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Best décisif, Munich au cœur : Quand Man United offrait au foot anglais sa première C1

Bobby Charlton (à droite) fêtent la victoire en C1 avec ses coéquipiers en 1968
Bobby Charlton (à droite) fêtent la victoire en C1 avec ses coéquipiers en 1968 Panoramic

Il y a cinquante ans jour pour jour, le 29 mai 1968, Manchester United battait Benfica à Wembley en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions pour offrir au foot anglais sa première C1. Un moment légendaire marqué par l’ombre du drame de Munich dix ans plus tôt. Souvenirs, souvenirs.

C’est un anniversaire historique que fête le football anglais ce 29 mai. Il y a cinquante ans jour pour jour, Sir Matt Busby portaient ses Red Devils au sommet de l’Europe en remportant la finale de la Coupe des clubs champions – renommée Ligue des champions en 1992 –, une première pour un club anglais… un an après un succès écossais avec le Celtic et deux ans après le seul sacre mondial de l’histoire des Three Lions. Mais surtout dix ans après la tragédie aérienne de Munich qui avait décimé les « Busby Babes ». Un trophée remporté devant 100.000 spectateurs à Wembley face au Benfica d’un certain Eusebio, meilleur buteur de la compétition cette saison-là, après une finale à suspense dans le temps réglementaire, conclu à 1-1, avant une prolongation à sens unique avec trois buts pour Manchester United (4-1 au final).

« Tout le monde était convaincu que l’on devait gagner »

Les héros du jour ? Bobby Charlton (doublé), George Best, et Brian Kidd, les trois buteurs de la rencontre côté MU - qui avait sorti le Real Madrid en demi-finale – contre une réalisation de Jaime Graça pour le camp portugais. Cinquante an plus tard, United ravive ce souvenir éternel avec la réédition du maillot collector de la finale (bleu) et un article sur son site qui reprend les paroles distillées au fil des années par des héros de Wembley mieux placés que personne pour raconter le scénario d’un match abordé par les Red Devils en position de force. « Tout le monde était convaincu que l’on devait gagner, rappelle Brian Kidd. Je pensais sincèrement que c’était censé se passer comme ça. On savait qu’on devait le faire pour Sir Matt. »

Lui aussi anobli dans l’intervalle, Bobby Charlton – ancien meilleur buteur de l’histoire du club avant d’être dépassé par Wayne Rooney – partage ce souvenir : « Le matin du match, je me souviens m’être dit que l’on était allé trop loin et que l’on avait traversé trop d’épreuves pour connaître l’échec à ce moment-là. Nous avions tout pour nous : nous jouions à la maison et nous avions un très bon bilan contre les équipes portugaises. Et avec la façon dont nous étions revenus contre le Real (3-3 à Bernabeu après une victoire 1-0 à l’aller, ndlr), je pensais qu’il était impossible pour nous d’être battus. » D’autant que le temps pressait. « Sans manquer de respect à l’équipe, beaucoup d’entre nous avions dépassé la fleur de l’âge et n’allaient pas avoir une autre opportunité de remporter ce trophée », reprend Charlton.

Best : « J’imaginais 90 minutes de pure magie, où on les écraserait »

La principale menace de l’équipe du Benfica est identifiée : le brillant Eusebio, Ballon d’Or en 1965. « Il y avait beaucoup de battage médiatique autour de la façon dont j’allais défendre sur Eusebio, souligne Nobby Stiles. Un journal avait annoncé qu’il avait demandé à l’arbitre d’être protégé. Mais je respectais Eusebio et je n’ai jamais tenté de lui faire mal. » De son côté, MU compte sur son génial George Best, qui sera élu Ballon d’Or en fin d’année. « J’étais tellement impatient de vivre ce que j’imaginais comme 90 minutes de pure magie, où on les écraserait, s’amuse le Nord-Irlandais. Mais je n’ai bien joué que par bribes et c’était compliqué. Nous ne jouions vraiment pas bien au début, on devait faire face à des tacles appuyés et le score était toujours de 0-0 à la pause. »

