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Portugal : Renato Sanches, l’absent a toujours tort

Renato Sanches
Renato Sanches AFP

Elu « meilleur jeune » de l’Euro 2016, durant lequel il avait été titulaire des quarts à la finale à seulement dix-huit ans, Renato Sanches ne fait pas partie du groupe portugais présent en Russie pour la Coupe des Confédérations (premier match ce dimanche à 17h contre le Mexique en direct sur SFR Sport 1) suite à sa saison ratée au Bayern Munich. La pépite va désormais devoir rebondir.

Aucun but, aucune passe décisive et quatre occasions créées. La fiche de stats d’un match « sans plus » d’un attaquant quelconque? Vous n’y êtes pas. Il s’agit tout simplement du bilan chiffré de Renato Sanches sur… toute sa saison de Bundesliga avec le Bayern Munich. Oui, oui, Renato Sanches. Celui qui avait soulevé le trophée de l’Euro avec ses coéquipiers portugais en juillet dernier, à dix-huit ans, après avoir passé le quart, la demie et la finale dans la peau d’un titulaire. Celui qui avait été élu « meilleur jeune joueur » d’un tournoi où il était devenu le plus jeune Portugais de l’histoire à fouler la pelouse dans une grande compétition internationale. Celui à qui l’on promettait un tel avenir doré que beaucoup saluaient l’intelligence du club bavarois pour l’avoir chipé à la concurrence avant son explosion en Euro-vision.

Un an plus tard, le gamin qui n’affiche toujours pas vingt printemps au compteur n’avance plus au rythme attendu ou espéré. Et ce n’est pas en Russie, avec les grands pour la Coupe des Confédérations, qu’il passe son mois de juin mais en Pologne pour l’Euro U21 où il était... remplaçant pour l'entrée en lice des siens ce samedi face à la Serbie, ce qui ne l'a pas empêché de donner une superbe passe décisive sur le second but (victoire 2-0). Des débuts avec cette génération qui sonnent plus comme une belle occasion de se relancer que comme un désaveu pour celui qui était encore retenu avec les A en mars dernier. « Il est là de tout son corps et de toute son âme », explique Rui Jorge, sélectionneur des U21 portugais. Il faut dire qu’il a du temps à rattraper et de la frustration à évacuer. Arrivé au Bayern contre un chèque de 35M€ et nimbé de l’aura d’un talent encore à polir mais énorme, ce qui faisait lâcher la mot « phénomène » à Carlo Ancelotti à l’heure de dresser le portrait de celui sortait également d’un titre national avec Benfica, Renato Sanches n’a pas réussi, et c’est un euphémisme, à se rendre indispensable pour sa première saison en Bavière. 

Barré par un trio Thiago Alcantara-Xabi Alonso-Arturo Vidal indiscutable au milieu, et qu’il apprécie de côtoyer (« Je suis venu ici pour jouer aux côtés de joueurs de classe mondiale, je peux apprendre tellement avec eux »), le Golden Boy 2016 n’a fait que dix-sept apparitions en Bundesliga, dont seulement six titularisations, et six en Ligue des champions, dont deux dans le onze de départ. Le tout sans marquer ni donner la moindre passe déc'. Trop peu pour briller et faire disparaître la mauvaise première impression, résumée par le journal allemand Sueddeutsche Zeitung qui avait évoqué un joueur avec des côtés « un peu amateur » et « nerveux comme quelqu’un qui apprend à conduire » lors de ses débuts en championnat contre Schalke en septembre dernier. Energie mal dépensée, ballons trop vite perdus : Renato Sanches a émaillé tout son exercice des mêmes signes de fébrilité lors de ses rares apparitions sur la pelouse. Dans un club où chaque résultat autre qu’une victoire est mal vécu, cela n’aide pas à s’imposer.

Franck Ribéry (à droite), un des proches de Renato Sanches au Bayern Munich
Franck Ribéry (à droite), un des proches de Renato Sanches au Bayern Munich AFP

« C’est difficile, admettait-il en février. Mais tout joueur qui veut franchir un palier doit en passer par des situations comme celle-là. » Des difficultés renforcées par une intégration compliquée pour un jeune homme qui paraît souvent dans sa bulle. « Je parle très peu l’anglais et encore moins l’allemand », reconnaissait-il en février. Grâce au soutien de David Alaba, Franck Ribéry, Rafinha et Douglas Costa (qui va partir cet été), il a tout de même trouvé peu à peu ses marques. Pas facile à vivre, donc, mais rien qui n’insulte l’avenir non plus. Car le Bayern s’attendait à une adaptation compliquée pour un joueur si jeune. Et Ancelotti lui garde la porte ouverte. « Il sera ici la saison prochaine et il jouera souvent », a ainsi expliqué le technicien italien mi-mai.

L'arrivée de Tolisso ne va pas le rassurer

Véritable intention ou belles paroles ? Avec la retraite de Xabi Alonso, on pourrait imaginer une ouverture. Mais il y a aussi Joshua Kimmich, pour lequel le faible temps de jeu accordé par Ancelotti cristallise pas mal de critiques de la presse allemande. Et voir le Bayern recruter Corentin Tolisso, autre milieu, pour plus de 40 millions d’euros n’a pas dû le rassurer, loin de là. En Allemagne, il se dit que les dirigeants munichois seraient prêts à le lâcher pour le même montant que leur a coûté le transfert. Le Real Madrid, la Juventus Turin et Manchester United, qui s’intéressaient à lui l’été dernier, peuvent-ils revenir à la charge pour lui offrir une nouvelle perspective sportive ?

Mourinho : « Si j’étais arrivé plus tôt à MU, je me serais battu pour l’avoir »

Monaco, dont le nom revient avec insistance dans ce dossier, peut-il avoir les arguments pour le convaincre de venir sur le Rocher ? Une certitude : José Mourinho aurait adoré l’attirer chez les Red Devils il y a un an et son avis sur le garçon n’a sans doute pas beaucoup évolué. « Si j’étais arrivé plus tôt au club, je me serais battu pour l’avoir, lançait le technicien portugais en août dernier. Manchester United a souvent observé Renato et je l’ai peut-être fait encore plus. Quand j’étais à la maison, entre deux jobs, j’ai beaucoup regardé des matches du championnat portugais et de Benfica. J’ai appris à bien connaître ce garçon. » Et s’il apprenait désormais à le diriger pour relancer une carrière pour l’instant freinée mais qui n’en est encore qu’à son aube ?