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RETRO 2016 - Bale, la vraie « révélation » de l’Euro

AFP

Fin d’année oblige, l’heure est aux rétrospectives. SFR Sport vous propose de revivre les grands moments de sport vécus depuis la création de son site internet au printemps dernier à travers plusieurs articles publiés au fil des derniers mois. Le quatrième épisode revient sur l’Euro 2016 très réussi de Gareth Bale, la star du Real Madrid, grand artisan du beau parcours du pays de Galles qui aura atteint les demi-finales pour sa première participation. 

Cet Euro finira donc sur une injustice. On ne reparlera pas de ce but d’Eder venu crucifier l’équipe de France en prolongation, pour offrir au Portugal le premier sacre de son histoire (1-0 ap). Mais en regardant l’équipe-type concoctée ce lundi par l’UEFA de plus près, il manque clairement un nom : celui de Gareth Bale, boudé au profit de deux de ses coéquipiers, Aaron Ramsey et Joe Allen. 

Trois buts, une passe décisive

Quiconque a suivi le parcours du pays de Galles reconnaîtra l’injustice. Côté chiffres, le joueur de 26 ans a inscrit trois buts et délivré une passe décisive en six matches disputés. Deux fois moins qu’Antoine Griezmann certes, mais tout de même. D’autant que l’attaquant vedette du Real Madrid, bien qu’aidé par Aaron Ramsey, n’évolue pas dans des conditions offensives aussi favorables que celle du buteur des Bleus.

Messieurs de l’UEFA, avez-vous seulement regardé ses matches ? Avez-vous seulement lâché des « ohhhh » ou des « waouh » devant ses pointes de vitesse, ses prises de responsabilité dans les petits espaces, ses dribbles, ses consignes adressées à des coéquipiers qu’il n’a jamais considérés avec dédain ? Avez-vous seulement pris conscience de l’abatage du bonhomme ?  

La seule star qui a tenu son rang

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Cristiano Ronaldo repart au Portugal avec le trophée sous le bras. Mais la seule véritable star annoncée de cet Euro à avoir tenu son rang, c’est bien Gareth Bale ! Au four et au moulin, l’ancienne révélation de Tottenham a su mettre à profit ses qualités individuelles pour servir le collectif. Sans jamais faire le mauvais choix face au but : s’il fallait servir son coéquipier et donc se priver d’une frappe, il le faisait. Sans rechigner. 

91 millions d’euros en 2013

Je faisais partie des sceptiques lorsqu’en 2013, j’ai vu débarquer au Real un joueur dont toute la presse disait monts et merveilles après six saisons à Tottenham. J’avais bien vu jouer l’attaquant quelques fois avec les Spurs, sans qu’il ne m’ait jamais éblouie outre mesure, malgré des qualités évidentes. Alors, vous pensez bien qu’en lisant ce chiffre ahurissant de 91 millions d’euros – prix de son transfert, faisant de lui le joueur le plus cher de l’histoire – j’ai pensé soit à une blague, soit à un nouveau coup de folie de Florentino Perez, président madrilène jamais à l’abri d’un pétage de plomb durant un mercato. 

Comme je m’y attendais, j’en ai été plutôt déçue. Une sorte d’étoile parmi d’autres, au sein d’un collectif concocté pour un autre, Cristiano Ronaldo, qui a tendance à être aussi génial devant le but qu’étouffant pour ses petits camarades. Une concurrence commençait à s’installer. N’en déplaise aux défenseurs de la fameuse « BBC », association de Bale, Cristiano Ronaldo et Karim Benzema plus efficace que géniale.  

Une fin de saison en fanfare avec le Real

J’ai connu mon déclic Gareth Bale très tard. Cette saison en fait, au moment de son retour de blessure en mars dernier. Après un mois et demi loin des terrains pour cause de mollet douloureux, le joueur avait pris son temps pour finalement faire son retour au meilleur des moments : en pleine dernière ligne droite. Et comme par hasard, c’est à ce moment-là que le Real s’est remis à bien jouer. Du moins, au niveau auquel on l’attend. 

Souvent éclipsé dans les esprits par Cristiano Ronaldo, il a pourtant inscrit 19 buts en 23 matches de Liga cette saison. C’est même lui qui offre une passe décisive à Sergio Ramos, en finale de la Ligue des champions (1-1, 5 tab à 3). Mais les statistiques ne font pas tout.

Une décontraction qui fait plaisir à voir

Je suis tombée réellement amoureuse (en tout bien, tout honneur of course) durant cet Euro. Est-ce sa joie de vivre affichée avec la sélection surprise de la compétition ? Sa façon de forcer ses coéquipiers à profiter du moment, du premier Euro de l’histoire du pays de Galles, entre pauses burgers et petites séances de golf ?

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Il est surtout le symbole de la plus belle réussite de cet Euro à 24 nations. L’Islande, la Hongrie, c’est bien gentil. Mais c’est avec les Gallois que je me suis le plus régalée devant mon écran : cette belle entame contre la Slovaquie (2-1), ce récital face à une Russie finalement très faible (3-0), ce hold-up anglais dans le derby (2-1)… Une belle phase de poules qui a permis aux Dragons de terminer en tête de leur groupe, devant l’Angleterre. Et ce sommet de football face à la Belgique, en quart de finale (3-1). 

Libre de bouger sur l’aile ou dans l’axe

Dans un Euro assez terne, l’armée galloise avait quelque chose de rafraîchissant, sans pour autant ne s’appuyer que sur ses qualités de cœur. Et ça, c’est grâce à Gareth Bale, bosseur infatigable qui a rongé son frein au Real, entre séances de musculation intensives et travail pour servir sa star de coéquipier. Libre au sein d’une équipe qui le suit et se fie à ses inspirations, sur l’aile ou dans l’axe, il a le loisir de frapper autant que de distiller des passes. Mais surtout de prendre le couloir avec des raids – pardon, des sprints – incroyables.

L’homme fort de l’équipe rend forte l’équipe. C’est la plus belle victoire d’un Gareth Bale qui achève sa saison avec une Ligue des champions et une place dans le dernier carré de l’Euro. Avec un sourire franc, pas calculé. Juste le plaisir de jouer et de transmettre, comme il l’avait fait sur la pelouse du Parc des Princes avec sa petite fille, après le succès face à la Belgique. Le football, c’est surtout du bonheur.