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Bleus : Comment Chimbonda avait illuminé Wigan pour créer la surprise en 2006

Pascal Chimbonda avec Wigan
Pascal Chimbonda avec Wigan Panoramic

Alors que Didier Deschamps va dévoiler ce jeudi la liste des Bleus retenus pour la Coupe du monde en Russie, les chances de voir une surprise à la hauteur de celle créée par la présence de Pascal Chimbonda dans la liste pour le Mondial 2006 sont limitées. Une convocation que l’arrière droit devait à sa superbe saison avec Wigan dans l’élite anglaise. Souvenirs.

La chanson des Guignols autour de son nom, sur l’air du morceau Chihuahua, reste plus connue que sa seule apparition sous le maillot bleu. Plus rentré dans la culture populaire que sur les pelouses du Mondial allemand, Pascal Chimbonda reste depuis 2006 la meilleure définition d’une surprise dans une liste de joueurs retenus en équipe de France pour une grande compétition. Jamais convoqué avec les Bleus jusque-là, l’arrière latéral droit avait doublé tous ses concurrents dans la dernière ligne droite pour sortir du chapeau de coach Raymond Domenech et rejoindre le groupe qui allait échouer en finale planétaire, battue par l’Italie, quelques semaines plus tard. La conséquence d’une saison de feu réussie avec… Wigan, qui disputait alors sa première saison dans l’élite anglaise. Arrivé de Bastia, où ses performances avaient tapé dans l’œil des dirigeants des Latics, le joueur formé au Havre devient vite un pilier du système mis en place par Paul Jewell.

Une finale de League Cup face à MU après avoir éliminé Arsenal

Titulaire dès la première journée de Premier League, Chimbonda s’impose tout de suite dans son couloir et ne perd plus sa place pour un total de trente-sept titularisations (3262 minutes de jeu et aucun but mais deux passes décisives) en trente-huit journées d’un championnat terminé à la dixième place, l’objectif maintien largement en poche. Le tout avec des performances de haut niveau qui lui valent un chant de supporters à sa gloire et finissent par lui offrir le titre de meilleur arrière droit de la saison en PL. Chimbonda n’oublie pas les coupes, où il dispute sept autres matches, et découvre le Millenium Stadium de Cardiff pour une finale de League Cup perdue sans discussion possible face au grand Manchester United (0-4) après avoir écarté Arsenal en demie. Une belle histoire conclue, donc, avec l’éclat d’une sélection surprise chez les Bleus pour la Coupe du monde. Une arrivée en sélection notamment faite par l’intermédiaire de Thierry Henry, qui avait donné son numéro de téléphone à un Domenech en quête du précieux 06.

« Domenech m’appelle et me demande quels sont mes projets, racontait Chimbonda dans Le Vestiaire sur SFR Sport en octobre 2016. Je lui ai répondu que j’avais booké mes vacances en Guadeloupe avec ma femme et mon fils. Il me dit d’attendre la liste avant de partir car il y aura peut-être deux surprises en équipe de France. C’était deux-trois semaines avant la liste. Je n’avais jamais joué en équipe de France, je n’avais disputé aucun des matches qualificatifs. Mais si tu demandes mon numéro à Thierry Henry pour m’appeler, c’est que tu vas me prendre. Donc je me suis organisé en conséquence. » « On ne devrait plus dire la surprise mais la “Chimbonda”, s’amusait Domenech pour le site du Figaro avant l’Euro 2016. Personne ne savait que j’allais le prendre. Seulement mon adjoint, que j’ai prévenu au dernier moment. Lui, il a vraiment gagné sa Coupe du monde. Ça a été un bonheur. Il avait toujours le sourire. Il a créé un truc particulier, était bien avec tout le monde. Je souhaite à tous les sélectionneurs de trouver un joueur comme lui pour mettre de l’ambiance.  Dans une liste, il faut toujours un mec qui ait cette capacité à être l'animateur, presque un G.O. » A demi-mots, on comprend que le garçon n’était pas vraiment là pour jouer.

Pascal Chimbonda (à droite) face à Wayne Rooney (MU) avec Wigan
Pascal Chimbonda (à droite) face à Wayne Rooney (MU) avec Wigan Panoramic

