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La France avait aussi vécu une sorte de "Lopetegui" en 2004

Jacques Santini
Jacques Santini Panoramic

Julen Lopetegui a payé au prix fort d’avoir été choisi comme entraîneur du Real Madrid alors qu’il allait disputer la Coupe du monde avec l’Espagne. Il paie plus le timing que l’annonce de son départ qui n’est pas une nouveauté puisque Jacques Santini et Antonio Conte avaient, eux aussi, choisi de quitter leur sélection pour un club après une grande compétition. Avec des fortunes diverses.

Julen Lopetegui ne disputera pas la Coupe du monde en pensant à autre projet. Il ne disputera pas la Coupe du monde, tout simplement. Nommé en 2016 après l’élimination de l’Espagne en huitièmes de finale de l’Euro face à l’Italie, l’ancien sélectionneur des Espoirs a signé deux années sans bavure à la tête de la Roja qui n’a pas perdu sous ses ordres (14 victoires, 6 nuls). Il a failli au dernier moment. Son tort ? S’être mis d’accord avec le Real Madrid pour devenir l’entraîneur des Merengue à l’issue de la Coupe du monde, trois jours seulement avant  le début de celle-ci (Espagne-Portugal a lieu vendredi). Sans même prendre le temps d’avertir sa Fédération avec qui il avait pourtant lié son avenir jusqu’en 2020, en mai dernier. 

Une cachotterie vécue comme une trahison par le président de la Fédération, Luis Rubiales, qui l’a démis de ses fonctions, ce mercredi. Le soutien des joueurs et des capitaines pour le maintien de leur entraîneur n’y a rien fait. Lopetegui fait ses valises et pourra préparer plus tôt son prochain challenge sur le banc du Real Madrid. Il paie plus le timing et la cachotterie de cette annonce que l’annonce en elle-même. Avant lui, plusieurs sélectionneurs ont déjà abordé une grande compétition en ayant déjà un poste dans un club pour l’après. 

Ce fut notamment le cas de Jacques Santini. Nommé sélectionneur de l’équipe de France en 2002 en remplacement de Roger Lemerre et dans la foulée de son titre de champion de France avec l’OL (le premier des sept), le technicien avait signé un sans-faute en qualifications pour l’Euro 2004 (8 victoires en autant de matches) et un mandat presque parfait avant l’Euro (19 victoires, 3 nuls, 1 défaite) dont les Bleus sont tenants du titre. Il était aussi la tête d’une équipe à la relance après le fiasco du Mondial 2002 mais toujours portée par ses champions du monde 1998 (Barthez, Desailly, Lizarazu, Thuram, Vieira, Zidane, Henry, Trezeguet). 

« J'aurais sans doute envisagé avec plaisir et intérêt les conditions d'un nouveau bail avec les Bleus »

Sous contrat jusqu’au 30 juin 2004 (alors que la compétition se terminait le 4 juillet !), Santini avait vécu l’absence de négociation pour prolonger comme le signe qu’il ne serait justement pas prolongé. Il avait donc pris les devants et annoncé son départ pour Tottenham trois jours avant l’entrée en lice des Bleus face à l’Angleterre. « J'aurais sans doute envisagé avec plaisir et intérêt les conditions d'un nouveau bail avec les Bleus, tant ce groupe est sain, attachant, talentueux et ambitieux », avait-il déclaré, comme une pique à la FFF alors dirigée par Claude Simonet, après avoir rappelé que c’était son rêve d’entrainer en Angleterre. 

Le timing est exactement le même que celui de Lopetegui (3 jours avant l’entrée en lice) mais la situation diffère un peu puisque Santini arrivait en fin de contrat et que la Fédé attendait de voir le parcours des Bleus avant de prolonger leur entraineur. Question confiance, on repassera. Celle de la Fédération espagnole pour son sélectionneur était plus prégnante avec un bail qui courait pour deux ans encore. L’annonce de son départ aurait-elle déstabilisé la Roja ? On ne le saura jamais.

L’un des entraîneurs les plus éphémères de Premier League

Cela n’avait pas trop dérangé les Bleus en 2004. Même moyens (victoire dans les arrêts de jeu face à l’Angleterre, nul contre la Croatie, victoire face à la Suisse), les Français avaient terminé premiers de leur groupe. Ils s’étaient finalement cassés les dents en quart de finale face à la Grèce, futur vainqueur final, par manque d’imagination et une certaine forme de lassitude, comme l’avait ressenti Jérôme Rothen. Santini avait, lui, rejoint Tottenham où l’aventure avait tourné court puisqu’il avait démissionné en novembre officiellement pour « raisons personnelles ». 

Mourinho a appris à « garer le bus » grâce à Santini

Seul un entraineur était resté moins longtemps sur un banc de Premier League (11 matches pour Santini, contre 7 pour Les Reed à Charlton). Il y laissera le souvenir d’un entraîneur ennuyeux et ultra défensif avec un style qui a laissé quelques vestiges en Premier League. C’est en se cassant les dents sur son bloc regroupé que José Mourinho avait lancé l’expression « garer le bus » qui lui colle désormais à la peau puisque le Portugais n’hésite jamais à user de cette tactique. 

Conte a brillé à l’Euro et à Chelsea

Tous n’ont pas manqué leur transition de la sorte. Antonio Conte avait annoncé sa signature à Chelsea dès avril 2016, soit deux mois avant le début de l’Euro qu’il allait disputer avec l’Italie. Malgré la faiblesse de son effectif, il avait réussi à en tirer le meilleur pour porter l’équipe jusqu’en quart de finale en s’offrant le scalp de l’Espagne en huitièmes de finale. Il avait ensuite buté sur l’Allemagne en s’inclinant aux tirs au but (1-1, 6 tab 5) après un magnifique combat. L'échec de la qualification de la Squadra Azzurra, pourtant renforcée par des joueurs plus talentueux depuis l'Euro 2016, pour le Mondial 2018 met en relief la performance alors réalisée par Conte. Sa réussite à Chelsea fut aussi immédiate avec un titre de champion dès sa première saison une FA Cup au terme d’une deuxième année plus compliquée. Annoncer son départ avant une grande compétition n’est pas forcément un mauvais présage sportivement. Lopetegui a payé son manque de déontologie. Il vise un désormais un destin au Real qui se rapproche plus de celui de Conte que de Santini.