Charlton libère les siens au retour des vestiaires d’une tête croisée (53e). « Nous avions beaucoup de pression mais ce but nous a mis sur la bonne voie. Bobby pouvait être bon de la tête, vous savez », rigole David Sadler, passeur sur l’ouverture du score. « J’ai fait une course pour tromper les défenseurs mais David me l’a mise parfaitement, j’ai tout juste touché la balle pour lui faire changer de trajectoire et elle a terminé dans le coin opposé, illustre Sir Bobby. Magnifique ! » Mais Graça égalise (75e). Et dans les dernières minutes de jeu, Eusebio va se présenter presque seul – et lancé – face au gardien. Le souffle se coupe pour les Mancuniens. « Je me suis dit : ‘‘Ce n’est pas le genre d’action que rate Eusebio’’, relate Pat Crerand. Mon cœur s’est arrêté. Il a envoyé un coup de canon… tout droit sur Alex qui a réalisé un brillant arrêt. »

Alex Stepney, gardien de MU, a conservé les chances de sacre intactes. Place au temps supplémentaire. « Avant la prolongation, je leur ai dit qu’ils risquaient de foutre ce match s’ils continuaient à être négligents sur les passes au lieu de continuer à jouer le foot plein de confiance qu’ils montraient auparavant, explique Busby. Je leur ai dit de commencer à garder le ballon et de jouer de nouveau. » La suite va être une démonstration avec trois buts en moins de dix minutes pour entamer la prolongation… « Je savais que l’on finirait par avoir un truc en plus, se gargarise Charlton. Les équipes britanniques ont cette capacité de résistance et de rebond, surtout dans une prolongation. Il y a eu un petit moment de désespoir quand ils ont égalisé, mais je savais que notre endurance jouerait en notre faveur et qu’ils finiraient par fatiguer. »

« Quel cadeau d’anniversaire pour mes 19 ans ! »

Il faudra trois minutes à Best pour aller dribbler le portier adverse et pousser le cuir dans les filets (93e). Et à peine une de plus pour le but du break signé Kidd. « Les hourras pour le but de Besty venaient à peine de s’éteindre quand mon moment de gloire est arrivé, savoure ce dernier, longtemps adjoint de Sir Alex Ferguson à MU qui a rejoint en 2009... Manchester City (il l'avait déjà fait comme joueur) où il fait partie du staff de Pep Guardiola. Quel cadeau d’anniversaire pour mes 19 ans ! Henrique a arrêté ma première tête mais cela l’a obligé à s’avancer juste assez pour que je puisse le lober sur la seconde. 3-1 : c’était le but qui nous assurait la victoire ! » Reste à soulever le trophée et à célébrer ce triomphe européen. Avec en permanence dans un coin de la tête le souvenir tragique de Munich.

Eric Todd l’avait alors magnifiquement écrit dans le Manchester Guardian : « L’émotion la plus transcendante après le match était le plaisir universel et sans équivoque pour Matt Busby. Et a-t-il jeté brièvement un regarde vers les cieux pour recueillir l’approbation des esprits de Munich ? » Nimbé du passé et de ses maux, Sir Bobby Charlton n’aura pas eu besoin de mots : « Au coup de sifflet final, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre avec Matt et je n’avais pas besoin de dire quoi que ce soit au vieil homme. Je savais exactement ce qui lui passait par la tête. Je me souviens m’être dit que c’était l’accomplissement ultime. Et c’était notre mission, notre devoir, c’était devenu un truc de famille. » « Notre victoire semblait le meilleur hommage à la mémoire de ceux que l’on avait perdu sur le chemin », confirme Bill Foulkes. A grand seigneur dernier honneur, c’est Sir Matt Busby qui aura le mieux résumé la chose : « Au moment où Bobby a soulevé la Coupe, cela m’a nettoyé. Cela a permis d’adoucir la peine de la culpabilité que je ressentais à aller jouer en Europe. C’était ma justification. » Cinquante ans après, Manchester United et ses fans n’ont rien oublié.