Le sélectionneur va aller au bout de son idée : le joueur de Wigan ne dispute que quelques minutes avec les Bleus lors du deuxième des trois matches de préparation au Mondial, contre le Danemark (victoire 2-0). Sa seule sélection en carrière puisqu’il passera toute la Coupe du monde à regarder ses copains passer chaque étape jusqu’à la finale. « Avant ce match, Gérard Houllier (ancien sélectionneur tricolore alors entraîneur de l’OL et consultant pour TF1 pour le Mondial, ndlr) est venu saluer tout le monde dans le vestiaire, se souvenait Chimbonda dans Le Vestiaire. Je ne le connaissais pas vraiment. Il vient me serrer la main, il se met devant moi et il me dit : ‘‘Tu sais que tu ne vas pas jouer une minute ?’’ Je voulais répondre mais je ne pouvais pas, j’ai respecté et je ne lui ai rien dit. Tous les autres ont au moins joué 45 minutes en préparation… J’en veux un peu à Domenech. Car me sélectionner pour ça… Je suis un joueur de foot, j’ai envie de jouer. En fait, je pense qu’il n’est jamais venu me voir jouer avant. Il a entendu que j’avais été élu meilleur latéral dans un grand championnat et il m’a pris. Il s’est peut-être dit que j’allais fermer ma bouche car j’étais un nouveau. Mais quand je vois tout le monde sauf moi jouer au moins 45 minutes en préparation, je me dis qu’il faut que tu m’essaies pour voir de quoi je suis capable. Ça aurait permis aux gens de me voir et de juger si je méritais ma sélection. J’en avais parlé avec Lilian Thuram pendant la compétition. Pendant une marche, je lui ai dit que j’étais très frustré. Il m’a répondu : ‘‘Contente-toi d’être là’’. Mais ça, moi, je ne peux pas… »

« Je ne pense pas que j’aurais disputé cette Coupe du monde si j’étais resté jouer en France »

Une frustration qui refait surface chaque fois qu’une possible surprise est évoquée pour un liste. « Je n’étais pas la seule surprise, on était deux avec Ribéry. Mais on parle toujours de la surprise Chimbonda, jamais de la surprise Ribéry, fumait-il en octobre 2016. Ça me vexe car à chaque fois qu’il y a une liste, ils demandent qui sera le prochain Chimbonda. Pourquoi ils ne demandent pas qui sera le prochain Ribéry ? Quand mes potes voient ça, ils disent qu’on ne me respecte pas. » Seule certitude en tout cas : « Je ne pense pas que j’aurais disputé cette Coupe du monde si j’étais resté jouer en France ». L’homme a conscience que Wigan lui a offert cette opportunité inattendue et ne l’oubliera jamais. Même si son histoire d’amour avec le club ne s’est pas bien terminée. A l’issue de son dernier match avec les Latics pour la saison 2005-06, une défaite 4-2 face à Arsenal pour la dernière des Gunners dans leur mythique Highbury, l’ancien Bastiais va en effet donner une… requête officielle de transfert (accompagnée d’un mot de remerciements pour son aide et celle du club) à son entraîneur !

« Il était toujours en tenue quand il a tendu une carte à Paul Jewell, racontait son ancien coéquipier Jimmy Bullard au Daily Mail en mai 2014. Quelques secondes plus tard, Jewell est revenu en furie et j’ai cru que la tête de Pascal allait intégrer son casier. Jewell a marché tout droit vers lui en criant : ‘‘Espèce de petite sal… !’’ Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu me tends une demande de transfert à ce moment ! On a dû l’écarter de Pascal qui n’avait pas l’air de comprendre quel était le problème. Nous savions tous qu’il fallait voir le manager en privé pour ce genre de choses mais Pascal avait décidé de faire les choses autrement. S’il a écouté un conseil avant de le faire, c’était un très mauvais conseil. » Alors que l’agent du joueur, Willie Mackay, avait ensuite expliqué qu’il n’y était « pour rien » et que Chimbonda avait « fait ça tout seul », Jewell ne cachait pas sa colère dans les colonnes du Guardian : « Dire que j’étais furieux est un euphémisme. On avait eu deux réunions avec lui dans les jours précédents pour discuter de son avenir et nous avions été clairs sur le fait qu’on ne le bloquerait pas si la bonne offre qui arrivait pour lui. Être ensuite traité de la sorte montre son manque de respect envers toutes les composantes du club qui l’ont soutenu toute la saison. »

« Les Français auraient pu m’associer à autre chose qu’à une chanson »

Trois mois plus tard, Chimbonda quitte Wigan pour Tottenham contre 10M€, des rêves de sélections en tête. « Pour rester en équipe de France, il fallait faire parler de soi et changer d’équipe, se justifiait-il pour France Football en mars 2015. J’ai alors signé à Tottenham avec la possibilité de jouer la Coupe d’Europe. Dans ma tête, je me suis dit que ça allait pouvoir donner quelque chose. Mais après, même si j’ai eu des présélections comme tout le monde, rien. C’est ça qui m’a fait un peu chier… » Malgré des belles prestations à Londres, où il sera notamment titulaire à Wembley pour la victoire en finale de la League Cup 2008, dernier trophée de Tottenham à ce jour, Chimbonda expliquera à plusieurs reprises dans les années suivantes« attendre un coup de fil » (qui n’est donc jamais venu) de Domenech. Son aventure avec les Bleus aura tourné très court. Elle a pourtant laissé l’intéresser dans la légende. Mais pas pour les raisons qu’il espérait. « J’ai été déçu des gens, avouait-il à France Football il y a trois ans. Je n’avais pas volé ma place. (…) Les Français auraient pu m’associer à autre chose qu’à une chanson. » Pour les supporters de Wigan qui l’ont vu régaler sur les pelouses anglaises tout au long de la saison 2005-06, il restera bien plus que ça.