Australie : Les secrets de Cahill, docteur ès tête

Tim Cahill
AFP

L’Australie affronte l’Allemagne ce lundi en Coupe des Confédérations (en direct et en exclusivité à 17h sur SFR Sport 1). Parmi les hommes d’Ange Postecoglou, un ancien de la Premier League éternel buteur de Socceroos dont il reste la star, Tim Cahill. A 38 ans, l'attaquant possède une arme fatale pour aider les siens : son jeu de tête si efficace. Et pour connaître son secret, il suffit d'écouter l''homme qui l'a façonné. Une approche quasi scientifique de la chose.

Il a 38 ans mais reste toujours un poison. Tim Cahill est de ces vétérans dont la nation ne peut se passer. Retenu pour la Coupe des Confédérations (premier match ce lundi face à l'Allemagne à 17h en direct et en exclusivité sur SFR Sport 1), le joueur de Melbourne fera encore sans doute trembler quelques défenses grâce à son point fort. La qualité qu'il a élevé au rang d'art et pour laquelle la plupart se souviennent de lui : un coup de tête à en faire rougir Marco Materazzi, puissant et souvent imparable, lui qui est connu pour marquer de la sorte depuis ses débuts. Son mentor, l’ancien joueur John Doyle, l’a formé et a révélé la recette d’un tel succès.

Le football comme une science

A 11 ans, le jeune Tim rencontre Doyle, à l’époque directeur du football dans le quartier de Kingsgrove d’où l’international australien est originaire. Son aîné lui apprend bien plus que le ballon rond et l’aide à devenir plus qu’un joueur : un scientifique du foot. « Doyle a joué un grand rôle dans mon développement quand j’étais jeune joueur, a raconté Cahill à Fox Sports. Avec lui, c’était l’entraînement qui était sympa. On travaillait la puissance dans les jambes et d’autres choses mais c’était toujours dans la répétition. »

Pour l’ancien de Sydney, le jeune Cahill s’en sortait bien parce qu’il avait un facteur en plus, une capacité à capter l’information hors du commun. « Quand on lui disait quelque chose, c’était comme si vous l’aviez gravé dans sa tête, il était rigoureux là-dessus, explique Doyle. Peu importe ce que je lui demandais de faire, il le faisait. Il avait confiance en moi et il réussissait mieux que les autres jeunes qui faisaient pourtant la même chose. »

Petit par la taille, grand par la ruse

Si Cahill domine de la tête, c’est parce que l’homme de 71 ans, qui a remarqué au fil du temps que son gabarit ne lui permettrait pas de s’imposer dans les duels avec les défenseurs, lui a mis en place une technique spéciale qui l’aide aujourd’hui dans les airs pour se débarrasser de son adversaire.

« Il ne mesure qu’1m77 donc il ne peut pas s’imposer par la force dans les duels, il doit battre son adversaire d’une manière plus subtile. Sa première course est toujours artificielle. En réalité, il va toujours regarder d’un côté, puis par-dessus son autre épaule, et s’il le faut, il vérifiera une troisième fois ce qu’il se passe autour. Ensuite, il saute avec une légère inclinaison vers le défenseur, ils s’entrechoquent et au même moment, le corps de l’adversaire l’emporte dans les airs. Il y a aussi un mouvement du bras qu’on appelle ''tanking'', ce qui veut dire qu’on s’aide d’une force supplémentaire au moment de l’impact pour se surélever. Ce n’est pas de la triche, c’est du bon sens. »

Cette méthode, il l’apparente à de la kinésiologie, une discipline qui étudie le transfert du poids et les postures du corps humain. Alors si le football est une science, Doyle en est l’Albert Einstein et nous a créé un monstre aérien. « En se tournant et concentrant son centre de gravité en direction du ballon, il n’accélère pas seulement sur le ballon, il est dessus précisément. Ce n’est pas du hasard. »

Cahill (à droite) met en application la théorie de Doyle
Cahill (à droite) met en application la théorie de Doyle AFP

La Team Cahill protège sa pépite

Pour être habile dans les duels et avoir l’élan suffisant, John Doyle lui a fait travailler son bas du corps. Le tout à raison de soixante squats effectués en sautant et de ''doggies'' (un mouvement semblable à celui d’un chien qui lève sa patte pour travailler les cuisses) par entraînement, pour renforcer son outil de travail principal : ses jambes. Et cela ne lui sert pas seulement dans les airs aujourd’hui, mais aussi lorsqu’il doit utiliser le cuir au sol. « Cahill était très bon balle au pied, insiste l’ancien joueur. Ses deuxième et troisième touches de balles étaient toujours impeccables. »

« Quand on contrôle le ballon, le pied d'appui ne doit jamais toucher le sol. Si on reste immobile sur un pied, on peut se faire tacler. Mais si on ne touche pas le sol, c’est qu’on est en mouvement… Regardez en natation, quand les nageurs sont en mouvement sur le bloc de départ, ils sont disqualifiés parce que c’est trop avantageux. Donc pourquoi contrôler le ballon avec un pied immobile ? On a le droit de se servir de cet avantage dans le football. » On comprend mieux comment il a pu devenir le meilleur buteur de l’histoire de la sélection australienne, avec 48 réalisations (pour 96 sélections), loin devant son dauphin Mark Milligan et ses 5 buts.

Sur corner, Cahill a encore la solution

A 38 ans, Tim Cahill a la recette pour se débarrasser de ses adversaires
A 38 ans, Tim Cahill a la recette pour se débarrasser de ses adversaires AFP

Et l’ex-Toffee d'Everton n’est pas seulement agile dans le jeu. Sur coup de pied arrêté, il a également trouvé comment réussir, aidé par les conseils de « Doyley », qui s’est appuyé sur l’analyse de ses propres adversaires à l’époque où il était joueur pour transmettre son savoir. « Je cours quand je sais que je peux marquer, affirme celui qui affronte l’Allemagne ce lundi. Je pense que la chose la plus importante, c’est le timing. Il faut éliminer l’adversaire qui est au marquage en s’assurant qu’on peut coiffer au poteau le défenseur qui est derrière. Changer la course, mélanger, et avoir une communication excellente avec son coéquipier (Nicolas Colazo à Melbourne en l’occurrence ndlr). » Une recette simple : des heures d’entraînement, une entente parfaite avec ses partenaires et un brin de science du foot. Reste à mélanger pour voir Cahill survoler les défenses adverses.