Nouvelle-Zélande : Hudson, cet ancien alcoolique devenu coach surdoué

Anthony Hudson
Anthony Hudson AFP

Fils d’un ancien international anglais, Anthony Hudson est parvenu à se défaire du poids de cette descendance en embrassant très tôt une carrière d’entraîneur qui lui permet de diriger la sélection néo-zélandaise, qui défie la Russie ce samedi en Coupe des Confédérations (17h en direct sur SFR Sport 1). Il a aussi vaincu son alcoolisme, sa dépression et ses envies suicidaires qui ont accompagné son échec à percer au plus haut niveau pour devenir l’un des entraîneurs anglais les plus prometteurs. 

Anthony Hudson n’a que 36 ans mais vit déjà sa deuxième expérience à la tête d’une sélection nationale. Après la Bahrein, le technicien anglais a pris, en 2014, les rênes de la sélection néo-zélandaise qui défiera la Russie, ce samedi en match d’ouverture de la Coupe des Confédérations (17h, en direct sur SFR Sport 1). Si les « All Whites » ne sont que les modestes petits poucets de la compétition, Anthony Hudson ne porte pas un nom inconnu. 

Il est le fils d’Alan, ancien international anglais ayant évolué à Chelsea, Stoke et Arsenal. Une filiation qu’il n’a jamais réussi à supporter. Pas parce qu’il ne s’entendait pas avec son père. Mais parce que l’héritage était très lourd à porter. Né à Seattle où son père a joué pendant quatre ans, Anthony n’a pas vraiment eu de mal à se frayer un chemin dans le monde du football. Il avait aussi suffisamment de qualités pour intégrer le centre de formation de West Ham aux côtés de Michael Carrick et de Frank Lampard, avec qui il a pu disserter sur les difficultés de mener une carrière en étant fils d’un ancien joueur. 

« Je portais le nom de mon père et je n’ai pas su composer avec ça »

A l’inverse de Lampard, Hudson ne tient pas le choc. « J’avais le talent mais pas une mentalité assez forte, confiait-il en 2011. Mon problème, avec du recul, c’est que je me croyais arrivé. Je travaillais dur, je portais le nom de mon père et je n’ai pas su composer avec ça. J’entendais les gens dire : "il ne sera jamais aussi bon que son père’’. » Le jeune milieu de terrain commence à sortir et traine de plus en plus régulièrement avec les « anciens » auprès de qui il profite de la vie hors terrain. Celle où l’alcool est roi. Et la descente aux enfers jamais loin. 

L’accident de son père (renversé par une voiture à Londres), Alan, qui a failli lui coûté la vie, a empiré les choses alors qu’il n’avait que 17 ans. « Ce fut un moment terrible, surtout pour lui, mais toute cette situation m’a conforté dans la boisson », explique Alan. West Ham le libère en 2001 avant qu’il ne rebondisse à Nimègue (Pays-Bas), pendant six mois, où il a vite senti vite qu’il n’avait plus le niveau. « J’étais tous les soirs dans un pub anglais, tout seul, se rappelle-t-il. Ce n’est pas normal à 19 ans. J’ai planté ma voiture plusieurs fois, parce que j’étais bourré. J’ai demandé à être libéré pour rentrer chez moi et c’est là que tout est parti en vrille. »

De footballeur à trader

Grâce aux contacts qu’il a dans le milieu du foot, Hudson devient trader à la City. Où sa vie de débauche se poursuit. « J’ai contracté des dettes, plusieurs dizaines de milliers de livres, et je demandais qu’on me prête de l’argent partout. J’étais suicidaire, je voulais me sortir de là. » Il décide alors de quitter le pays et de s’envoler pour les Etats-Unis où il s’est mis à envisager une carrière d’entraîneur en passant ses diplômes. 

Anthony Hudson
Anthony Hudson AFP

C’est de cette manière qu’il a obtenu un rôle d’entraîneur-joueur aux Wilmington Hammerheads, club de deuxième division américaine en 2006. Ses problèmes d’alcool ne s’arrêtent pas pour autant. Il attendra de se faire arrêter pour conduite en état d’ivresse avec la menace d’un séjour en prison pour prendre conscience que ce calvaire devait s’arrêter. Hudson pousse la porte des alcooliques anonymes. Une libération. 

Diplômé précoce et meilleur entraîneur de D2 américaine

Devenu sobre, il est donc rentré en Angleterre pour passer la licence UEFA A d’entraîneur aux côtés de Gareth Southgate et Roy Keane. Il devient d’ailleurs l’un des plus jeunes à décrocher le précieux sésame qui lui permet de devenir entraineur à part entière du Real Maryland. Le club de D2 américaine ira jusqu’aux playoffs d’accession et Hudson sera désigné entraîneur de l’année. 

Il offre un premier trophée international au Bahraïn

Son histoire ne laisse pas insensible Harry Redknapp, ancien joueur de la génération de son père, qui lui offre une place à Tottenham comme entraîneur de l'équipe réserve. Il se fera ensuite les dents à Newport County avant que Peter Taylor, ancien international qui a aussi bien connu son père, le propose pour prendre en charge les U23 du Bahreïn. Preuve que tout n’est pas qu’une question de réseau mais surtout de compétence, Hudson décroche la coupe des nations du golf U23 et décroche le premier trophée international de l’histoire du football bahreïni. 

Inspiré par Mourinho, Bielsa et Conte

Après avoir pris en charge l’équipe première jusqu’en 2014, la Fédération néo-zélandaise l’a choisi pour devenir sélectionneur en 2014. A l’autre bout du monde, Hudson parfait son approche du métier et s’inspire beaucoup des travaux de José Mourinho, Marcelo Bielsa et Antonio Conte. Il a d’ailleurs rendu visite à la Juventus, Marseille et la sélection italienne pour suivre de plus près le quotidien des deux derniers cités. « Vous devez vous battre pour quelque chose, expliquait-il au Daily Mail en 2014. Ça me fait peur de me retrouver à la tête d’une équipe qui n’a pas d’identité et joue un football horrible. J’ai consacré ma vie entière à essayer de trouver un moyen de gagner avec un certain style. C’est presque obsessionnel. » 

Comme Bielsa. En 2016, il a décroché la Coupe de l’Océanie. Il attend désormais la Coupe des Confédération avec impatience et promet que son équipe à tout pour surprendre. L'occasion de se jauger avant LE rendez-vous de sa carrière, le barrage face au cinquième de la Zone AmSud pour la Coupe du monde 2018 (il faudra avant cela passer par un match aller-retour face au vainqueur de l'autre poule de la zone Océanie, une formalité a priori). 

« Je veux être l’un des meilleurs entraîneurs du monde »

S’il ne souhaite pas penser au-delà de ce rendez-vous pour le moment, il ne cache pas que son ambition se situe bien plus haut. « J’ai vraiment faim d’apprendre, confiait-il au Telegraph en 2009. Je veux entraîner en Ligue des Champions et en Coupe du monde. Je veux entraîner mon pays. Je veux être l’un des meilleurs entraîneurs du monde et c’est pour ça que j’ai commencé à entraîner très tôt. » Pour vaincre ses démons aussi.