vestiaire, se souvient l’ancien joueur de la Roma, désormais âgé de 65 ans et consultant pour la télé italienne. On se sentait seuls, vides, pleins de tristesse. C’est malheureusement le moment de ma carrière le plus clair dans ma mémoire : cette profonde tristesse au moment de revenir dans le vestiaire. » Avec sur les épaules le poids de l’humiliation aussi, face à un gardien ayant agi « comme un clown », s’amuse aujourd’hui Graziani. « Il essayait de me faire perdre ma concentration, poursuit-il dans le Daily Mail. Je comprends pourquoi il l’a fait. […] Je n’ai pas de souvenir négatif de lui. La seule chose qui me gênait, c’était les photographes juste derrière le but. »

La faute des flashes plus que de la provoc’ de Grobbelaar donc ? « Vous prenez la balle, vous la posez au point de penalty et vous vous demandez où vous allez la mettre, raconte l’Italien. Et là, les flashes des photographes. On s’en est plaint après coup et ils ne sont plus autorisés à se mettre debout à cet endroit depuis. » Francesco Graziani n’a en fait pas développé d’animosité envers l’ancien gardien de Liverpool et l’invite même aujourd’hui à rejouer la scène. « Il faut qu’il revienne au Stadio Olimpico, devant les supporters, insiste-t-il. On retirera le penalty. »

Depuis, Graziani supporte… Liverpool !

Reste une petite envie de voir les Nainggolan, De Rossi et autre Dzeko venger leurs aînés, en demi-finale de cette Ligue des champions. « Quand les joueurs ont battu le Barça pour atteindre les demi-finales, nous voulions tous tomber sur Liverpool, assure Graziani dans le Mail. Deux raisons à ça. La première, c’est d’éviter le Real Madrid et le Bayern Munich. L’autre, c’est parce que la Roma avait une occasion de nous venger. » En cas de défaite de la Roma, il soutiendra pourtant… les Reds. « Depuis ce jour, je me suis mis à soutenir Liverpool quand il s’agissait de football anglais, explique l’ancien joueur de la Roma. C’est le rêve de ma femme de visiter Anfield. » La classe à l’italienne.